Solidaire

Il a lancé un service d'entraide de courses entre particuliers, rencontre avec Sébastien Vray

Publié le 5 mai 2020
L'entraide n'a pas de prix et je suis bien content de pouvoir lier solidarité et collaboratif.
L'entraide n'a pas de prix et je suis bien content de pouvoir lier solidarité et collaboratif.
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Entre les longues files d'attente et le manque de réassort de produits dans certains supermarchés, faire ses courses n'a jamais été aussi difficile pendant cette période de confinement. Sébastien Vray a décidé de rendre cette tâche plus facile en rendant Courseur, sa plateforme de mise en relation et d’organisation de courses entre voisins, gratuite.

Fondateur de Respire (ONG dédiée à la qualité de l'air), La Petite Chaufferie (bar bio à Paris) et Citizen Case (plateforme qui permet d'intenter des procès pour dénoncer des crimes environnementaux), Sébastien Vray n'en est pas à son coup d'essai en matière d'initiatives solidaires. En 2017, il lance Courseur, une plateforme collaborative et gratuite qui réduit l'usage de la voiture pour faire ses courses.

Il en a eu l'idée en se souvenant des trajets interminables qu'il effectuait avec sa mère pour atteindre le supermarché de la Roche-sur-Yon, la ville la plus proche de chez lui.  Aujourd'hui, tout le monde fonctionne de la même manière : un individu par véhicule pour se rendre au même endroit. Sébastien Vray crée donc cette application mobile, disponible sur Applestore et Playstore, qui mutualise les trajets de courses en voiture de ses utilisateurs pour économiser du temps et du carburant. Cela permet également de renforcer la solidarité entre les habitants d'une zone rurale qui peuvent, par exemple, aider des seniors en perte d'autonomie. Nous lui avons posé quelques questions sur le fonctionnement et le modèle économique de Courseur, qu'il a récemment décidé de rendre gratuit. 

FemininBio : Deux ans après le lancement, quel est ton bilan ?

Sébastien Vray : Beaucoup m'ont dit que l'idée était super mais dans la réalité il faut les convaincre de transformer cette nouvelle pratique en une habitude et ce n'est pas facile. Entre la constitution d'un service, digital notamment, la création d'une société, la recherche de financement, la quête pour trouver des talents afin de constituer une équipe et ce qu'on a observé sur le terrain une fois lancé, je me suis rendu compte que le projet allait être plus difficile que prévu. Il y a aussi eu la motivation et l'implication de l'équipe Courseur ralentis par l'approbation, ou non, de partenariats avec des acteurs de la grande distribution. Leader Price a joué le jeu à fond, ça a été vraiment une super expérience, et ils ont mis les moyens pour essayer de travailler avec nous mais cela n'était pas suffisant. Entre le produit que l'on imagine et l'usage en conditions réelles, il y a un fossé énorme.

Il faut beaucoup de critiques d'utilisateurs pour que cela fonctionne et cela demande énormément d'investissement. En deux ans, nous nous sommes confrontés à la réalité et nous avons évolué. Nous avons changé de modèle économique pour nous orienter vers des professionnels de services à la personne, des résidences autonomie, des conciergeries et des hébergements touristiques.

Comment sont fixés les tarifs entre les particuliers ?

Au début, le schéma de compensation entre celui qui livre et celui qui se fait livrer a été fixé selon ce principe :  pour le livreur, en fonction du temps à passer pour faire les courses dans le magasin ; pour le livré, en fonction de ce qu'il était prêt à payer pour ne pas avoir à se déplacer, surtout dans des zones où il n'existe pas de système de livraison c'est-à-dire 80 % du territoire.

Les utilisateurs sont-ils au rendez-vous ?

Quand nous avons lancé le service avec Leader Price, nous avons eu beaucoup d'inscrits. Les livraisons entre particuliers ont augmenté chaque mois. Cependant, nous perdions beaucoup d'utilisateurs qui voulaient utiliser le service dans d'autres enseignes.

