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Cancer du sein

Cancer du sein : 3 ans plus tard…

Comment se reconstruire après un cancer ?
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My Change 21
Sonia Bellouti
Sonia Bellouti
le 05 février 2016
Après un cancer du sein, la vie est-elle forcément plus belle et plus intense ? Trois ans après son cancer du sein, Sonia partage ses réflexions sur son ressenti et ses aspirations. Un témoignage plein de force.

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J’ai l’impression de te raconter un film basé sur des fais réels, où l’on saute quelques années pour en arriver plus vite au dénouement de l’histoire, happy end ou pas.
Je vais peut-être te surprendre par ce que je vais t’avouer. Non seulement ma vie 3 ans après l’annonce du cancer ne se dénoue pas, mais en plus je ne me sens pas vraiment heureuse. C’est politiquement incorrect d’admettre que malgré ma rémission, une vie pleine, entourée de personnes aimantes,  et un livre publié et plutôt bien salué, je ne suis pas satisfaite. Quelle ingrate tu pourras me dire et tu as en partie raison. 
Mon parcours, largement décrit, fait la part belle au sentiment d’acceptation que j’ai découvert à l’annonce du cancer.  Un sentiment libérateur qui m’a permis de traverser de la meilleure sinon la plus belle façon la maladie. Un sentiment qui ne présageait pas ce que j’allais vivre ces dernières semaines.
Aujourd’hui en rémission, une impression de frustration me gagne un peu plus chaque jour. Plus que de la frustration, c’est de la colère. Je me rends bien compte que quelque chose ne va pas, que je bouillonne de l’intérieur, que j’ai de plus en plus de mal à communiquer et faire passer mes idées. Je suis en colère, et tous les matins depuis des mois maintenant, inlassablement, je me réveille avec la sensation que quelque chose doit changer. Cette colère a quelque chose à me dire. Ce n’est pas un simple emportement passager. C’est une émotion qui dure, qui me démange, qui me titille et même mes rêves en deviennent étranges… Mon inconscient tambourine infatigablement à la porte  pour me livrer un message. Mais lequel ?
Nous avons été élevés avec l’idée que la colère n’est pas bonne conseillère. Puis au fil de mon développement personnel, de mes lectures et découvertes spirituelles, j’ai appris, ou du moins interprété, que la colère est l’apanage des faibles, de ceux qui ne savent pas rester « zen », qui ne savent pas s’exprimer avec mesure, ni sagesse.  Du coup, à ma colère, je rajoute la couche de la culpabilité. Donc si tu me suis bien, je pars de la frustration qui génère de la colère et je ne fais rien de mieux que de me sentir bête et déplorable en en faisant le constat.  Un tableau peu réjouissant et plutôt obscur.
Mes désirs sont désordres !
Au fil de mes récentes interviews, j’ai eu souvent à répondre à la question « Qu’est-ce que le cancer a changé pour vous ? » ou encore « En quoi est-ce le secret de votre bonheur et sérénité actuels ? ». Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est nuances de gris. 
Oui, ce cancer, ou plutôt le cheminement spirituel dans lequel il m’a précipitée, a beaucoup changé ma vie, du moins la vision que j’en avais. Oui, cela relativise les événements et replacent les priorités.
La zenitude n’est pas acquise pour autant,  elle est régulièrement remise en question. On pense à tort que parce qu’on a frôlé la mort, combattu une maladie grave, tout devient rose et léger.
Dans les pages de FemininBio, on a plus l’habitude de lire des témoignages de personnes accomplies, heureuses, voire des recettes de réussites spirituelles et des exemples de sagesse à suivre. Et moi j’arrive avec mes sentiments « négatifs » quelque peu destructeurs, t’expliquer que non je ne vais pas bien.  Ce n’est pas simple d'admettre que j’ai failli.  Toutefois, si tu me permets,  je nuancerais cette notion d’échec…
Et si ma colère n’était que l’expression « désordonnée » mais néanmoins profonde de mes désirs ? Après le constat, l’auto flagellation, la ennième bagarre avec moi-même et emportement avec les autres je commence à comprendre le message…
Oui je suis en colère contre une société malade et qui ne se remet pas en question ou pas assez à mon goût. Je suis en colère et frustrée de voir l’ampleur des dégâts autour de moi et du travail à fournir surtout quand l’inertie gagne les individus. Je suis irritée et exaspérée par ces personnes assez proches pour m’entendre dire qu’ils ne sont pas responsables et que le problème les dépasse… tout en continuant à vivre, consommer et détruire comme si de rien n’était. Je me sens impuissante quand je n’arrive pas à les convaincre, et coupable de ne pas m’engager plus sur ce chemin.
C’est à l’occasion d’un récent diner en ville que j’ai commencé à prendre conscience de ce qui m’animait vraiment. Nous étions à table, la conversation a doucement glissé vers la situation des réfugiés. J’avais donné mon avis, comme quoi tout est lié, que nous sommes responsables de la misère du monde, que nous ne pouvons pas toute accueillir selon eux. Nous étions au dessert et la moitié des invités s’est levée pour se diriger vers le salon peut-être parce qu’elle n’était pas d’accord ou ne souhaitait pas débattre sur le sujet. Et aussi je te l’avoue, j’ai tendance à parler avec beaucoup de passion voire m’emporter un peu. Je suis tout sauf « lisse »
J’ai pu continuer à deviser avec l’autre moitié et une des convives m’a dit « Sonia tu as une mission. Tu es habitée par ce que tu dis, tu es convaincue et tu peux avoir les arguments pour sensibiliser le monde autour de toi ». 
Et en ce matin d’entre deux fêtes (NDRL : Sonia écrit le 28 décembre 2015), je réalise que cette énergie de colère peut être une source formidable de transformation, comme les vents et les marais une fois endigués.
On dit bien que dans le deuil, la colère vient tout de suite après l’abattement. Une phase nécessaire à l’assimilation de la perte pour aller vers un mieux. Et si j’étais dans une période de mue ? Un intervalle de profonds changements en phase avec celui nécessaire à nos sociétés. Cela implique d’accepter l’imperfection de nos modes de vies et des valeurs sur lesquelles elles se sont construites. D’accepter que nous ne soyons pas tous au même niveau de prise de conscience et d’ouverture pour de petites métamorphoses au quotidien. Les ruisseaux font des fleuves, et nous sommes à la fois la goutte et l’océan.
Rien de te l’écrire me soulage et canalise mon courroux, cela me semble simple et évident à l’instant où je partage cela avec toi.  Ma mission serait de reprendre la plume, de raconter comment en quelques années j’en suis arrivée au tout bio, à presque tout écologique alors que j’habite en zone urbaine. Comment j’ai changé mon mode de consommation et que je suis regardante des étiquettes. Comment mon budget, non extensible comme le tien et la plupart d’entre nous, s’est déplacé vers un nouvel essentiel. Comment les récentes priorités se sont imposées tout doucement mais surement à moi. L’année 2016 sera celle de « My Change 21 » que je m’efforcerai de partager avec toi en te prenant un peu par la main si tu le veux bien, pas à pas pour un ailleurs meilleur et équitable pour tous.
Sonia Bellouti est l'auteur du livre Les tétons flingueurs, paru aux éditions Kawa.
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