Sexualité

Les clés pour aborder la sexualité avec mon ado

Publié le 30 novembre 2018
Journaliste, prof de yoga pour enfants, heureuse néo-Auvergnate, folle de balades zen, de grandes tablées et de soirées entre filles.
"À moins que l’enfant ne pose des questions précises, on évite absolument d’aborder le sujet directement."
"À moins que l’enfant ne pose des questions précises, on évite absolument d’aborder le sujet directement."
© Allison Griffith Unsplash

De moins en moins tabou dans les familles, le sujet de la sexualité n’en reste pas moins délicat. Pour en parler avec son ado sans le braquer, quelques précautions sont de mise.

Cet article a été publié dans le magazine FemininBio #18 août-septembre 2018
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Il vous paraît loin l’âge des incessants "pourquoi", des questions simples appelant des réponses évidentes et sans détour. Lorsque l’enfant devient adolescent, c’est souvent au tour des parents de se poser des questions, dont une, sensible : comment aborder avec ces adultes en devenir la question de la sexualité ?

Internet à la rescousse des parents

Aujourd’hui, en matière d’éducation sexuelle, les enfants nés dans les années 2000 sont bien moins démunis que ne l’étaient leurs parents à leur âge ; ils peuvent facilement trouver des réponses à leurs questions sur Internet.
Sur les conseils de Bérénice, 18 ans, nous avons surfé sur ciao.ch, une plateforme suisse qui aborde toutes les questions que se posent les ados.

On y trouve, bien entendu, des interrogations liées à la sexualité, qu’il s’agisse de conseils techniques sur les infections sexuellement transmissibles et la contraception ou sur des sujets plus personnels tels que la "peur de dire non", l’éjaculation précoce ou encore l’homosexualité. Une véritable mine d’infos et d’inspiration, régulièrement mise à jour !

Plus encore à la portée de la génération Z, les discours décomplexés de quelques YouTubeurs bien connus de nos enfants, de jeunes coaches nommés Ambr’ouille ou Clemity Jane qui parlent de drague, de respect de l’autre ou de pornographie.

L’éducation sexuelle passe aussi par l’école

L’école aussi se charge de plus en plus (et de mieux en mieux) de l’éducation sexuelle de nos enfants, comme en témoigne Julie Azan(1), professeure de SVT dans un collège parisien : "Les nouveaux programmes imposent d’évoquer le sujet sur trois heures par an et par niveau, dès l’élémentaire", nous explique celle qui a milité pour que le clitoris soit enfin convenablement représenté dans les manuels scolaires.

Pas de questions directes mais une ouverture constante

La plupart des parents auront envie de mettre leur grain de sel dans cette éducation sexuelle, ne serait-ce que pour s’assurer que leur enfant est en sécurité. Reste à savoir comment aborder le sujet

Bonne nouvelle : sur ce point, psychologues et sexologues semblent se rejoindre, comme nous l’explique le Dr Marie-Claude Gavard(2), psychiatre et psychanalyste qui a notamment contribué au projet education-sensuelle.com, site d’info à destination des adolescents : "À moins que l’enfant ne pose des questions précises, on évite absolument d’aborder le sujet directement."

Un parent peut dire, incidemment : 'On peut parler de tout et on sera toujours là pour te répondre.' Une formule générique qui indique que le dialogue est ouvert."

L’écoute comme leitmotiv

A priori, si la communication est bonne, l’idéal est de laisser venir les questions de l’enfant, poursuit Marie-Claude Gavard. Si l’on n’est pas disponible (ou pas prêt) à ce moment-là, on peut tout à fait répondre : "J’ai entendu ta question, peut-on en parler ce soir ?" Il est important de fixer un rendez-vous immédiatement.

Et lorsqu’un ado pose une question précise ? Premier réflexe incontournable : lui demander ce que lui en pense. "D’abord parce que c’est lui signifier que l’on considère son point de vue. Ensuite, parce qu’il est très pratique de savoir ce qu’il sait déjà afin de corriger une connaissance éventuellement erronée", précise la psychanalyste.

Le respect comme mot d’ordre

Jusqu’à l’adolescence, le parent est le modèle absolu de l’enfant. Et même lorsque ce dernier commence à prendre son indépendance, le jugement des parents peut avoir un impact considérable.

Alors, lorsqu’arrivent des questions ou des affirmations que l’on pourrait juger sensibles, qu’elles soient présentées comme personnelles ou non, le respect de l’adolescent est primordial. "En aucun cas il ne faut juger ses remarques ou ses questions, souligne le Dr Gavard. Qu’il s’agisse d’homosexualité, de changement de sexe, de relation amoureuse… L’enfant dira peut-être que sa question concerne un ami, mais comment savoir s’il ne parle pas de lui-même ?"

Quelles que soient nos propres convictions, il est essentiel de ne formuler aucune critique, à une exception près, précise la psychiatre.

En effet, concernant la pornographie, "il est important de s’assurer que les enfants savent qu’il ne s’agit pas de la réalité. Que ces images, dans lesquelles l’autre est considéré comme un objet, ne reflètent en rien le quotidien de la sexualité des couples. Il est bon de leur rappeler ou de leur dire que, dans la vraie vie, la sexualité est basée sur l’amour, sur la complicité".

Quand il n’est pas prêt à communiquer

Votre ado ne pose pas de questions et ne semble pas prêt à en discuter ?

"C’est alors plus compliqué, mais il est indispensable de rester en retrait, estime Marie-Claude Gavard. On ne doit jamais faire preuve d’intrusion ni poser de questions qui peuvent gêner un adolescent. Il faut avancer avec prudence, laisser passer du temps."

Dans la liste des faux-pas à éviter également : parler de ses propres expériences; les enfants détestent généralement parler de la sexualité de leurs parents.

La contraception en question

Bien que très concrète, la question de la contraception n’est pas forcément plus simple à aborder.

Pour le Dr Gavard, il est cependant important de l’évoquer tôt, notamment auprès des jeunes filles. "On peut commencer par dire que la contraception est un sujet important et ajouter, par exemple, à l'intention de sa fille : 'Le jour où tu voudras prendre la pilule, n’hésite pas à aller voir mon gynécologue, qui est très sympa. Tu n’es d’ailleurs pas obligée de me le dire.'"

Les garçons aussi doivent être sensibilisés au sujet – la contraception ne devant plus seulement être une affaire de femmes –, en évoquant les infections sexuellement transmissibles par exemple.

Contre le harcèlement, la prévention

Une collégienne se prend en photo à la sortie de la douche, enveloppée d’une serviette, et envoie l'image à sa meilleure amie. Par mégarde ou malveillance la photo finit par circuler dans la classe, puis dans l’établissement, et l'adolescente devient moquée et harcelée pendant des semaines.

Ce genre d'histoires relève aujourd’hui du fait divers banal. Et si les équipes éducatives tâchent de prendre des mesures, les parents ont eux aussi un rôle primordial à jouer en matière de prévention. "Cela commence dès le premier téléphone, souligne le Dr Gavard. Les parents doivent prévenir qu’il ne faut surtout pas se photographier lorsque l’on est dénudé, même légèrement, et même pour s’amuser avec un copain ou une copine."

Il est indispensable de rappeler aux jeunes qu’une photo qui se retrouve sur Internet y restera pour toujours. Sur ce point il est indispensable d’aborder le sujet directement et sans détour.

(1) Auteure de Le Clitoris, c’est la vie, éditions First.
(2) Notamment auteure de Mais qu’est-ce qui se passe dans ma tête ?, éditions Marabout.

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