Chronique

Sein de corps et d'esprit : "Médecine : chacun voit la secte à sa porte" [Chronique 6]

Publié le 18 juillet 2014 - Mis à jour le 2 septembre 2014
Formée aux massages et au Feng Shui, responsable d’un espace bio de bien-être. Dans ma vie 2.0, j’ai fait de belles rencontres et partagé sur la toile mes passions, mes coups de gueule et mes coups de main. Biotiful green, sustainable kindness & cyber active !

La médecine conventionnelle renie les bienfaits des médecines complémentaires, n'hésitant pas à brandir l'étendard de la "pratique sectaire" sans discernement. Sonia Bellouti, en phase de rémission d'un cancer du sein, lance un pavé dans la mare.

J’ai ouvert ce magazine, une référence dans le monde du cancer, pour y lire un article censé protéger les malades contre les thérapies farfelues. Je comprends cette démarche que je trouve, a priori, nécessaire et bienvenue, car comme dans toute discipline, il y a des bons, des mauvais, des compétents et des beaux parleurs. 

Seulement, j’ai ressenti un profond malaise en découvrant le ton et le parti pris par la journaliste. En gros elle mettait dans le même bac le Qi Gong, les massages, l’Âyurvedal’acupuncture, les magnétiseurs, les coupeurs de feu, sans aucune forme de discernement. Et passons les clichés et les amalgames entre médecines alternatives, charlatans et dérives sectaires. 

Tout cela partait sans doute d’une bonne intention, celle de mettre en garde les malades. Mais présentée de cette façon, c’est de la prévention par la peur sans offrir pour autant les outils pour faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Un article anxiogène qui coupe le patient d’une prise en charge globale, des bienfaits prouvés de certaines disciplines en complément des traitements conventionnels. Des propos qui augmentent la défiance face à ce qu’on ne connait pas ou mal. Les affirmations de cet article, vont à mon avis, murer dans le silence les patients qui ont fait le choix d’aller voir ailleurs, en les culpabilisant, surtout si la méthode a échoué. Au final, au lieu de les aider, on les accule dans leur ignorance, naïveté et crédulité. 

Un médecin qui te rétorque qu’il ne croit pas en l’homéopathie ou les bienfaits de la nutrition n'est-ce pas choquant ? Il utilise le verbe "croire", comme s’il s’agissait d’une religion. Nous n'avons pas à croire ou pas, nous devons expérimenter, essayer, vérifier. 

Au final c’est ce qu'on est habitués à faire, non ? Croire aveuglément en la médecine, sans conditions, et refuser le reste en bloc. 

Une dérive médicale "sectaire" ? 

Nous connaissons les signes décrits depuis 2008* par les associations antisectes, les commissions parlementaires et les missions du gouvernement français afin de repérer une organisation sectaire. Manipulation mentale, autorité charismatique, doctrine se présentant comme exclusive.

Un médecin qui d’emblée, rejette toutes les autres disciplines, annonce que seules les méthodes "prouvées scientifiquement" sont sûres malgré le cortège d’effets secondaires parfois encore plus dangereux que la maladie elle-même, qui se cantonne à sa zone de confort, et qui s’intéresse uniquement à ce qui se passe dans sa sphère d’évolution, comment le qualifier ? Je trouve qu’il y a quelques similitudes dans sa posture avec les critères énoncés plus haut. 

Un médecin qui traite de charlatan un docteur en médecine chinoise malgré ses nombreuses années d’études, qui remet en question l’intérêt de l’homéopathie ou qui renie la naturopathie, courant qui fait référence à Hippocrate, médecin grec qui a créé l’une des premières grandes écoles de médecine connue et à l’origine de la médecine moderne actuelle, qui se sert de son influence, de son charisme et de l’ignorance du patient pour le détourner de toute autre forme de soins et confort, adopte à mon sens un style sectaire. 

Fermer la porte aux médecines douces

Je suis en colère contre ce système qui refuse de s’ouvrir à d’autres alternatives et dont la meilleure défense est l’attaque. Ce système s’érige en hégémonie de la santé et remet peu ou pas en question ses propres échecs et limites face à la maladie. Ce courant main-stream de pensées qui n’hésite jamais à démontrer l’inefficacité des médecines non conventionnelles en omettant que la médecine occidentale est tout aussi démunie face à certaines pathologies. 

Face au cancer par exemple, les médecins annoncent 10, 20 ou 50% de risques de récidive. Il y a autant de cas de rechutes inexpliquées que de guérisons miraculeuses. Dans le premier cas, c’est la faute à pas de chance, dans le deuxième c’est grâce à l’efficacité et l’avancée des traitements. Et la réserve dans tout ça ? La remise en question ? La médecine n’est pas une science exacte, elle est probabiliste avec quelques certitudes mais loin d’avoir tout découvert et compris. 

