Psycho

Entre fermeté et bienveillance, les clés pour communiquer avec son ado

Publié le 23 janvier 2018
© Tyler Mullins / Unsplash

Quel parent n’a pas été confronté à des problèmes de communication, plus ou moins sévères, avec son enfant devenu adolescent. Comment restaurer le dialogue lorsque l’ado se mure dans le silence ou, du moins, se faire plus distant, plus secret. Quelques pistes avec Pierre Coret, psychanalyste et pédo-psychiatre, et Caroline France, notamment auteure du « Guide des super parents d’ados » et maman de deux « grands » ados de 17 ans.

L'adolescence, période de tous les espoirs et de toutes les catastrophes
« L’adolescence est une deuxième naissance. Lors de la première, on vient au monde pour s’incarner sur cette terre. Lors de la seconde, on vient au monde pour s’incarner dans le monde social. » Ce rappel du docteur Coret s’accompagne d’une métaphore qui nous permet de mieux cerner les chamboulements que vivent nos ados : « Cette période de tous les espoirs est aussi celle des plus grandes catastrophes. L’enfant vit une véritable mue : tel le homard, il perd sa protection (le berceau familial). Avant de retrouver sa carapace, plus grande et plus large, il est tout nu, fragile. Au cours de cette période, il peut être livré à tous les prédateurs. » La plupart des parents peuvent être surpris, note Caroline Franc, par cette mue qui peut « quasiment surgir du jour au lendemain (notamment pour les garçons) : c’est vraiment l’apparition d’un nouvel individu ! »

L’adolescent a besoin de s’isoler, mais…
Au cours de cette période, il est fréquent que l’enfant se renferme, se montre distant, voire rebelle. « Ma psy me disait : les cris, les portes qui claquent, les engueulades, ce n'est pas grave : c’est la preuve que ça circule », rassure Caroline France. Des signaux plutôt positifs même : un ado a besoin de s’isoler… En revanche, bien entendu, si cet enfermement devient inquiétant, si la souffrance est manifestement trop grande, « il devient important de la faire évaluer par un professionnel », conseille le docteur Coret. Consulter permettra à l’adolescence de faire « un travail préventif pour éviter les dérapages vers la schizophrénie ou les addictions. Il faut alors trouver la bonne personne pour que l’ado puisse déposer sa parole dans un espace où il se sent en sécurité. » Si les ados refusent souvent, dans un premier temps, de rencontrer un professionnel, de nombreux parents hésitent aussi, par peur, sans doute, des traitements qui pourraient être ordonnés. Mais, on l’ignore souvent encore, mais l'apport des médecines naturelles, en particulier de l'homoépathie, peut être d'une grande aide. 

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Considérer l’ado comme un adulte et écouter ses opinions
Dans la majorité des cas cependant, les problèmes de communication entre les ados et leurs parents ne sont que transitoires. Pas toujours évident pour autant de trouver le ton et l’attitude justes. Que faire lorsque votre enfant refuse de partager ses états d’âmes ? Premier conseil de Caroline France : « Y aller sur la pointe des pieds… Car on a 9 chances sur 10 de se faire remballer, même avec les meilleures intentions du monde ! » Concrètement, face à un enfant manifestement mal dans sa peau, il s’avère le plus souvent inutile de l’interroger sur l’origine de son malaise. « D’expérience, je pense qu’il faut plutôt engager la discussion sur des choses qui l’intéressent, en posant des questions ouvertes et en lui demandant son avis sur un sujet ou un autre. Surtout, il me semble indispensable de le considérer comme un adulte. Un ado a besoin de sentir que son avis a de l’intérêt. Si l’on n’est pas d’accord, on évite absolument de rabaisser ses opinions. » Lorsque l’on s’attaque aux sujets plus intimes, mieux vaut redoubler de précautions et, idéalement, attendre que les questions ou les confidences viennent de l’enfant.

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Réseaux sociaux, jeux vidéos…
Snapchat, Instagram et les jeux vidéos : pour les parents des ados « Alpha » (nom attribué à la génération des enfants nés après l’an 2000), l’addiction aux écrans de leur progéniture tourne bien souvent au casse-tête. Hors on commence à observer les dégâts qu’une consommation excessive d’écrans (qu’ils s’agissent de réseaux sociaux ou de jeux vidéo) peuvent avoir sur le développement psychique et intellectuel des enfants. Si « interdire peut se révéler totalement contreproductif », comme le souligne Caroline France, « il est indispensable que les parents posent la loi, contiennent l’enfant, martèle Philippe Coret. Sans cadre, l’enfant risque de sombrer dans une véritable addiction aux jeux vidéo ou au jeux de rôle, qui le coupe des autres, mais aussi et surtout de lui-même. Il s'installe alors une forme de dépendance infantile comparable à celle du bébé par rapport au sein de sa mère durant les premiers mois de sa vie. Il faut mettre de limites, en instaurant des rituels : il ne s’agit pas de le priver de téléphone portable, mais d’interdire qu’il dorme avec par exemple. »

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Gare au laxisme et à l’hyper autoritarisme
L’une des clés pour parvenir à faire entendre et à faire accepter son message, c’est d’être ferme. « Ce n’est pas simple, admet volontiers le Dr Coret. Mais avec de la bienveillance et de l’amour, généralement, cela passe. » Gare en effet à la tyrannie : « L’hyper-autoritarisme est aussi dangereux que le manque d’autorité ». Reste donc à trouver la « position médiane… La voie médiane est en effet la seule voie ». Et lorsque l’on peine à la trouver, la psychothérapie peut s’avérer un formidable outil d’accompagnement pour les parents comme pour les enfants, s’accordent à dire Caroline Franc et Pierre Coret. En attendant de trouver la bonne personne, on peut recommander quelques bonnes lectures, qui aident sans aucun doute à mieux comprendre ce qui se joue à l’adolescence, et comment accompagner nos enfants dans cette période trouble… pour toute la famille.

Pour aller plus loin : "Bien communiquer avec son ado", d'Elisabeth Leblanc et Pierre Coret, éditions Jouvence et le "Guide des super parents d'ados" de Caroline Franc, Mango éditions

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