Femme engagée

"La nature me console de tout", l'interview confession de Claire Keim

Publié le 26 mai 2020
"Il y a selon moi quelque chose de très beau à se battre pour ce qu’on aime"
"Il y a selon moi quelque chose de très beau à se battre pour ce qu’on aime"
© Christophe Lartige

Sur les écrans depuis l’adolescence, elle est celle qu’on a toujours connue. Pourtant, Claire Keim reste un mystère. Actrice et chanteuse, en couple avec le footballeur Bixente Lizarazu depuis 2006, ils ont ensemble une fille de 11 ans, prénommée Uhaina, ce qui signifie “vague” en basque. Plutôt réservée sur sa vie privée, elle a joyeusement accepté de nous en dire un peu plus sur sa vie loin de la ville, sa famille, ses passions, et sa conception de l’engagement. Une interview unique, tout en résilience et ouverture de cœur.

Cet article a été publié dans le magazine #28 avril-mai 2020

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C’est d’une voix douce et souriante qu’elle nous confie sans détour ne pas s’être pliée au jeu de l’interview depuis un moment. Un exercice qu’elle trouve difficile, et sur lequel elle avoue s’être parfois laissé emporter, plus jeune, par une certaine candeur. À peine quelques mots échangés et l’on comprend que Claire Keim nous emmène, par ses tournures poétiques malgré elle, dans un échange simple, vrai et juste. 

Alors, pourquoi cette longue absence ? Qu’est devenue la belle aux yeux de chat, si touchante dans ses rôles, si émouvante dans ses chansons? A-t-elle sans le vouloir pris ses distances avec le tourbillon parisien ? Née en Picardie, Claire Keim grandit “entre forêt, campagne, meules de foin et cabane dans les arbres” et débarque à Paris à 16 ans, après avoir décroché son premier rôle “au culot, à la chance”. Si elle continuera à tourner régulièrement, et ne reviendra pas à sa vie picarde, c’est sa nouvelle conscience de maman qui la pousse il y a douze ans à quitter la capitale en famille, pour rejoindre le Pays basque, région natale de son célèbre conjoint footballeur. 

FemininBio : Vous avez construit votre cocon loin de la ville. La famille, c’est important pour vous ?  

Claire Keim : Je ne sais pas comment en parler tant c’est ce qu’il y a de plus précieux à mes yeux. Je suis tellement reconnaissante envers la vie pour cette famille qu'elle m'a offerte. Évidemment je ne suis pas épargnée par tous les problèmes de routine, mais je suis heureuse de les avoir, ces problèmes-là. Alors oui, ça demande de l’organisation, c’est la guerre des nerfs pour savoir qui a la plus lourde charge mentale. Mais la vie fonctionne comme des vases communicants : il y a des moments où l’un est plus amoureux que l’autre, où l’un doit plus s’adapter que l’autre… Rien n’est jamais symétrique. Il faut s’adapter, se manquer, créer du vide parfois, de la surprise, et être solides. 

Vous formez un couple de rêve avec Bixente Lizarazu. Quel est votre secret de longévité ?

Pour être très honnête, je ne suis pas toujours certaine que le couple soit le schéma idéal, ni le plus confortable ! C’est difficile, c’est fragile, ça peut se déchirer, c’est une guerre quotidienne contre la monotonie. Je comprends vraiment ces couples qui se séparent, qui se disent que la vie va trop vite et qu’il ne faut pas perdre de temps. Mais il y a selon moi quelque chose de très beau à se battre pour ce qu’on aime. Cela demande de l’indulgence envers les autres, mais surtout envers soi-même. Certains jours, je suis une mère en carton, je ne suis pas la meilleure femme ni la meilleure amie du monde. Ok je suis en colère, je suis jalouse, je suis moche, et bien je m’accorde le droit d’être cette fille-là aujourd’hui. Je l’accepte en me disant que demain je serai mieux. 

Vous reconnecter à la nature, enceinte, ce fut une évidence ?

Oui, ce fut totalement instinctif. J’ai eu tellement de liberté enfant, que j’ai souhaité que ma fille ait la même. Et quoi de plus beau que de choisir entre mer et montagne en sortant de l’école ? Faire grandir mon enfant dans un environnement où j’ai accès immédiatement aux fleurs, aux arbres, aux oiseaux, à la mer, c’était vraiment important pour moi. 

Comment définiriez-vous votre lien à la Nature ? 

La nature me guérit, me console de tout. Quand je vais mal, je vais marcher, crier dans la montagne, mettre les pieds dans l’eau, me prendre une bonne averse sur la tête. Tout cela me remet les idées en place. Le cycle de la vie me rassure. Voir une plante grandir, s’épanouir, faire une très belle fleur et un jour sécher, disparaître et refaire une pousse l’année suivante; ces choses très simples et d’une complexité folle à la fois sont devenues normales pour nous. Après s’en être largement servi, on découvre que la planète est un espace fini et qu’il faut faire attention à la manière dont on l’exploite. C’est peut-être cela qu’il faut que l’on répare en nous. 

Ce que l’on fait à la planète vous touche intérieurement ? 

Je ne sais même plus quoi dire à ce sujet. J’ai l’impression que l’on parle de ça depuis vingt-cinq, trente ans, et que c’est devenu un “marronnier”. On parle des cataclysmes qui nous attendent comme des guirlandes de Noël, et l’on recueille l’avis des gens connus à ce sujet. Tout cela n’a plus aucun sens. Pendant des années, je trouvais utile d’être marraine d’une association de défense de l’environnement, de faire de la sensibilisation à ce sujet. Mais lorsqu’on regarde les décisions politiques, on comprend que cela ne les atteint pas du tout. 

