En première ligne

En première ligne - Alexis, 43 ans, formateur dans la Police Nationale, en région parisienne

Publié le 8 avril 2020
"Nous avons été submergés, nous sommes en réaction. Heureusement, tout le monde est motivé, nous avons une équipe très volontaire”.
"Nous avons été submergés, nous sommes en réaction. Heureusement, tout le monde est motivé, nous avons une équipe très volontaire”.
© Pierre Herman/Unsplash

Alexis* est un homme de terrain. De l'Armée de Terre à la fonction publique, il transmet son expérience à travers son activité de formateur en immersion au sein de la Police Nationale. Quand nous recueillons son témoignage, il assure la sécurisation de la population pendant le confinement, et s'inquiète du respect des mesures de protection parmi ses collègues. Formé en gestion du stress, il offre aussi ses compétences bénévolement 4h par jour pour soutenir les soignants de l'hôpital public voisin.

« Nous sommes habitués à travailler face à des armes visibles. Là, l’ennemi est invisible, ce qui nous demande beaucoup plus de précautions. Il faut que chacun comprenne que l’attitude face au respect des protections est bénéfique pour soi et sa famille”.

Ce témoignage a été recueilli le 2 avril 2020.
(* Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat)

Sa vie avant le Covid-19

Alexis a rejoint les forces de l’ordre il y a 15 ans. Une vocation ? Difficile à exprimer pour ce père de deux enfants issu d’une famille de militaires - la 3ème génération plus précisément. Avant la police, c’est dans l’armée de terre qu’il a servi sous les drapeaux en ex-Yougoslavie, au Kosovo, en Afrique… Après cinq ans en zone de conflits armés, il passe les concours de la fonction publique, qu’il réussit haut la main. Pour ce grand sportif - il pratique le judo, le krav maga et le triathlon depuis 20 ans - le choix s’oriente vers le terrain, et un métier lié à la sécurité. 

A 43 ans, Alexis est aujourd’hui formateur en techniques et sécurité en intervention, en région parisienne. Un poste en immersion, qui l’amène à entraîner la Police à tous les gestes techniques : tir, self défense, maintien de la condition physique, secourisme, techniques d’interventions. Par ailleurs, il peut être appelé en renfort sur les opérations spéciales dont son équipe est en charge : violences urbaines, manifestations, anti-criminalité etc. Il représente le niveau 2 d’intervention au niveau national, entre le commissariat de niveau 1, et le niveau 3 représenté par le RAID ou la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention). En cas d’attaque terroriste, Alexis fait également partie des forces supplétives au sein d’une équipe très mobile capable de se regrouper rapidement. Chaque jour, il dispense à ses collègues un entrainement sportif et deux actions de formation, sur une base de 10h à 18h38 (précisément), pour un salaire net mensuel de 2300€, primes incluses. Ses perspectives d’évolution salariale sont maigres - autour de 3000€ dans 15 ans - et il ne s’estime pas payé à sa juste valeur.

Sa vie depuis le Covid-19

Alors que le virus est encore loin, Alexis a accès aux informations des hôpitaux par l’intermédiaire de sa femme, soignante, elle aussi mobilisée. Pour son équipe, la bascule a lieu après le discours présidentiel du 11 mars, puis la fermeture des bars à minuit le samedi qui suit. “Dès le lundi, c’est le branle-bas de combat dans ma tête, j’essaye de réfléchir à une organisation en comprenant qu’on va devoir faire face à de très gros changements” relate Alexis. Autour de lui, les services peinent à s’organiser, notamment en terme de mobilisation et de répartition des équipes.

Rapidement, les effectifs sont rationalisés, et une “réserve opérationnelle” de police pouvant être appelée est constituée. Les activités habituelles de formation sont suspendues, et une cellule Covid-19 est mise en place, dans un premier temps grâce à des “fiches réflexes” concernant les gestes barrières. Alexis explique la démarche “Comment procéder au contrôle des individus sans prendre de risque ? Nous voulons être protégé car il est impossible de savoir si quelqu’un est malade. On a donc fait le choix de maximiser la protection avec les moyens disponibles”. Ses journées de travail ont été fortement impactées puisqu’avec ses collègues formateurs, chacun assure actuellement deux jours de terrain par semaine, afin d’éviter de se croiser “Notre activité n’est plus la même. Notre rôle consiste désormais à assurer la sécurisation et les contrôles sur Paris, et éviter les émeutes qui pourraient émaner du confinement”.

En marge de son activité principale, pendant le Covid-19

Pendant cette crise, Alexis met également à profit son temps de repos pour assurer un soutien psychologique au personnel soignant. “J’ai une spécialité en technique d’optimisation du potentiel, une formation reçue à l’armée en gestion du stress et de la fatigue opérationnelle.” explique-t-il. Des compétences précieuses qu’il a proposé à l’association “Rend-fort” nouvellement créée par le docteur Edith Perreaut-Pierre, médecin militaire. Ce groupement mis sur pied pour la crise du Covid-19, rassemble des moniteurs militaires et policiers formés à la méthode TOP® (technique d’optimisation du potentiel), afin d’aider les soignants à gérer leurs émotions. Sophrologie, hypnose, PNL, les bénévoles proposent des relaxations récupératrices ou dynamisante en fonction des besoins, une permanence téléphonique et une présence 4h par jour à l'hôpital. Interrogé sur le format des séances proposées, Alexis explique qu’elles se font par la force des choses de manière individuelle “Les conditions sont tellement catastrophiques qu’ils ne peuvent pas se permettre de sortir en groupe”.

Sur la suite des événements, Alexis espère tirer des enseignements de l’expérience réalisée, afin d’être plus proactif “Nous avons été submergés, nous sommes en réaction. Heureusement, tout le monde est motivé, nous avons une équipe très volontaire”. Il ajoute que la surmédiatisation inhérente à la période envenime la situation, et laisse craindre un sentiment de ne pas être à la hauteur parmi les troupes. Le temps est désormais à l’ajustement du matériel, et à détecter assez tôt les malades au sein de l’équipe “Nous avons peu de cas avérés, mais beaucoup de symptômes. Dans le doute, il n’y a pas de doute” conclut Alexis.

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