Je saisis tout à fait que l’on veuille prévenir les patients, déjà très affectés, contre les pratiques loufoques. Mais jeter le bébé avec l’eau du bain quasi systématiquement, les fragilise encore plus. En se fermant et en fermant les portes à toute autre discipline, ils leur ôtent la capacité de libre-arbitre, la possibilité de prendre en charge au moins une partie de leur guérison et surtout les infantilisent en les rendant totalement dépendants d’un système. N’est-ce pas là aussi une attitude de gourou selon leurs propres définitions ? 

En revanche, dès lors qu’une solution alternative échoue, au même titre que leur propre discipline, c’est du pain béni pour mettre toutes les pratiques dans le même sac et jeter à la face du monde la preuve de l’inefficacité voire de la dangerosité de ces traitements. 

Est-ce cela un esprit scientifique ? Est-ce les conséquences d’egos surdimensionnés pétris de certitudes ? Cette méfiance est tout aussi irrationnelle que les procédés qu’ils dénoncent comme tels. 

Le serment "d’Hypocrite" 

"Je ferai tout pour soulager les souffrances […] Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés." Extraits du serment d’Hippocrate.* 

Ce que je trouve dommage est le peu d’intérêt accordé aux ouvrages très documentés comme ceux de David Servan-SchreiberThierry Janssen ou Richard Béliveau, pourtant tous médecins et rigoureusement scientifiques dans leur démarche. Il existe des publications officielles, pourquoi n’en tiennent-ils pas compte ? Quelles sont leurs motivations ? Est-ce un problème de lobbies pharmaceutiques ?  Pour être tout à fait honnête, je vais finir par croire aux théories du complot. 

Les médecins, selon moi, rendraient bien plus service aux malades en s’intéressant davantage aux pratiques de leurs patients, ils seraient stupéfaits de constater que certains rétablissements ne sont pas dus à leurs traitements mais plutôt à l’aide de praticiens alternatifs ou complémentaires dont ils n’entrevoient même pas l’existence. Ils pourraient, par exemple, créer un répertoire des pratiques existantes et tenir un annuaire de thérapeutes qui ont fait leur preuves afin d’orienter en toute sécurité leurs malades. 

Faire évoluer la mentalité médicale

Au détour d’une consultation, j’ai discuté avec une dermatologue qui pratique aussi l’homéopathie et l’acupuncture. Je lui ai dit que c’est par des médecins comme elle que peut venir le changement et l’évolution des mentalités, car ce sont des scientifiques qui peuvent argumenter sur le même terrain que leurs confrères sceptiques. Elle m’a répondu que cela n’était pas si évident, qu’en avançant publiquement des principes innovants, en plus de ne pas être écoutés et acceptés, ils risquaient d’être attaqués par leurs pairs. 

En Chine, au Tibet, en Inde, où il existe une tradition ancestrale et millénaire de soin, on a souvent recours aux deux médecines en fonction du cas qui se présente, urgent, aigu ou chronique. Il faut beaucoup d’humilité face à la maladie. Au lieu d’opposer la médecine conventionnelle aux thérapies alternatives, il faudrait ouvrir un débat objectif afin de jauger l’efficacité et la place de chaque démarche. Il ne s’agit pas de rejeter une discipline au bénéfice d’une autre, mais de travailler ensemble en bonne intelligence pour un enrichissement mutuel. 

S'adresser à différents thérapeutes

Le chemin est encore long, et heureusement certains médecins font un travail extraordinaire pour bouger les choses. J’en ai rencontré, et c’est à eux que je confie ma santé aujourd’hui. Dans une démarche globale, en cette phase de rémission, j’introduis d’autres formes non conventionnelles de traitements complémentaires aux pratiques habituelles. Avoir recours à ces médecines m’aide à préserver mon bon état général et me prémunir d’une récidive. Le fait de m’adresser à différents thérapeutes, pendant et après les traitements, me permet de me prendre en charge et de ne pas être victime d’une spirale incontrôlable. 

Renseigne-toi, prends plusieurs avis, pose beaucoup de questions, compare, change de praticien et de méthode s’il le faut, fais confiance en ton instinct. Comme dans toute branche, il y a des bons et des incompétents. Personne, ni aucune discipline, ne détient le monopole de la connaissance. 

(*) : source Wikipedia

>>  Pour une expérience de lecture optimisée retrouvez cet article dans votre magazine IPad de juillet-août 2014

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