Troubles de l'alimentation

"Chaque fois que je vomissais, c’était de mon trop-plein d’émotions dont je me purgeais", le témoignage de Mélina

Publié le 5 novembre 2019
Écrivain, rédactrice web et voyageuse insatiable, je suis avant tout une passionnée de la vie. J’aime être en permanence au contact des émotions. Je consacre beaucoup de temps à écrire, lire, aller au théâtre, voyager, chanter, rire ! Dans une autre vie, j’ai été boulimique. Il m’arrive parfois d’avoir du mal à y croire…
"Pendant presque 15 ans, j’ai consacré la majorité de mon temps libre à manger et vomir. Enfin, à me remplir et vomir plutôt. Car les quantités que j’avalais étaient monstrueuses."
"Pendant presque 15 ans, j’ai consacré la majorité de mon temps libre à manger et vomir. Enfin, à me remplir et vomir plutôt. Car les quantités que j’avalais étaient monstrueuses."
© Ladislav bona / Unsplash

À 33 ans, et après avoir vécu l’enfer des troubles du comportement alimentaire pendant 15 ans, Mélina est enfin guérie. Depuis près de deux ans maintenant, elle se nourrit avec gourmandise d’une vie devenue enfin digeste, et pose un regard bienveillant sur son parcours.

15 années de combats, d’espoirs, d’errances.

La boulimie, c’est le seul langage que j’ai trouvé pour dire mon mal-être sans que ça se voit.

J’avais 14 ans lorsque j’ai fait ma première crise de boulimie. 15 ans lors de ma première hospitalisation qui a duré plusieurs mois. 16 ans lorsque j’ai su vomir pour la première fois et que la boulimie a alors pris le contrôle total de mon existence. 18 ans lorsqu’un médecin m’a annoncé que je risquais l’arrêt cardiaque. 31 ans lorsque j’ai posé le point final sur cette tranche d’existence dans mon livre Faim de vie, et que je me suis enfin libérée de cette emprise.

Pendant presque 15 ans, j’ai consacré la majorité de mon temps libre à manger et vomir. Enfin, à me remplir et vomir plutôt. Car les quantités que j’avalais étaient monstrueuses. C’était des kilos de nourriture à chaque fois.
Mes crises pouvaient durer jusqu’à une heure. Et chaque fois que je vomissais, au-delà de la nourriture, c’était de mon trop-plein d’émotions dont je me purgeais. Jusqu’à 12 fois par jour au plus fort de la maladie. Je vivais ma sensibilité comme un handicap, et c’était vide que je me sentais le mieux.

Une vie de mensonges, de fatigue, de solitude

Mentir, jouer la comédie, faire semblant : c’est ce que j’ai passé mon temps à faire durant ces années. Aux médecins, à mes parents, à mes amis, à mon compagnon, à moi-même. J’aimais la vie, je souriais tout le temps, j’étais très bonne à l’école, et pourtant, un véritable désespoir me grignotait à l’intérieur. C’est simple, dès que je me retrouvais seule, je ne savais rien faire d’autre que manger et vomir.

Ces années m’ont usée, épuisée, sans que cela ne se voie de l’extérieur. La boulimie a conditionné ma vie pendant longtemps avant que les crises ne commencent à diminuer jusqu’à quasiment disparaître. Mais il restait ces vomissements quotidiens que mon corps avait fini par intégrer comme un automatisme.

Pour guérir, il faut prendre le temps d’aller à la rencontre de soi, sans tricher

Pour m’en sortir j’ai tout essayé. Hospitalisation, médicaments, psychothérapies, hypnose, médecine traditionnelle chinoise, kinésiologie… Mais je crois que ce qui m’a le plus aidée, au fond, c’est mon état d’esprit. Je suis une personne très positive. Et à force de travail sur moi, je me suis mise à croire très fort que tout est possible et que tout ce qui nous arrive a un cadeau à nous faire. Même nos épreuves. Surtout nos épreuves. C’est une force énorme que je porte en moi, et que je tente de transmettre au maximum. Ces croyances ont changé ma vie.

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Et puis, à 29 ans, j’ai rencontré mon compagnon et nous sommes partis faire le tour du monde pendant un an. Je crois que quelque chose d’important s’est joué à cette période. Plus possible de faire de crises de boulimie, et difficile de vomir systématiquement. En revanche, cette année a été faite d’émerveillement permanent, de rencontres formidables et d’expériences incroyables. J’y ai appris à me nourrir d’autre chose et, surtout, je m’y suis rencontrée vraiment. On revient forcément changé d’une aventure comme celle-là.

Il existe une vie après les troubles alimentaires

L’expérience la plus douloureuse de ma vie m’a permis de réaliser mon rêve de devenir écrivain. Je trouve cela beau et fort. Porteur d’espoir aussi. Aujourd’hui je suis complètement guérie, et je chérie la solitude. Alors, la première chose que je dis aux personnes qui m’écrivent pour me demander une recette miracle (qui n’existe pas) c’est : apprenez la bienveillance envers vous-même. Réellement. L’amour des autres c’est important, c’est sûr, mais l’amour qu’on se porte à soi est essentiel.

Cessez de croire que l’on ne peut pas s’en sortir, car cette croyance est l’obstacle le plus important entre vous et la guérison. Et gardez confiance, quoi qu’il arrive. Vous n’avez pas idée de toutes les ressources qui sommeillent en vous. Renaître à soi demande un véritable travail de reconstruction qui peut prendre du temps et peut décourager parfois.
Mais ça en vaut la peine. La vie en vaut la peine.

Mélina Hoffmann est l'auteure de Faim de vie, paru aux éditions Michalon.

 

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