Villes d'avenir

J’ai rencontré Jeff Adams, créateur de cycles vertueux pour l’eau des villes

Publié le 17 juillet 2018
De la jungle tropicale à la jungle urbaine, la connexion à la nature m'est indispensable. Je suis curieuse des possibles pour l'humain.e et des petits bonheurs du quotidien. Chef de projet édito @FemininBio.
Réutiliser l'eau de pluie pour la permaculture en ville, tel est le pari de Jeff Adams
Réutiliser l'eau de pluie pour la permaculture en ville, tel est le pari de Jeff Adams
© Saad Sharif / Unsplash

Jeff Adams crée des circuits intelligents de récupération de l'eau de pluie pour faire de la permaculture en ville. Au cours d'une interview passionnée, il nous explique le principe un peu abstrait de "technologie appropriée" et pourquoi ces procédés peuvent sauver nos modes de vie urbains.

Jeff Adams, fondateur de Terrasophia
Jeff Adams, fondateur de Terrasophia
Jeff créé Terrasofia en 2008, le nom signifie “la sagesse de la terre” .“Je voulais un nom porteur de sens et qui souligne mes valeurs de vie et mon éthique professionnelle” nous confie ce passionné d'environnement. Son action ? Allier la permaculture et le principe de “ technologie appropriée” pour réinventer les espaces publics et résidentiels. A déployer dans nos villes du futur !

Qu’est ce que les mots “ressource” et “eau”, thématiques du magazine FemininBio #17, signifient pour vous?
Ces mots résonnent fortement en moi. Nous avons une quantité de ressources naturelles précieuses et utiles. Au sein de tous les procédés existant dans l'écosystème, l’eau est de loin l’élément le plus important. Le manque d’eau ou l’excès d’eau, sous forme d'inondation ou de sécheresse, ou encore le manque d’eau potable, impactent non seulement les communautés humaines et l’économie mais aussi l'écosystème environnant.

Pouvez-vous nous expliquer c’est que sont la permaculture urbaine et le principe de technologie appropriée?
L’idée de base est très simple, il suffit de se poser ces trois questions : d'où vient mon eau ? Où va-t-elle ? Qu’est ce qui lui arrive pendant son trajet ?

Prenons un exemple : il pleut. J’observe d’où vient l’eau, où elle va, et je prends la responsabilité de ce que j’en fais. Je me demande comment l’intercepter, la ralentir, l’utiliser et profiter de ses bienfaits. Il faut bien comprendre que dès que la goutte touche le sol, elle peut se transformer en inondation ou compromettre la qualité de l’eau que nous pompons ensuite pour arroser nos plantes. En suivant cette logique, un espace peut être pensé comme un bassin hydrographique pour rediriger l’eau qui y entre naturellement, et arroser ses plantations.
Ensuite, selon les principes de la permaculture, le choix des plantes peut être multifonctionnel : fournir de l’ombre, abriter du vent ou protéger, tout en étant comestible, médicinale ou utiles pour leur bois.

Les bénéfices
Lorsque ces principes sont appliqués à la fois dans les paysages résidentiels et urbains, les précipitations naturelles permettent de créer une cascade de bénéfices. L’air est moins pollué, les comestibles poussent mieux, les pollinisateurs reviennent et la vie sauvage prend son essor. De plus, la croissance active de plantes et la décomposition de leurs racines séquestre du carbone dans la terre et réduit notre empreinte environnementale.

Enfin, en prévention, gérer l’eau des orages sur place permet de limiter les problèmes de qualité d’eau en aval et permet à une plus grande quantité d’eau de réintégrer le sol pour soutenir l'écosystème naturel.

A lire sur FemininBio : les jardins urbains et potagers partagés .

Comment ces procédés permettent-ils de créer de la valeur pour l’humain et la vie en communauté ?
Lorsque j’ai commencé l’université je savais déjà que je voulais être entrepreneur. C’est quand j’ai découvert le champ de la permaculture et de la technologie appropriée que j’ai réalisé à quel point j’avais envie de m’y investir.

La permaculture est un concept mais surtout un choix moral, celui de l’autorégulation. C’est décider de prendre une responsabilité directe sur le vivant et d’en étudier l’impact. Elle se conçoit comme un procédé architectural ou d'ingénierie mais possède des principes qui aident à guider l’inspiration créative et éthique.

Ainsi à chaque étape je me remets en question et me demande “Est ce que cette action spécifique contribue au bien-être de la planète et des hommes ?” et “Suis-je en train de prélever une part juste ?”. Ce principe s'étend aussi à la redistribution des ressources supplémentaires dans les temps d’abondance, alors que notre société consumériste a tendance à stocker pour accumuler les richesses.

En consommant moins et uniquement ce dont on a besoin, en choisissant systématiquement une juste part, nous réduisons notre empreinte. A un niveau économique plus large, c’est payer des salaires justes plutôt que de faire plus de profit, donner du temps, de l’argent ou des matériaux à des organisation sans but lucratif. Ce que l’on a accumulé est alors recyclé pour soutenir les projets et les efforts de la communauté.

Justement, comment impliquez-vous les communautés locales dans vos projets?
1. Tout d’abord en augmentant la visibilité des projets dans les espaces publics et résidentiels pour inspirer par l’exemple et normaliser ces pratiques.
2. Ensuite, en investissant du temps bénévole et en offrant des matériaux à des organisations caritatives pour les soutenir techniquement sur la conception et la mise en oeuvre de leurs projets.
3. Enfin en éduquant par la pratique. Pour rendre le savoir accessible, j’organise des jours de travail bénévoles, des cours, des ateliers et des conférences mais aussi des évènements avec des partenaires communautaires dont la majorité sont gratuits.

A lire sur FemininBio :  De la campagne à la ville, retrouver le sens du travail de la terre

Parlez-nous de l’apport de la permaculture face aux catastrophes naturelles
Le projet Plenitud pour lequel j’ai travaillé à Puerto Rico en 2011 et 2012 a été cité dans National Geographic pour la résilience de ses techniques en permaculture et énergies renouvelables suite au passage de l’ouragan Maria le 20 septembre 2017, qui a détruit le pays et son réseau électrique.

Grâce à la récupération de l’eau par captage sur les toits, les citernes connectées ont récupérées des milliers de litres d’eau. Les panneaux solaires leur ont permis d’avoir de l'électricité alors que le reste du pays a été plongé dans le noir pendant des mois (et certains le sont encore, 233 jours après les faits à l’écriture de l’article le 18 mai 2018). La plupart des systèmes de permaculture pensés en amont ayant survécu, ils ont pu redistribuer les surplus de ressources à ceux dans le besoin.
Voilà la preuve que ce type de système vertueux est plus résistant que les plantations industrielles.

Le site de TerraSophia

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