Interview engagée

Gert-Peter Bruch : "Il est facile d'échapper au sentiment de culpabilité lorsqu'on ne voit pas les dégâts que l'on a causé."

Publié le 5 juin 2019 - Mis à jour le 7 juin 2019
Fondateur de Planète Amazone, Gert-Peter Bruch appelle à un mouvement de solidarité citoyenne pour éveiller les consciences.
Fondateur de Planète Amazone, Gert-Peter Bruch appelle à un mouvement de solidarité citoyenne pour éveiller les consciences.
© Yann Rossignol

A l'occasion de la Journée Mondiale de l'environnement, le fondateur de Planète Amazone et co-fondateur de l'Alliance des Gardiens de Mère Nature Gert-Peter Bruch a répondu à une interview FemininBio sur l'importance des peuples autochtones dans la protection de la Terre Mère.

Retrouvez dans le magazine FemininBio #23, l'interview de la Cacique Tanoné, du peuple Kariri Xoco, première femme cheffe de sa tribu. 

Lancée en 2015, l'Alliance des Gardiens de Mère Nature est un mouvement international en faveur de la paix et des générations futures. Elle a publié, en 2017, une déclaration afin "d'inspirer une stratégie globale pour la protection de la planète, pour la paix, pour les générations futures." Voici l'interview de Gert-Peter Bruch, son co-fondateur.

FemininBio : Quel est la mission de l'Alliance des Gardiens de Mère Nature ?

Gert-Peter Bruch : Notre objectif est de passer à l'action en unissant toutes les forces vives au service de la planète et des générations futures. Nous souhaitons, plus précisément, mettre en application les belles résolutions posées par l'ONU dans la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones, document qui a mis plus de 20 ans à aboutir et qu'il est temps de travailler. Il est important de collaborer avec les peuples autochtones, et arrêter de les exploiter. L'actuel chantier de l'alliance a été annoncé à la COP 23 : il s'agit d'un projet de sanctuarisation des forêts du monde entier, occupées par les peuples autochtones, avec tout un plan de reforestation et de restauration de zone dégradée, de développement d'agroforesterie etc.

Le 5 juin 2019, c'est la Journée Mondiale de l'environnement, dont l'objectif est de sensibiliser à la protection durable de la planète et de ses ressources. Quelle est l'action des peuples autochtones pour nous sensibiliser à la destruction de notre Terre Mère ?

La création de cette alliance ! Aucun de nous ne peut y arriver tout seul. Récemment, le chef Raoni a fait une tournée en Europe avec une petite délégation, et a notamment été reçu par le peuple français. Seul, il ne pourrait résoudre les questions cruciales pour l'avenir de l'humanité, d'où la création de cette alliance. La notion d'union est capitale dans nos actions : l'Alliance a vu le jour grâce aux citoyens français via un financement participatif, ce qui nous a permis de lever plus de 220 000€. c'est ça la force de toutes leurs actions, c'est qu'elles doivent être soutenues par des citoyens. C'est d'ailleurs pour ça que l'on peut non seulement faire des dons mais également devenir ambassadeur de la déclaration. 

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Quel rôle peuvent jouer les jeunes ? Comment les interpellez-vous ?

Ils ont un rôle à jouer avant qu'on les abîme trop. Notre société les formate et les transforme en consommateurs irraisonnés, et l'éducation nationale ne fait rien pour ça. L'alliance essaye de jouer le rôle que cette institution ne remplit pas ou peu, car l'on sait que le compte à rebours à commencé : la sixième extinction de masse a commencé, alors que nous étions prévenus depuis plus de 30 ans. Les générations de jeunes antérieures se mobilisaient déjà : en 1992 Serven Cullis Suzuki émouvait la planète entière avec un discours aussi puissant que celui des autochtones. L'avantage qu'ont les plus jeunes par rapport à nous, c'est que lorsqu'ils ont pris conscience de quelque chose, ils passent beaucoup plus rapidement à l'action. 

Lors du rassemblement des peuples autochtones à la COP21, vous avez demandé la reconnaissance légale de l'écocide. Qu'est-ce que cela pourrait changer au niveau politique ? Au niveau industriel ?

Il s'agit là d'une réglementation purement dissuasive. Aujourd'hui, si une société enfreint une loi, elle devra - au pire - passer en procès et écoper de condamnations misérables qui n'auront aucun impact sur son chiffre d'affaire. Cela fait des décennies que le peuple a peur pour la destruction de l'environnement, mais il est temps que la peur change de camp et que ces gens craignent d'être fortement réprimandés. La sécurité de l'humanité, du vivant, dépend de cette bataille pour la reconnaissance de l'écocide. On peut aussi parler des droits de reconnaissance de la nature, qui inclut l'écocide et d'autres concepts tout aussi importants comme le caractère sacré de l'eau, qui ne devrait pas être appropriée par les multinationales.

Peut-on imaginer un monde où l'exploitation des sols/forêts/océans serait interdite ? Quelles seraient les alternatives ?

Ce monde a existé pendant des milliers d'années ! C'était celui des peuples autochtones, qui ont toujours respecté les rivières, sources de vie. L'environnement que détruit de façon indirecte le citoyen européen, c'est un environnement qu'il n'a pas sous ses yeux. C'est facile d'échapper au sentiment de culpabilité quand on ne voit pas les dégâts que l'on a causé.

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Peut-on encore agir à l'échelle individuelle pour sauvegarder notre planète ? 

Il faut que la prise de conscience soit accompagnée d'actes simples. Dans un premier temps, il faut se faire du bien, se protéger des maladies comme le cancer en faisant attention à son alimentation, en consommant des denrées qui respectent la planète et, bien évidemment, diminuer de façon drastique sa consommation de viande. Prendre soin de soi, c'est aussi prendre soin de l'environnement. Après, bien-sûr, il y a aussi tous les petits gestes du quotidien : favoriser les transports non-polluants, bannir l'huile de palme.... Il est également important de militer pour des organisations, descendre dans la rue, ce qui m'amène à mon dernier point : ce qui compte, c'est la solidarité. Les gouvernements et multinationales sont déjà en alliance, donc si nous, citoyens, ne créons pas une forte union citoyenne, nous n'auront aucun moyen de sortir de cette catastrophe écologique. 

Retrouvez toute l'actualité de Planète Amazone et les projections de Terra Libre sur le site planeteamazone.org 

 

Retrouvez la déclaration finale de la Grande Assemblée 2017 sur le site de l'Alliance des Gardiens de Mère Nature.

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