Cinéma

Rencontre avec Adrien Bellay, réalisateur du film "L'éveil de la permaculture"

Publié le 14 avril 2017 - Mis à jour le 18 avril 2017
Un peu sauvage et plein de vie, un jardin en permaculture
Un peu sauvage et plein de vie, un jardin en permaculture
© L'éveil de la permaculture

Alors que la permaculture intéresse de plus en plus de personnes désireuses de retourner à la terre, de la travailler et de vivre de leur production, Adrien Bellay nous offre un documentaire passionnant qui nous entraine à la découverte de cette autre agriculture.

 L'éveil de la permaculture est un documentaire qui mêle pédagogie et portraits. En suivant des hommes et des femmes de tous âges et de tous univers, venus se former à la permaculture lors de stage, Adrien Bellay nous permet de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette technique d'agriculture respectueuse de la nature, tout en découvrant le vaste univers qu'elle couvre.

Comment avez-vous découvert la permaculture ?
C’est assez original puisque, quand d’autres ont découvert la permaculture par le jardinage ou par l’agriculture, moi j’ai découvert la permaculture en faisant un film ! J’avais l’envie de faire du documentaire et de m’intéresser à un sujet plus en phase avec mes valeurs. J’en ai trouvé un, plutôt confidentiel à l’époque, mais qui méritait toute mon attention. Les médias l’associaient souvent à la culture sur butte ou a une secte tendance New-Age. J’avais donc à cœur de me rendre utile, de mettre en avant la permaculture et remettre les points sur les "i" en redonnant les fondamentaux. Et aussi d’impulser une dynamique positive au sein d’un collectif. Avec mon ami Clément, permaculteur, on a réuni un groupe de copains, de collègues et de passionnés et on est partis à la rencontre de ces acteurs du changement. Ça a donc été pour moi un apprentissage du cinéma et de la permaculture, on a appris au fil des rencontres et des lieux visités…

Penser son environnement en mode « permaculture » va bien au-delà de repenser l’organisation d’un jardin potager ou des parcelles agricoles d’une ferme. Pourriez-vous revenir sur l’éthique de la permaculture : ne s’agit-il pas de réinventer les rapports sociaux, mais aussi ceux entre tous les êtres vivants, humains, animaux et végétaux ?
La permaculture est une science qui s’intéresse davantage aux relations entre les éléments du système plutôt qu’aux éléments en tant que tels. C’est que l’on appelle la vision systémique. C’est-à-dire que la permaculture cherche à multiplier les interconnections et les flux entre les différents éléments qui remplissent plusieurs fonctions. On peut penser à l’étude menée par l’université d’Harvard aux Etats-Unis depuis 1938 (!) sur le bonheur. En suivant sur des dizaines d’années plus de 700 individus, des scientifiques se sont penchés sur la recette du bonheur. A la question « Qu’est-ce qui nous rend heureux ? » la réponse donnée serait « de bonnes relations avec les autres ». Et c’est là où la permaculture trouve un écho retentissant aujourd’hui, puisqu’elle cherche justement à mettre en relation les systèmes humains et les écosystèmes naturels et s’efforce de trouver des équilibres entre tous les éléments. Ces interrelations sont toujours pensées à travers le prisme de trois valeurs éthiques fondamentales : pendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme et partager équitablement les ressources. Au-delà des techniques et de la gestion des systèmes agricoles, la « permaculture humaine » redéfinit nos rapports sociaux. On apprend les règles de l’autogestion, les outils de la communication non violente et on vit une aventure collective.

En regardant votre film, on a parfois l’impression d’avoir la chance de suivre un cours sur la permaculture. Pourquoi une telle narration, très axée sur la pédagogie et pas seulement sur le témoignage ?
J’ai choisi de définir les concepts-clés de la permaculture en me servant des formations en permaculture. Ça m’a permis une approche pédagogique, en y mêlant extraits de cours, descriptions de techniques permacoles et dessins animés explicatifs. J’avais la volonté de définir les principes et les éthiques qui structurent la permaculture avant de pouvoir donner la parole aux acteurs du mouvement et qu’ils puissent nous raconter leurs histoires et leurs parcours de vie. Dans le film, on découvre comment la permaculture s’articule autour des techniques de gestion de l’eau, des déchets, de l’énergie ou encore de la fertilité. Toutes ces solutions sont appropriées puisque qu’elles sont toujours adaptées aux terrains et aux groupes. C’est un premier film sur la permaculture en France, il y en aura d’autres. Mais là, c’était nécessaire de passer par la pédagogie et la vulgarisation. C’est d’ailleurs intéressant d’observer que le film peut servir de support pour une introduction à la permaculture, certains des intervenants du film ont ainsi pu faire réagir les stagiaires en débat à la suite de la projection et apparemment ça permet de gagner en efficacité ! Bien sûr, le cœur du sujet reste pour moi ces récits de vie exemplaires et chacun peut s’en inspirer à son échelle et à sa manière.