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Vous ne souhaitez plus vous engager publiquement pour l'environnement ? 

Disons que l’engagement des “people” pour faire passer ce message n’a plus de sens pour moi. La planète est en danger, et personne ne découvre aujourd’hui les problèmes de réchauffement climatique. Je pense que nous avons atteint notre seuil maximal de capacité sur cette sensibilisation et que la mobilisation des personnalités est même contre-productive. Bien sûr que c’est facile pour moi, privilégiée, de choisir un mode de vie sain, de bons produits bio et locaux. Je ne suis pas cette mère de famille isolée qui fait 3 heures de transport par jour pour payer quelqu’un qui gardera ses enfants pendant qu’elle travaille. Ces personnes-là sont héroïques et c’est à elles qu’il faut demander comment elles font pour y arriver. Il y a cette image d’Épinal de l’artiste qui s’engage pour une cause, de très jolie façon, certes, mais tout cela ronronne ! Ce temps-là est révolu ! Les gens se sont habitués et on ne peut pas leur en vouloir de lever les yeux au ciel face à une énième sensibilisation de ce genre. Je refuse de participer à la grande entreprise de culpabilisation de ceux qui se débattent pour s’en sortir. Cela me semble indécent.

Si ce temps-là est révolu, de quoi est-ce le moment, maintenant, selon vous ? 

C’est le temps de l’action, d’arrêter la schizophrénie, d’arrêter les “make our planet great again” et de prendre des décisions complètement en opposition. Je ne fais pas de politique, et ce que j’en pense n’a aucun intérêt. Je veux juste que ceux qui gouvernent respectent leurs engagements. Je suis malade de ce mensonge et que l’on fasse porter la culpabilité aux gens sans leur proposer des solutions abordables, alors qu’elles existent déjà ! Il faut juste prendre les bonnes décisions politiques pour que ce soit appliqué.

C’est sur votre compte Twitter qu’on a le plaisir de vous retrouver en ce moment, tout en musique et en légèreté. Comment tout cela a commencé ? 

J’ai vécu une année 2019 compliquée. J’ai eu un bouquet de chagrins de toutes les tailles, avec au bout une bonne remise en question. Un matin où j’allais mieux, j’ai eu envie de partager ce petit morceau qui me trottait dans la tête. Moi qui me tiens habituellement à l’écart des réseaux sociaux, j’aime bien Twitter qui représente pour moi “la cour des sales gosses”. C’est un mélange d’infos sérieuses, de n’importe quoi et de gens très en colère qui ont apparemment du temps pour l’exprimer. J’ai donc posté cette chanson sans rien attendre, et une boule de tendresse a déferlé sur moi. Une tonne de messages et de challenges sont arrivés, envoyés par des internautes. C’était tout à coup un joujou extra, une bulle, comme un fil qui s’était tendu entre nous tous, crétins heureux. 

Est-ce qu’on aura aussi la chance de vous retrouver à l’écran en 2020 ? 

Oui, car après une année de jachère, où plus rien ne se passait, tout arrive en même temps. J’ai envie de dire aux gens de ne pas s’inquiéter, car il y a des moments de l'existence où l’on a l’impression que tout s’arrête, qu’on n’existe plus, qu’on va mourir de chagrin. Et puis la vie vous sourit à nouveau. Je suis partie en tournée avec Aldebert pour les dix ans de son album, Enfantillages, avec ses chansons si jolies. C’était dément ! J’ai ensuite commencé le tournage de la Saison 2 d’Infidèle, sur TF1, avec Jonathan Zaccaï, et le rythme de tournage est fou. J’ai juste fait une semaine de pause pour aller enregistrer "Les Enfoirés". 

C’est important pour vous ce rendez-vous avec “Les Enfoirés” depuis 2005 ?

Je fais vraiment partie des “anciennes” à présent, et chaque année je me questionne en me disant qu’il faut laisser la place aux jeunes. Et puis je retrouve ce lien tellement fort qui nous unit… Chacun est humainement au meilleur de lui-même pour cet événement. Nous voulons offrir le plus beau spectacle, pour offrir le plus de repas possibles aux Restos du Cœur. Les rapports humains sont incroyables entre tous les métiers qui se côtoient à cette occasion : musiciens, costumière, éclairagistes, etc. C’est si beau ! J’en ressors toujours épuisée mais forte de me dire que tout n’est pas perdu, que nous, humains, sommes encore capables de faire de belles choses. Et dans les yeux des “nouveaux”, comme Kendji, Vitaa, Slimane, ou encore Maëlle, qui nous rejoint cette année, voir une telle dose d’amour, c’est très émouvant. 

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“Puissance”, c'est le mot-clé de ce numéro de FemininBio. Qu’est-ce que cela vous évoque ? 

J’ai longtemps envié cette puissance que je n’avais pas, selon moi. J’allais chercher chez les autres cette force dont je manquais, afin qu’ils comblent un vide en moi. Je me sentais tellement fragile et sensible. Je suis en train de réaliser que cette ultrasensibilité est une force phénoménale qui me permet d’accéder directement à l’âme des gens. Car la puissance, c’est être avec soi. J’ai mis tellement de temps à comprendre que je devais être ma meilleure amie ! J’ai réalisé récemment que je n’oserais jamais m’adresser à quiconque comme je m’adresse à moi-même parfois. Et ça commence à changer beaucoup de choses dans ma vie. La dérision sur Twitter en fait partie. Accepter de me dire que ce n'est pas parfait, que j’espère que cette chanson toute nue, au réveil, sans filet, mais chantée de tout mon cœur saura vous toucher. Être capable de faire ça, c’est accepter d’être totalement imparfaite, et c’est une grande puissance pour moi.

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