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Comment l'industrie du chocolat peut être équitable et bio

Publié le 2 juin 2018
Nicolas Dutois est expert de la filière cacao de l'association Max Havelaar France.
Une cabosse de cacao fraîchement récoltée posée sur des fèves de cacao séchées. Photo prise à l'Association de producteurs de cacao APPTA, au Costa Rica.
Une cabosse de cacao fraîchement récoltée posée sur des fèves de cacao séchées. Photo prise à l'Association de producteurs de cacao APPTA, au Costa Rica.
© James A. Rodriguez/Max Havelaar

Le chocolat est toujours synonyme de gourmandise et de plaisir. Mais qu’est-ce qui se cache ces délicieuses gourmandises ? Et surtout comment le déguster sans complexes...

Cet article a été publié dans le magazine Fémininbio #14 Décembre 2017-Janvier 2018

La culture du cacao est encore aujourd’hui synonyme de pauvreté, de déforestation, d’utilisation intensive de produits chimiques et de travail des enfants, car elle ne permet pas à la majorité des 5 millions de petits producteurs qui en dépendent d’en vivre. Pas de panique… des solutions existent ! Commerce équitable et agriculture biologique permettent de s’assurer que notre chocolat respecte la planète ainsi que les femmes et les hommes qui le produisent.

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De la fève à la tablette
Originaire d’Amérique, le cacao a été implanté en Afrique dès le XIXe siècle. Aujourd’hui, près de 70 % de la production de cacao dans le monde se concentre d’ailleurs dans deux pays africains : la Côte d’Ivoire et le Ghana. Le cacaoyer pousse dans les milieux tropicaux chauds et humides, mais uniquement à une latitude située à 20 degrés au nord et au sud de l‘équateur. Comme pour le vin, l’arôme du cacao diffère d’un terroir à un autre. Les conditions climatiques, la composition du sol et les pratiques agricoles influencent la saveur et le goût du chocolat qui sera fabriqué.

Le fruit du cacaoyer, la cabosse, contient en moyenne 30 à 40 fèves qui sont fermentées puis séchées au soleil. Les producteurs de cacao possèdent un savoir-faire capital pour que nous puissions nous régaler par la suite. En plus de prendre soin des cacaoyers, la fermentation et le séchage sont des étapes cruciales pour la qualité finale du chocolat. C’est à ce moment-là que les arômes se développent. Arrivées chez le chocolatier ou l’industriel, les fèves sont torréfiées puis broyées pour devenir de la pâte et du beurre de cacao, ou de la poudre pour fabriquer du chocolat sous toutes ses formes.

Cacao au goût amer
L’industrie mondiale du chocolat pèse plus de 150 milliards de dollars. Malgré ce poids, une étude récente (La face cachée du chocolat, Le Basic, 2016) montre que la filière du cacao n’est durable ni pour les producteurs ni pour l’environnement. La transformation ainsi que la distribution du cacao et du chocolat sont contrôlées par une poignée d’entreprises multinationales qui captent une large part de la valeur ajoutée de la filière.

À l’autre bout de la chaîne, environ 90 % de la production est cultivée sur de petites exploitations familiales de 2 à 5 hectares. Ces petits producteurs se battent face à des problématiques multiples. Les prix du cacao font "le yoyo" et peuvent passer de 700 dollars la tonne à presque 4 000 dollars ! Actuellement (novembre 2017 - NDLR), les prix du cacao sont à leur plus bas niveau depuis 2008, suite à une chute de 30 % en six mois due à la perspective d’une récolte plus importante que prévue en Afrique de l’Ouest.

Les récoltes dépendent de facteurs souvent imprévisibles tels que les conditions climatiques, les maladies du cacaoyer ou encore l’instabilité politique. Les producteurs n’ont pas ou peu la capacité d’investir pour améliorer la qualité et le rendement de leur production. Le travail des enfants, l’utilisation intensive de pesticides, la déforestation sont quelques-unes des options vers lesquelles se tournent les producteurs pour augmenter la production et tenter de survivre. La production de cacao a donc un goût plus amer qu’on ne le soupçonne.

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Des solutions existent !
Le commerce équitable représente une solution durable pour la filière cacao, en proposant des conditions commerciales plus justes aux producteurs pour qu’ils puissent faire vivre durablement leur famille et mettre en place des pratiques agricoles qui favorisent la protection de l’environnement.

Ainsi, le label Fairtrade/Max Havelaar garantit un prix minimal aux producteurs de cacao, qui agit comme un filet de sécurité qui les protège quand les prix s’effondrent. De plus, une prime de développement est reversée aux coopératives de producteurs pour mettre en place des projets collectifs sociaux, économiques ou environnementaux : centres de santé, établissements scolaires, transports, aménagements collectifs, etc. Le travail des enfants est interdit et des programmes sont mis en place pour lutter contre ce fléau.

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Ainsi, en Côte d’Ivoire, la coopérative N’Zrama de N’Douci a décidé de reconstruire l’école du village de Tiemokokro qui était en ruines et ne comptait qu’un enseignant bénévole. Désormais, l’école rebâtie a un directeur, deux professeurs et trois bénévoles qui enseignent à 200 élèves. Souvent, les coopératives décident aussi d’investir une partie de la prime de développement dans la qualité du cacao. Les producteurs ont à cœur de fournir des fèves de cacao de la meilleure qualité possible. Leurs efforts sont renforcés par l’appui technique des équipes du mouvement Fairtrade/Max Havelaar, des formations internes et des échanges entre producteurs.

En République dominicaine, les revenus supplémentaires obtenus grâce au commerce équitable ont permis à la coopérative Conacado d’améliorer la qualité des fèves, notamment en recrutant du personnel pour former les planteurs aux bonnes pratiques de production. Les marques engagées dans la démarche aiment valoriser le terroir et le travail des producteurs avec des chocolats "pure origine" qui font voyager nos sens depuis la République dominicaine jusqu’au nord du Pérou, en passant par l’Équateur !

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Bio et équitable, naturellement complémentaires
Agriculture biologique et commerce équitable montent tous deux en puissance, et ce, grâce à la demande des consommateurs (+ 20 % des ventes dans les deux secteurs entre 2015 et 2016). Protéger la planète c’est aussi protéger les hommes et les femmes qui y vivent. L’agriculture biologique permet de protéger l’environnement. Le commerce équitable intègre en plus des critères économiques et sociaux visant à protéger les producteurs agricoles et à favoriser le développement rural.

En outre, la préservation de l’environnement et la gestion durable des ressources sont au cœur des deux démarches. En intégrant le commerce équitable, les producteurs sont encouragés à la conversion à la production biologique. Et côté chocolat, le mariage est un succès : 88 % des tablettes qui portent le label Fairtrade/Max Havelaar sont également bio. Noir ou au lait, le choix de chocolats équitables est de plus en plus large, que ce soit chez des artisans chocolatiers, en magasins bio ou en grandes surfaces : de la pâte à tartiner aux moulages festifs et aux bonbons, en passant par la spécialité française, les tablettes gourmandes !

Merci à Valeria Rodriguez, responsable Plaidoyer et Relations Média chez Max Havelaar France, pour son implication dans cette contribution.
Plus d'infos sur maxhavelaarfrance.org.

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