Parlez-nous de la variété des profils des participants aux stages de formation à la permaculture… Qu’est-ce qui les réunit, les motive, les enthousiasme ?
Le mouvement fait en sorte de s’ouvrir au plus grand nombre en multipliant les conférences, les rencontres et les chantiers autour de la permaculture. On observe un mélange de population de plus en plus important en terme d’intérêt et de provenance. Les personnes désireuses de se former arrivent souvent à la permaculture par le biais d’internet et par la porte d’entrée jardinage. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes s’inquiètent pour leur santé, il y a donc d’abord une prise de conscience personnelle. On se pose la question de comment mieux manger, alors on passe par le bio, et puis on se rend compte qu’on est jamais mieux servi que par soi-même. Enfin il y a cette envie de reconnexion, à la nature et aux hommes. Ils viennent apprendre aux cotés des permaculteurs qui vivent un peu plus en lien avec leur environnement et qui produisent ce dont ils ont besoin tout en respectant l’environnement et en favorisant le développement des écosystèmes. C’est pourquoi aujourd’hui il y a des gens qui arrivent vers la permaculture qui viennent de tout milieux avec parfois des niveaux d’étude très élevés.

Vous dites dans votre film que l’agriculture bio est basée sur les mêmes concepts que l’agriculture conventionnelle. Pouvez-vous éclairer ce point ? Pensez-vous qu’il est plus intéressant d’être en permaculture que d’être bio ?
Il faut faire attention à ne pas être trop réducteur : tout le bio n’est pas calqué sur le modèle de l’agriculture conventionnelle. Il faut faire la distinction entre l’agriculture bio « historique » et la bio industrielle… Les cahiers des charges et les labels sont parfois assez laxistes ! On peut alerter sur le fait que le bio est la première alternative grand public en terme d’agriculture et de production alimentaire, mais qu'elle se résume trop souvent à une substitution d’intrants chimiques par des intrants naturels. Il n’y a pas comme en permaculture une véritable réflexion sur la fertilité des sols, la gestion de l’eau, de la biodiversité… On est encore dans une agriculture trop dépendante du pétrole et de l’hypermécanisation. La permaculture, ce n’est pas un autre type d’agriculture, qui serait en complétion avec le bio, c’est plus vaste et plus complexe que cela !

Votre film a pour sous-titre « Et si la révolution s’inspirait de la nature ? ». J’aurais deux questions à partir de là : qu’est-ce que qu’il y a de si révolutionnaire dans la nature et a-t-on besoin de faire la révolution ?
Le sous-titre est tiré d’une citation de l’auteur Graham Bell : « La permaculture, une vraie révolution déguisée en jardinage naturel ». La révolution permacole est une révolution silencieuse, qui se fera à son rythme, et qui gagne du terrain chaque jour. La transition énergétique impulse de nouveaux mode de pensée, de nouveaux modes de vie et nous sommes entrain de rentrer dans « une nouvelle ère » pour reprendre les mots du permaculteur Andy Darlington. Le monde de l’après-pétrole nous tend les bras, il est temps de le regarder, droit dans les yeux. Cette révolution va puiser son inspiration dans la nature, puisque c’est elle qui a eu le temps d’explorer toutes les possibilités et toutes les solutions les plus efficaces et les plus résilientes. Il est évident pour tout le monde aujourd’hui que nous devons faire face à des défis écologiques sans précédent et que nous devons tous reconsidérer nos modes de vie et nos sociétés.

Vous montrez brièvement dans votre film que l’on peut faire de la permaculture en ville, sur un petit espace.  L’avenir est-il à un retour de la campagne en ville ?
J’aborde brièvement la permaculture en ville dans le film et c’est en effet un des enjeux majeurs : comment s’approprier la permaculture dans les villes ? Eh bien on peut regarder du coté du mouvement des Villes en Transitions, initié par le permaculteur Robb Hopkins en 2006 dans la ville de Totnes au Royaume-Uni. En France certains dirigeants politiques ont affiché une réelle volonté d’aller aussi dans ce sens. Il y a par exemple la ville d’Albi dont l’objectif est à l’horizon 2020 de permettre à tous les habitants de se nourrir avec des aliments produits dans un rayon de 60 km autour de la ville. Plus de 150 villes en France font parties de ce mouvement, appuyés par les élus et les associations locales. Des mouvements comme les Colibris et Incroyables Comestibles sont aussi de superbes relais, avec les permaculteurs, pour créer des jardins partagés, des vergers urbains, et proposer des actions en permaculture dans les espaces public et privés au sein des villes. Au-delà de la permaculture urbaine, il faut espérer à terme que la permaculture sorte des petits jardins, qu’elle aille convaincre les maires des communes, les communautés de commune, les grands propriétaires terriens, qu’on puisse proposer des solutions à grande échelle, en ville et à la campagne !

L'éveil de la permaculture sort en salle le 17 avril 2017. Toutes les infos sur la page Facebook !

 

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