BPA

Aperçu des effets du Bisphénol A…et les moyens de les éviter

Publié le 1 avril 2009 - Mis à jour le 5 mai 2014
© photl.

Le Bisphénol A fait bientôt l'unanimité contre lui. Ou presque. Depuis octobre 2008, le Canada a interdit les biberons et autres tasses anti-fuite en polycarbonate, ce matériau résistant dont le Bisphénol A (BPA) est le composant majoritaire.

Au terme d’une longue évaluation scientifique, les autorités canadiennes ont tranché : "Les valeurs actuelles ne sont pas suffisantes pour protéger les populations les plus à risques, les femmes enceintes, fœtus, nourrissons et jeunes enfants". En clair, la dose journalière admise (DJA) de BPA, établie par les instances sanitaires canadiennes (Health Canada) n’est pas satisfaisante. Elle est pourtant inférieure de moitié (25 microgrammes par kilo de poids corporel et par jour) à celle des Etats-Unis et de l’Union européenne (50µg/kg p.c /j)

Plusieurs raisons éclairent la décision du Canada, à commencer, par ce qui n’avait pas encore été pris en compte : les sources d’exposition quotidienne au BPA sont bien plus importantes que prévues. Non seulement, les biberons en polycarbonate sont la principale voie d’ingestion du BPA pour les plus jeunes, mais les préparations infantiles en contiennent aussi, en raison de la chaîne de conditionnement de ces produits jusqu’à leur mise en boîte.

De plus, le rapport insiste sur le manque d’information liée à d’autres utilisations (et ingestions) de BPA, telles que la fréquence et l’emploi de matériaux pour l’alimentation (plats pour micro-onde), autant de sources qui s’additionnent, sans pour autant, avoir été prises en compte dans les scénarios d’expositions, pour les plus vulnérables notamment, les femmes enceintes et les bébés. Santé Canada rappelle que la présence du BPA dans l’environnement est générale et là encore plus importante qu’attendue, y compris, dans les poussières des maisons.

BPA et problèmes hormonaux 

Si la reconnaissance des effets à faibles doses est au cœur du débat sur le BPA, c’est aussi que dans la tradition de la toxicologie, "la dose fait le poison". Sauf que les recherches scientifiques depuis plus de 15 ans montrent l’inverse : on observe ainsi des hypertrophies et des développements mammaires précoces (chez les femelles), des baisses de la production de spermatozoïdes (chez les mâles) de l’hyperactivité et des comportements agressifs à des doses infiniment plus basses que la dose considérée sans risque.

Pour les scientifiques qui travaillent sur les perturbateurs endocriniens tels que le BPA, il n’y a là rien d’étonnant, puisque ces substances imitent les hormones et bouleversent l’équilibre du système dans son ensemble. Un peu ou beaucoup sera toujours trop.

Les conclusions du Canada dévoilent ainsi ce que des années de recherches avaient mis en évidence et qui apparaît comme l’impact majeur de cette substance sur le développement : la possibilité d’altérations du développement neurologique et du comportement. A la clé, une masculinisation des comportements des femelles et une féminisation chez les mâles avec une tendance à la dépression.

Au même moment, les Etats-Unis conduisaient leur propre évaluation. Sans alerter outre mesure. Mais les conclusions du très officiel Programme national de toxicologie en septembre 2008, parlent d’elles-mêmes : les experts pointent l’impact sur le développement du système nerveux, du comportement et sur la prostate pour des niveaux d’expositions courants chez le fœtus, le nourrisson et le jeune enfant. Les risques de cancer du sein, de diabète et d’hyperactivité sont rappelés.

Mais la Food and Drug Administration (FDA) en charge de ces normes ne l’entend pas de cette oreille et maintient sa position, tout comme l’Autorité européenne de sécurité de l’alimentation (AESA) ou l’Autorité française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). Ces trois organismes, confrontés à l’évidence des effets à faibles doses adoptent une même et toute nouvelle défense : le fœtus et les jeunes enfants possèderaient une enzyme capable de faire échec à l’activité du BPA. A noter que l’organisme en développement est pourtant connu pour son incapacité à métaboliser les substances toxiques, c'est-à-dire à les inactiver.
 

  • Que faire ? Identifier les biberons et autres récipients tels que certains plats pour micro-onde, assiettes et autres gobelets "spécial enfant" en contenant. De façon générale, conserver les aliments dans des bocaux ou boîtes en verre, en porcelaine, en inox ou en bois (non traité).
  • Reconnaître : le Polycarbonate se reconnaît grâce au chiffre du sigle recyclage : 7 ou parfois PC. Le 3 (PVC) et le 6 (Polystyrène) sont susceptibles d’en contenir. En revanche, le 1 (bouteilles d’eau), 2, 4 et 5 en sont exempts.
  • Les alternatives : certains fabricants mettent sur le marché des biberons "sans bisphénol A". Leur évaluation est récente. Tant qu’à adopter une attitude de précaution, il y a une matière sans risque, qui a nourri des générations entières : le verre. Tout pharmacien dispose d’une liste de fabricants et il se doit de commander le biberon en verre que vous lui demander. La marque Rémond n’a jamais cessé de les fabriquer.

Pour mémoire

Le BPA est un œstrogène de synthèse connu dès 1930 qui n’a été employé que dans les années 1950 lorsque des chimistes, en quête de nouveaux matériaux ont découvert ses propriétés pour fabriquer le polycarbonate. Sa migration dans les aliments en contact avec tout récipient en polycarbonate (dont les biberons) étant connue, une dose journalière admise (DJA) a été fixée, en deça de laquelle, il n’y aurait aucun risque.
 

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