Travail

L'attention, une ressource précieuse et limitée

Publié le 8 février 2017
Coach, Consultante et Formatrice en organisation, gestion du temps et gestion du stress depuis 2010, Diane Ballonad Rolland est aussi l'auteur de "J’arrête de procrastiner", paru chez Eyrolles en 2016.
Votre attention, une denrée rare et précieuse
Votre attention, une denrée rare et précieuse
© photl

Réussir à se concentrer dans un monde hyper-connecté relève parfois, et même de plus en plus souvent, de l'exploit. Dans cette chronique, Diane revient sur l'importance à accorder à la qualité de savoir se concentrer sur une seule chose à la fois.

Mails, réseaux sociaux, notifications en tous genres, information surabondante, nous ne savons plus où donner de la tête ! Avec ces « armes de distraction massives », tout semble fait pour capter notre attention et nous distraire, précisément, de « notre objet d’attention ».

A tel point que désormais, parce que sur sollicitée de toutes parts, notre attention vaut de l’or ! A l’ère de Google, notre attention est devenue une valeur monnayable, et déjà largement monnayée. Publicitaires, médias et réseaux sociaux se l’arrachent.

Mais cette sur-sollicitation de notre attention n’est pas sans conséquences…

Pour une écologie de l’attention
Considéré par certains comme le mal du XXIème siècle, le manque d’attention, appelé également le « syndrome de déconcentration », affecte aujourd’hui la majeure partie d’entre nous : inattention, distraction, dispersion, zapping, multitasking, difficulté à se concentrer, problèmes de mémorisation, erreurs d’interprétation, il nous est devenu difficile, et ce quel que soit le contexte, de rester centré sur la tâche que nous nous sommes fixée. Avec les conséquences que l’on connaît sur la gestion de notre temps !

Car contrairement à ce qu’on imagine, notre relation au temps est très fortement corrélée à la façon dont nous utilisons nos ressources attentionnelles. Yves Citton, l’un des premiers spécialistes français en la matière, pousse même un cri d’alarme dans son livre Pour une écologie de l’attention (2014, Seuil) : « Nous avons urgemment besoin d’une écologie de l’attention ».

Preuve en est le nombre croissant des « phubbers », dans les restaurants, les cafés et les lieux publics ! Le phubbing, néologisme anglais formé à partir de phone (téléphone) et de snubbing (snober, repousser) et qui peut se traduire par « télésnober », est l’acte d’ignorer des personnes physiquement présentes en consultant son téléphone plutôt que de communiquer avec elles en laissant son téléphone de côté.

Cette hyper-connexion a modifié nos structures cérébrales en influant notamment sur notre façon de traiter l’information et engendre des problèmes de concentration et de mémoire. Or, contrairement à ce que nous pourrions croire, la technologie n’est pas mauvaise en soi, c’est l’usage que nous en faisons qui est préjudiciable.

Aujourd’hui, déconnecter des outils qui clignotent relève désormais d’un véritable défi personnel, en tous les cas d’un choix fait en conscience. En redevenant maître de l’objet de notre attention, en choisissant de notre plein gré les contenus sur lesquels nous souhaitons la porter, nous possédons une arme formidable que nous pouvons mettre au service de nos projets.

L’attention, une ressource limitée
L’attention est la faculté de l’esprit de se consacrer à un objet, elle est exclusive, parce qu’on ne peut réellement porter son attention sur un seul objet à la fois.

William James, père de la psychologie moderne, décrivait l’attention ainsi : « L’attention est la prise de possession par l’esprit, sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles. […] Elle implique le retrait de certains objets afin de traiter plus efficacement les autres. »

Ainsi, notre attention est avant tout un phénomène biologique. Malgré nos cent milliards de neurones, notre cerveau a une capacité de traitement limitée, et cette limite l’empêche d’analyser de façon exhaustive toutes les stimulations sensorielles qui le bombardent en permanence.

Pourtant, nous la banalisons, la dilapidons sans compter et la « prêtons » à tort et à travers, alors même qu’user de son attention est une activité gourmande en énergie. Saviez-vous en effet qu’une activité qui exige votre attention consomme plus de carburant (et donc épuise plus rapidement votre énergie mentale) qu’une activité nécessitant une faible attention ou que vous avez automatisée ?

Prenons un exemple concret : la hiérarchisation de nos priorités ! La hiérarchisation fait partie des processus cérébraux les plus consommateurs en énergie. Elle peut même devenir impossible après seulement quelques autres activités mentales. C’est pourquoi répondre à ses mails pendant dix minutes peut épuiser l’énergie nécessaire à hiérarchiser les priorités.

Notre attention se porte sur ce que nous considérons comme important
Précisément parce que l’attention est une ressource limitée, le cerveau ne peut pas traiter toutes les informations qui lui parviennent ; sinon, nous serions littéralement « morts d’épuisement énergétique » ! A chaque instant, le cerveau fait donc un choix en privilégiant une cible principale. L'attention est donc un processus sélectif de l’information qui nous parvient par nos cinq sens. C’est dire si elle est importante…

Car la question de l'attention ne se limite pas à la pollution attentionnelle dont nous sommes l'objet. Elle va bien au-delà.

En réalité, c'est l'attention qui détermine la qualité de toute notre expérience consciente !

Selon Jean-Philippe Lachaux (1), directeur de recherches en neurosciences cognitives à l'Inserm, faire attention à un objet, à une scène ou à un être, c'est le faire exister dans le champ de son expérience sensible, c'est lui donner vie : "Le cerveau fait naturellement attention à ce qu'il considère comme important, et ce qu'il considère comme important dépend de ses objectifs du moment". Ainsi, les déplacements de notre attention changent la façon dont nous percevons consciemment le monde, "elle éclaire le monde et nos pensées, nos sensations et nos sentiments comme une torche" (Jean-Philippe Lachaux).

Travailler sur la qualité de son attention change donc radicalement notre expérience consciente et présente de nombreux bienfaits, encore largement sous-estimés. L'attention, bien employée :

  • favorise le calme intérieur et la conscience de soi.
  • réduit notre niveau de stress.
  • nous rend plus efficace.
  • nous permet de gagner du temps.
  • nous permet d'économiser notre énergie.
  • améliore la qualité de nos relations et de nos interactions avec le monde

 
Cela mérite que l'on s'y penche de près, n’est-ce pas ?

1-    Le cerveau attentif (2011, Odile Jacob), Le cerveau funambule (2015, Odile Jacob)
***

L'experte : Diane Ballonad Rolland - @Zenetorganisee (Twitter / Instagram) - est l'auteur de J’arrête de procrastiner (Eyrolles) et de Magical Timing (Rustica), et fondatrice du blog Zen & Organisée.

Diane est consultante et formatrice en organisation et gestion du temps. Son cœur de métier est d’aider les femmes débordées, fatiguées et stressées par les contraintes de la vie quotidienne à se réapproprier leur temps et à (re)trouver un équilibre.
 

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