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Est-ce que le service fonctionne encore, ou d’autant plus, pendant le confinement ?

Depuis septembre 2019, nous avons arrêté de mettre en avant ce système de livraison rémunéré entre particuliers. Nous avons remarqué que ceux qui faisaient des courses pour les autres étaient majoritairement des gens qui souhaitaient gagner de l'argent comme sur Deliveroo. Dès le début du confinement, j'ai reçu beaucoup de messages d'amis et de mon réseau professionnel pour me dire que Courseur devait fonctionner à nouveau. Il fallait mettre beaucoup de temps et d'implication dans la mise à jour de l'application mais je suis un indécrottable militant au grand coeur. 

J'ai lancé un appel sur les réseaux, comme sur Linkedin et sur le Whatsapp des Sogood Activist, pour demander un coup de main et cela a été très rapide. Nous avons constitué une équipe de 4 bénévoles composée de 3 développeurs et d'une designeuse d'application. En 10 jours nous avions mis l'application à jour. Je me suis engagée à la rendre 100 % solidaire et gratuite. Si tu veux aider, alors Courseur est pour toi. Si tu veux te faire de l'argent, va chez mes concurrents. 

Des mesures spéciales ont-elles été mises en place ?

Le service fonctionne désormais sur l'entraide pure et dure. Ceux qui veulent rendre service se mettent simplement en mode disponible via leur profil et apparaissent sur une carte. Ceux qui ont besoin d'un coup de main peuvent les voir et discuter avec eux via le chat. Pour les listes de courses, nous récupérons l'ensemble des catalogues de produits en ligne des 5 000 enseignes, ce qui permet de faire des listes précises. Elles sont échangées directement dans la discussion entre voisins. Lydia a également répondu à notre appel ce qui permet aux utilisateurs de se faire rembourser rapidement depuis Courseur. Nous sommes en train de mobiliser les enseignes de la grande distribution pour diffuser ce nouveau service gratuit et solidaire. Les magasins Match et Intermarché ont déjà répondu à l'appel.

Est ce que Courseur favorise les petits producteurs, ou est-ce tourné seulement vers les super et hyper ?

Dans l'absolu, ceux qui s'organisent entre eux peuvent s'échanger des listes de courses avec des produits de commerçants locaux. Actuellement, quand on tape son adresse et que l'on cherche des magasins à proximité, on ne voit que les enseignes qui ont un catalogue en ligne. Nous n'avons pas référencé les magasins bio car Biocoop n'a pas de base de données de produits en ligne et la Vie Claire a supprimé le sien. Nous pourrions constituer nous-mêmes des catalogues de produits disponibles dans les boulangeries ou chez les maraîchers locaux mais c'est beaucoup de travail. Maintenant que nous avons rendu Courseur gratuit et solidaire, ce n'est pas avec ce service que nous allons gagner de l'argent et on va même en perdre, mais ce n'est pas ma priorité. Notre modèle économique repose sur la vente de cet organiseur de courses en ligne à des professionnels qui souhaitent améliorer la prestation de courses de leurs acheteurs réguliers.

Quel message souhaites-tu faire passer aujourd'hui ? 

Le plus difficile dans le développement d'un système d'entraide, ce n'est pas de trouver ceux qui veulent aider mais c'est d'aller toucher ceux qui sont moins numérisés et qui sont dans des situations précaires. Pour cela, nous avons besoin que nos utilisateurs parlent de l'appli autour d'eux. Il est d'ailleurs possible d'imprimer nos affiches sur le site Courseur et de les afficher dans son immeuble ou chez des commerçants locaux. En informant les mairies, qui gèrent les Centre Communaux d'Action Sociale, et les associations locales, cela va permettre de développer une l'entraide locale grâce à la plateforme.

L'entraide n'a pas de prix et je suis bien content de pouvoir lier solidarité et collaboratif.

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