Coup de gueule

"Un monde qui dérape", la tribune libre de Pascal Légitimus

Publié le 13 décembre 2016
Pascal Légitimus secoue les Français avec son clip "C'est le rap d'un monde qui dérape"
Pascal Légitimus secoue les Français avec son clip "C'est le rap d'un monde qui dérape"
© Philippe Gueguen

Alors que son clip écolo "C'est le rap d'un monde qui dérape" fait un tabac sur les réseaux sociaux, FemininBio vous propose de relire la tribune libre que Pascal Légitimus signait dans le magazine #4. Un coup de gueule qui fait grincer des dents et donne envie d'agir.

J’avais envie d’éditer la longue liste des avantages en nature de cette douce France, comme nous la chantait si poétiquement Charles Trenet, de ce paradis dans lequel je suis né, et où nous vivons tous et toutes. Nous avons la mer, la montagne, la campagne, des marques de luxe, la plus grande variété de vins au monde, des spiritueux, des liquoreux, des crêpes, de la bouillabaisse, de la choucroute, des paupiettes, de la pétanque, de la truffe, 1 200 variétés de fromages, plus de 1 280 McDo.

Nous avons le taux de pesticides dans le sang le plus élevé. Nous sommes les plus gros consommateurs d’antidépresseurs en Europe. Nous avons des hommes politiques généreux, honnêtes, humanistes, sensibles aux malheurs d’autrui, une mafia solidaire et pacifiste présente dans tous les rouages de l’économie – prostitution, drogues, rackets, commerces – afin de faire vivre les pauvres des quartiers sensibles.

Le dernier clip de Pascal Légitimus, "C'est le rap d'un monde qui dérape" reprend le thème de cette tribune, en chanson. Attention, ça décoiffe !

Une évasion fiscale record qui nous permet d’avoir un petit pécule de côté, une bonne réserve d’argent en cas de pépins. Un parti écologique soudé qui affiche 2,31 %. Des Roms qui nettoient nos pare-brises, l’arrivée de migrants qui compensera notre faible taux de natalité. De grands groupes pharmaceutiques qui affichent des bénéfices record grâce à nos petits cancéreux qui se donnent du mal pour être malades et consommer des produits pleins d’OGM, de colorants, d’adjuvants, de conservateurs, de paraben, de propylène glycol, de methyl, de sodium laureth sulfate.

Toute cette énergie est bonne pour notre économie. Quelques chiffres de cette formidable vitalité généreuse : 100 000 tonnes de pesticides déversés en France chaque année, et les Antilles ne sont pas épargnées grâce au chlordécone. Le méthanearséniate monosodique est très utilisé (environ 4 millions de litres par an, soit 1,8 million de kilos par an) sur les champs de coton et les golfs. Amis golfeurs, vous êtes gâtés !

Au total, le coût de la dépollution des eaux souterraines serait compris entre 522 et 847 milliards d'euros (hors coût d’énergie du pompage avant traitement). Ces coûts sont aujourd'hui en grande partie assumés par les ménages. C’est dire combien nous sommes solidaires et bienveillants vis-à-vis de nos pollueurs !

Merci à tous les scandales sanitaires et alimentaires qui égayent nos conversations quand l’ennui nous taraude au coin du feu et que nous n’avons plus de pulls à tricoter. Merci à cette grande firme internationale, "M.", que je ne nommerais pas par respect car elle se veut discrète et déploie un talent incommensurable pour vendre des produits avec son credo qui rime avec son nom, "Mens sana in corpore salo".

Le bio c’est bien, mais c’est cher : j’ai acheté 3 pots de confiture bio à la figue sans colorants et sans conservateurs pour cent euros. Faudrait faire un petit effort là aussi afin que le bio soit abordable pour tous. Paradoxalement, ce qui est néfaste pour les êtres humains est peu cher et ce qui est bénéfique est onéreux. Bizarre le concept de générosité.

Au final, et au vu de ces constats, ne faudrait-il pas inclure dans la réflexions nos dirigeants, c’est-à-dire qu’il serait logique que ces responsables le soient et profitent eux aussi de tous ces avantages, qu’ils consomment comme nous ces produits de qualité qui nous pourrissent... pardon, qui nous enrichissent la vie afin de mieux évaluer les tenants et les abrutissants.

Je vois une petite lumière dans ce tunnel qui grandit, preuve qu’un sursaut d’harmonie se met en place. Le ver est dans le fruit, espérons que la petite graine de lumière donnera un baobab de sérénité. Si on appliquait l'adage "Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse", je n’aurais pas eu à écrire cet article.

Cette tribune est parue dans le magazine FemininBio #4. Abonnez-vous !

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