Rencontre

Café bio & équitable: rencontre avec Mildred Niebles

Publié le 22 décembre 2017
Gourmande assumée, je passe la plupart de mon temps à flâner dans les rues de Paris à la recherche de nouveaux restaurants. J'essaie au quotidien d'apprécier les choses simples de la vie et de profiter de l'instant présent.
© Pixabay

Mildred Niebles est productrice de café au sein de la coopérative Red Ecolsierra en Colombie. Engagée pour le développement du commerce équitable, elle témoigne de l'importance de ce label au quotidien et nous parle de la place des femmes dans le monde du café.

Mildred Niebles au siège de Max Havelaar France à Paris

 

 

 

Mildred, vous êtes productrice de café dans la ferme famililale héritée de votre père, à la Sierra Nevada de Santa Marta au Nord de la Colombie. Votre travail consiste à produire un "café de terroir". Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce type de café repose surtout sur la notion de traçabilité. Il y a en effet une vraie typicité du café, liée à sa zone de production. C'est pour cela qu'on peut parler de terroir, comme on en parle pour le vin ! La Sierra Nevada de Santa Marta est par exemple le seul lieu en Colombie où l'on produit du café à proximité de la mer et sous ombrage.

Que vous apporte le label de commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar ?
Max Havelaar nous aide d'abord du point de vue économique, c’est-à-dire que l'organisation nous garantit un prix minimum pour couvrir les coûts de production et ne jamais vendre à perte. En moyenne, les producteurs de ma coopérative reçoivent 25% de plus en prix qu’aux alentours. De plus, une prime de dévelopemment est versée à l’organisation de producteurs, elle nous permet de financer des projets collectifs que nous choisissons démocratiquement. L'implication de chacun dans la coopérative est essentielle pour développer tous nos projets, c'est un des piliers du commerce équitable.
Le commerce équitable vise plus généralement à rééquilibrer le rapport de force dans le monde de l’agriculture, où l’agriculteur est le maillon le plus faible de la chaîne. Il aide à renforcer les organisations d’agriculteurs pour qu’elles soient plus fortes vis-à-vis du marché. Par ailleurs, il inclut des exigences environnementales pour une culture plus durable, parmi lesquelles une liste de produits phytosanitaire interdits. Max Havelaar verse également une prime bio lorsque la culture du café est biologique, ce qui est le cas de notre coopérative.

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De quelle manière protégez-vous l’environnement dans votre travail ?
Nous nous occupons d’abord de traiter les eaux usées lors de la production du café. Elles sont récupérées et nettoyées afin de pouvoir être réutilisées. Nous protégeons également la faune et veillons à ce qu’aucun habitat animal se soit détruit. Chaque fois que nous prenons une décision, nous nous interrogeons sur son impact environnemental. Par exemple, lorsque nous avons à faire au scolyte, qui affecte le fruit du café [NDLR : le scolyte est un insecte qui parasite de nombreux arbres] pendant la production, nous veillons à ce que les projets de lutte contre ce dernier ne présentent pas de pesticides.

Votre coopérative comprend de plus en plus de femmes, comment est appréhendé le défi de l'égalite femmes-hommes ?
Nous avons aujourd’hui 93 femmes dans l’association, ce qui correspond à environ 25% du total des membres. Le chiffre est en constante augmentation, y compris du côté de la gestion et de la prise de décisions. C’est un vrai défi car on trouve encore très peu de femmes dans le monde du café. Comme produire du café implique un travail physique, on l’associe beaucoup plus à l’homme. Pour nous faire accepter par les hommes, nous avons dû prouver notre légitimité en travaillant énormément. Dans mon cas, je suis aussi mère et cheffe de famille, donc consacrer tout ce temps n’a pas été facile. La coopérative m’a beaucoup épaulée dans ce travail. On a d’ailleurs pu observer que les clients préfèrent souvent le café fait par des femmes : ils imaginent que la femme y met plus d’application et travaille mieux l’esthétique du produit (rires) !

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Vous avez aussi dû faire face à des défis dangereux, comme la guerre et les cartels…
Dans les années 1980, notre région a été touchée par les cartels de la drogue, puis plus tard par les guérillas et les mouvements paramilitaires. Durant ces périodes difficiles, nous avons connu des pertes humaines et certains d'entre nous sont devenus veufs ou orphelins. Aujourd'hui, tout est sous contrôle et des actions ont été mises en place pour voir la région autrement. A travers la coopérative, nous avons par exemple développé le tourisme et encouragé les femmes à faire découvrir leur cuisine et à animer divers ateliers de ce genre en plus de leur travail dans le monde du café. Nous produisons également du miel.

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