Livre

Stéphane Allix : "Les actions du présent influencent le passé"

Publié le 29 mai 2018
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
© Delphine Blast/Hans Lucas

"Lorsque j’étais quelqu’un d’autre", le nouveau livre du journaliste scientifique et ancien reporter de guerre Stéphane Allix, nous emmène dans une enquête personnelle et mystérieuse sur les traces de sa vie antérieure... Ou comment les vivants peuvent guérir les morts, et inversement.

Cet article a été publié dans le magazine Fémininbio #15 Février-Mars 2018

Racontez-nous votre livre.
Six mois après la mort de mon père, alors que je multipliais les activités (l’Inrees, Enquêtes extraordinaires) à la fois porteuses et épuisantes, j’ai eu besoin de faire un point. Je me suis donc isolé dans la forêt amazonienne, sans mails ni rendez-vous, juste avec la possibilité d’une rencontre avec moi-même.

J’étais alors dans un état de diète chamanique, sans substances hallucinogènes, offrant une perméabilité plus grande aux énergies et aux forces invisibles. Un matin, après mes exercices de qi gong, j’ai voulu méditer : mon imaginaire m’a fait survoler la vallée du Pérou. Le paysage a fini par se transformer en une scène de guerre et je me suis retrouvé parmi des soldats, dont un me paraissait très proche. Je suis lui, il est moi. Dans une émotion incompréhensible, j'ai su instantanément que l’homme s’appelait Alexander Herrmann et qu’il était lieutenant dans la SS. Je le vois prendre un éclat d’obus dans la gorge et mourir.

Avez-vous douté de ce qui s’était produit?
Je pratique le chamanisme depuis 2006 et j’ai fait plusieurs expériences sous ayahuasca, breuvage à base de lianes utilisé par les chamans qui provoque des visions très bouleversantes. Mais c’était la première fois que je vivais une vision aussi précise sans le moindre hallucinogène. Quand elle s’arrête, je crois cette histoire impossible. Puis je comprends que mon inconscient m’a renvoyé à ma fascination pour la guerre et la violence, une ombre que j’ai en moi depuis longtemps. Une fois rentré en France, je cherche Alexander Herrmann sur Google : j’en trouve un.

Pour moi, c’est une coïncidence. Je l’ignore pendant plus d’un an. En 2015, sans savoir pourquoi, je reprends les recherches et je tombe finalement sur le dossier militaire de cet Alexander Herrmann. Je découvre dans ces pages que celui-ci est mort d’un éclat d’obus à la gorge, exactement comme dans mon rêve éveillé. Je sais alors qu’il y a quelque chose à comprendre.

Ce lien avec nos vies antérieures offre-t-il des perspectives de guérison ?
Pour Enquêtes extraordinaires, j’ai interrogé des psychologues sur la vie antérieure chez les jeunes enfants. J’ai été marqué par le fait que ces expériences ne se manifestaient pas sur commande mais comme des souvenirs qui venaient spontanément. Cela peut toucher tout le monde : c’est une confrontation avec une ombre, provenant d’une vie antérieure ou d’un héritage que l’on porte en nous.

Pas forcément toxique, elle amène à une envie de se poser les vraies questions. Ce travail m’a permis de me débarrasser de ce manteau de mélancolie qui tombait sur mes épaules sans raison. Cette mélancolie n’était pas la mienne, mais celle d’un autre qui a laissé en moi sa colère. En me guérissant, je le guéris aussi.

Comment vous sentez-vous à présent ?
Si mon livre est fini depuis un an, le travail de guérison continue. Cette scène de mort, je l’ai encore à l’esprit aujourd’hui. Elle sera en moi toute ma vie, comme une blessure : on peut en guérir mais on la porte en soi. Seulement, elle ne nous emmène plus vers l’ombre car on est plus fort. Après l’écriture du livre, j’étais apaisé et déterminé à ne plus laisser ce manteau revenir sur mes épaules.

Si l’on possède plusieurs vies antérieures, ce travail de guérison doit-il se répéter ?
La charge émotionnelle ne remonte pas sans raison. Mon expérience s’est produite parce que j’avais la maturité pour la digérer. Si l’on porte des milliers de vies en nous, on n’est pas en charge de toutes : il faut gérer celles qui influencent le plus notre vie. Le chemin spirituel, c’est prendre des risques, se confronter à des choses que l’on n’a pas forcément envie de découvrir. C’est dans l’épreuve que l’on se révèle à soi-même.

Quelle relation avez-vous maintenant avec Alexander ?
Ce livre se termine sur de nouvelles questions. Mais finalement, j’ai pris de la distance par rapport à cette histoire ; ce dans quoi s’est immergé cet homme ne m’est pas sympathique et, même si la rencontre avec lui m’a aidé à guérir, il est important de couper les ponts. Il ne faut pas entretenir cet héritage, au risque qu’il devienne toxique. Mais je garde l’impression que mes actions ont eu une incidence sur la vie d’Alexander, il y a près de quatre-vingts ans. Les actions du présent influencent le passé. Et peut-être aussi le futur.

Avez-vous confronté votre expérience à des avis scientifiques ?
La psychologie commence à prendre conscience du poids du transgénérationnel et du spirituel. Ces charges émotionnelles sont à présent considérées comme un fait qu’il faut soigner. On observe sur les patients certains effets qui ne proviennent pas d’eux-mêmes, il faut donc saisir leur champ d’origine possible. J’ai le sentiment qu’il y a une écoute plus subtile aujourd’hui de ces phénomènes. Peut-être est-ce dû à la crise que l’on traverse... Les gens se doutent qu’il existe des dimensions qui participent à notre réalité.

Quel accueil a reçu votre livre, dans lequel vous confiez votre intériorité ?
Plutôt bon ! Pourtant, j’étais inquiet par rapport à la nature de ce personnage, du fait qu’il soit soldat SS. Je ne voulais pas que les gens imaginent que j’entretenais une sorte d’admiration pour lui. Si ce livre existe, c’est pour partager une expérience qui me dépasse. Je reste cartésien et rationnel, mais l’ombre est en chacun de nous et il ne faut pas la nier, pour ne pas finir à sa merci. En écrivant à la première personne, je partage naturellement mon voyage. Cette subjectivité touche le lecteur et fait résonner en lui quelque chose de profond.

LE LIVRE
Lorsque j’étais quelqu’un d’autre
Stéphane Allix
Mama Éditions – 23 €

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