Politique

Environnement: "Ce que j'attends du prochain président"

Publié le 20 avril 2017
Ornella Bosquier est journaliste.

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française, six femmes engagées pour la planète nous font part de leurs espoirs et de leurs attentes envers le prochain locataire de l'Élysée.

Anne-Sophie Novel, la visionnaire. Économiste, journaliste spécialisée dans l'écologie et les alternatives durables.
"J'attends des candidats à la présidentielle que l‘écologie soit plus qu’une section de leur programme, mais bien un projet au cœur de leur vision du monde. Le prochain président aura une priorité : protéger la biodiversité. De même, encourager un mode alimentaire respectueux de notre santé et de notre environnement est crucial : tout ce qui est bio, local et de saison va dans le bon sens. La société civile n'a pas attendu que des candidats fassent la promotion de telles mesures pour agir, donc il s'agira d'accompagner les mutations en cours pour les accélérer.

(Si j’étais présidente) je commencerais par un GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de la biodiversité, tout en insistant ensuite sur les questions de pollution, de lien entre santé et environnement, en instaurant une fiscalité écologique. Sur l'agriculture, on nomme Maxime de Rostolan (Fermes d'Avenir)  ministre ! Et on déploie un grand plan 'Payculteurs', on encourage l'agroécologie et la permaculture, on interdit progressivement l'usage des pesticides et on remet les jeunes les mains dans la terre ! Question transports, il faut promouvoir des modes de déplacement doux et étudier la pertinence de la gratuité de certains transports en commun. Sur les ressources, il s'agirait d'agir contre l'obsolescence programmée. Cela irait de pair avec la promotion d'une économie plus fonctionnelle et circulaire. C'est à force d'être exigeant qu'on peut atteindre, parfois, des objectifs impensables auparavant !"

Clémentine Autain, l’eng(r)agée. Soutien de Jean-Luc Mélenchon et porte-parole d’Ensemble.
"Tout le monde, à l’exception notable de l’extrême-droite, s’accorde à dire qu’il y a un défi environnemental à relever. (...) La pensée écologiste nourrit un projet de transformation sociale qui touche à différents domaines et pose la question du sens de la production et du travail, ainsi que du besoin de préserver les biens communs. Il faut relocaliser notre économie et repenser les modèles de développement urbain (…) De la même manière, je pense qu’il faut changer les modes de consommation. Pourquoi certains choisissent des diesels plutôt que des voitures à essence ? Ce n’est pas par plaisir, mais par manque de moyens ! Il faut des mesures financières incitatives pour permettre aux milieux populaires d’avoir des pratiques écologiques !

Jean-Luc Mélenchon est porteur d’un programme qui me paraît cohérent et efficace en matière environnementale. Je pense profondément que c’est lui qui donne le plus de force à l’écologie, et qui se donne le plus de moyens pour rendre l'écologie populaire. Par ailleurs, la victoire de Benoît Hamon est une bonne nouvelle pour la gauche : cela signifie que le peuple de gauche s’est mobilisé pour rejeter le bilan du gouvernement. Maintenant, je ne vois pas comment on pourrait aller vers une candidature unique pour cette présidentielle… Mais j’insiste sur un point : cela n’empêche pas de discuter. Benoît Hamont a opéré une forme de tournant sur les questions écologiques que je juge positive, nous parlons la même langue et ce n’est pas rien pour l’avenir !"

Eva Joly, l’écolo. Députée européenne Europe Écologie, candidate à l’élection présidentielle de 2012.
"Sur l’écologie, j’attends plus qu’une posture. Je veux un changement de paradigme. Il faut enfin donner leur chance aux générations futures et cesser de penser uniquement à court terme. Cette présidentielle doit ouvrir la voie à une nouvelle société. Le programme des écologistes porte une volonté de transformation de la société où tout est lié. Sortir du nucléaire, développer les énergies renouvelables, s’émanciper du pétrole, c’est développer des sources d’énergies propres, mais aussi des énergies produites localement. On limite au maximum les émissions de gaz à effets de serre, on crée des emplois non délocalisables, on développe des relations internationales moins conflictuelles.

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont intégré nombre de nos revendications dans leur programme. Une union de la gauche ne sera pas aisée, nous avons des divergences, mais il nous faut discuter. Il y a des points fondamentaux pour nous : la sortie du nucléaire, l’arrêt du projet de Notre-Dame-des-Landes. Mais c’est aussi une reconversion écologique de la société, un mouvement plus profond qui doit aboutir à une société apaisée, plus égalitaire, plus solidaire entre nous et aussi avec les autres pays. La question n’est pas seulement d’unir la gauche, mais d’allier celles et ceux qui ont compris que la question écologique était cardinale et devait guider tous les autres choix. Sur cette base, on peut construire un nouveau projet, une nouvelle majorité et une nouvelle espérance. J’attends donc beaucoup du futur président, tout en regrettant évidemment que cette union de la gauche ne puisse pas être portée par une femme… La prochaine majorité devra leur faire une large place !"

Claire Grolleau-Escriva, l’optimiste. Écotoxicologue, fondatrice de l’Atelier méditerranéen de l’environnement et de l’association Écolo crèche®.
"Ce que j’attends des candidats est très simple : qu’ils intègrent les valeurs du développement durable à toutes leurs propositions ! (…) L’écologie ne doit pas constituer un effort particulier. (J’attends des candidats qu’ils disent) que la nature est riche, que les solutions sont infinies, que le luxe et le "progrès" ne sont synonymes ni de possession ni de domination. Redécouvrir les solutions écologiques c’est découvrir des solutions innovantes et créatives et se reconnecter à l’essentiel ! Il ne s’agit pas de poser des restrictions qui génèrent le plus souvent la contestation, il faudra valoriser toutes les alternatives positives et les présenter comme le vrai progrès. Il est important de présenter aux usagers l’ensemble des avantages et impacts bénéfiques pour eux et le reste du monde. Ça aide à faire prendre conscience et au passage à l’acte.

Aucun candidat ne propose de vrai changement de paradigme. En même temps, est-ce à un seul être humain de proposer cela ? Je ne le crois pas. Selon moi, et nous sommes de plus en plus nombreux à penser cela, ce sont des collectifs qui doivent faire les propositions précises et les mettre en œuvre ensuite. Je pense que les candidats qui ont de l’avenir sont ceux qui sauront s’adosser à ces collectifs pour avancer. Cela fait trente ans que je pense durable et je n’ai jamais vu notre société aussi prête d’y arriver ! D’un côté nos concitoyens voient bien que nous sommes au bout du système précédent, avec les tristes constats que nous faisons, et de l’autre côté, il y a énormément d’initiatives locales, personnelles, collectives… qui montrent avec beaucoup d’enthousiasme qu’un autre modèle est possible. C’est maintenant !"

Chantal Jouanno, l’exemplarité. Porte-parole de l’UDI, sénatrice et vice-présidente chargée de l’écologie de la région Île-de-France.
"J’attends des candidats à la présidentielle, avant toute chose, qu’ils en parlent ! J’attends qu’ils intègrent l’écologie dans toutes les dimensions de leurs projets. Les changements climatiques, la santé, la biodiversité ou la disponibilité des ressources stratégiques sont des questions qui impactent l’ensemble de la classe politique (…) C’est la science qui impose l’écologie aujourd’hui.

Il n’y a pas une urgence écologique, car ces questions sont toutes très liées, mais pour moi, ce qui importe, c’est que le prochain président reprenne les acquis de l’accord de Paris. Il y a eu des progrès de faits et il s’agit de ne pas revenir en arrière. S’il pouvait s’engager sur une vraie réforme fiscale et une vraie politique de décentralisation, ce serait formidable. Sur les outils, je pense qu’on ne peut pas parler de politique environnementale sans une profonde réforme des systèmes de la fiscalité puisque l’essentiel passe aujourd’hui par l’économie (...)
On a toujours considéré que l’écologie était de gauche. On voit bien que c’est un sujet qui n’appartient pas à un parti... Je me sens profondément écologiste ! Je roule électrique, je suis végétarienne ; je ne suis pas parfaite, mais j’essaie de donner l’exemple. C’est important, il faut incarner !"

Corinne Lepage, femme politique, avocate, militante associative et ancienne ministre de l'environnement
"Il y a trois priorités pour le nouveau président : la santé, à aborder sous l’angle de la prévention, la transition économique, écologique et énergétique, et la sauvegarde de la biodiversité. La question de la santé préventive passe par une lutte contre la pollution chimique et atmosphérique mais aussi contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides. Elle va de pair avec la question du bien-manger, qui implique entre autres de réformer totalement notre politique agricole.

La transition économique, écologique et énergétique signifie de changer de modèle : le nouveau président doit avoir le courage d’accepter la fin de la centralisation de l’État. Je pense en particulier à la question énergétique. Si on donnait aux citoyens les moyens de produire et de consommer leur propre électricité, ils pourraient devenir autonomes et cela leur ferait même gagner en pouvoir d’achat.

La troisième urgence, plus planétaire, c’est la sauvegarde de la biodiversité. Grâce à nos territoires ultra-marins, nous avons une biodiversité très riche et nous sommes l’un des rares pays développés à avoir sur son territoire des forêts primaires, comme en Guyane. De plus, nous sommes le deuxième pays du monde en termes de façade maritime. Le nouveau président devrait donc agir pour la protection des littoraux et des océans, c’est dans notre intérêt autant que dans celui de la planète."

 

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