En première ligne

En première ligne - Magali, 38 ans, Directrice d’une association d’aide aux migrants et sans-abris en Haute-Vienne

Publié le 20 avril 2020
“Les parents font tout ce qu’ils peuvent pour aider leurs enfants, certains sont même heureux d’améliorer leur français avec eux”
“Les parents font tout ce qu’ils peuvent pour aider leurs enfants, certains sont même heureux d’améliorer leur français avec eux”
© DR

Magali dirige une association qui héberge les plus démunis : sans abris, migrants, demandeurs d'asile etc. A 38 ans, elle a toujours travaillé dans le social, et s'épanouit aujourd'hui dans une structure qu'elle trouve très humaine. Face au Covid-19, Magali a dû réorganiser l'activité de ses salariés. Elle lève le voile sur un secteur méconnu, et explique à quel point cette crise est particulièrement difficile pour les personnes en grande précarité.

“ Les familles en grande précarité bénéficient habituellement de l’aide d’associations caritatives pour manger. Tout s’est arrêté d’un coup, et nous avons mis en place des livraisons grâce à la Banque Alimentaire et les dons des restaurateurs pour apporter des repas quotidiens aux personnes que nous hébergeons”

Ce témoignage a été recueilli le 16 avril 2020.

Sa vie avant le COVID-19

Magali a 38 ans, elle est divorcée et mère de deux enfants de 8 et 13 ans. Elle habite en Corrèze, à 1h de route de Limoges où elle exerce en tant que Directrice générale d’une petite association qui fait partie du paysage local depuis 60 ans : Hestia. Celle-ci dispose de plusieurs structures qui hébergent et accompagnent des personnes en situation de fragilité : exilés, demandeurs d’asiles, réfugiés, sans abri. Elle s’occupe d’un CADA (Centre d’accueil pour demandeurs d’asiles), 2 CHRS (Centre d'hébergement et de réinsertion sociale), et un accueil de nuit. L’association propose également quelques logements ALT (allocation de logement temporaire) où les personnes peuvent loger 3 mois, renouvelable une fois. Enfin, elle propose des prestations d’accompagnement au logement, de la recherche aux démarches administratives associées (AVDL).

Si Magali n’a pas particulièrement choisi de s’occuper de ce type de population au départ, elle a toujours su qu’elle souhaitait se diriger vers les métiers du social. “L’idée de se sentir utile est très riche sur le plan humain. On rencontre de nombreuses personnes, on est là dans la difficulté, à côté d’eux pour les aider à avancer.” explique-t-elle. Après un Bac SMS obtenu à 17 ans, elle a d’abord travaillé auprès de personnes âgées, d’handicapés, puis pris la direction d’une maison de retraite il y a 14 ans. Elle est aujourd’hui à la tête d’Hestia avec un statut de “fonctionnaire en détachement”, une structure qui emploie un peu plus de 30 personnes. Son quotidien se divise entre “beaucoup trop de réunions” de commission d’orientation, mises en place de plans nationaux autour du logement, de l’intégration des réfugiés et de la lutte contre la pauvreté, et des déplacements fréquents entre les trois structures gérées par l’association. Magali ne se plaint pas, elle trouve de nombreux avantages à son poste, payé environ 3500€ par mois (avec avantages et primes) et à ses supérieurs hiérarchiques qui lui permettent d’être flexible. “Je suis bien dans cette structure, nous nous entendons bien, la direction est très humaine.” Elle mentionne tout de même le nombre important de burn-out auquel fait face le secteur.

Sa vie depuis le COVID-19

Début mars, l’association que dirige Magali adopte les gestes barrières, passe une commande de matériel de protection qui n’arrivera jamais, puis doit envoyer un Plan de continuité d’activité (PCA) sur demande de l’état. Pour la directrice, c’est une période compliquée “J’ai déjà vécu la grippe H1N1 en EHPAD, j’avais alors beaucoup travaillé sur le PCA. Au moment de cette demande nous sommes sur les rotules suite à une fusion”. Après le discours du Président de la République du 12 mars, l’équipe se réunit pour définir une organisation qui prévaut encore actuellement. Les salariés avec enfants restent auprès d’eux et effectuent des roulements s’ils peuvent s’arranger avec leur conjoint, les personnes à risque avec une santé fragile sont automatiquement placées en télétravail. Et l’activité se modifie drastiquement. “Quand on fait du social, on passe beaucoup de temps à recevoir les gens en entretien, à effectuer des démarches, à animer des groupes de paroles etc. Tout cela s’est arrêté”. explique Magali.

Pendant ce temps-là, les personnes hébergées par l’association sont confinées avec un accompagnement téléphonique, et des aménagements se mettent rapidement en place. Alors qu’ils bénéficient habituellement de l’aide des associations caritatives de la région, celles-ci ont toutes été fermées. “Ces initiatives sont animées par des bénévoles de plus de 70 ans, donc à risque. Nous nous sommes donc retrouvés avec des personnes en appartement, sans ressource pour se nourrir. Heureusement la banque alimentaire du département a été très réactive et livre des colis alimentaires chaque semaine grâce aux dons des restaurants et cantines de la région”. L’accueil de nuit a également été aménagé “Il était évident que nous ne pouvions renvoyer dehors les sans abris après leur nuit. Il a fallu revoir tous les plannings pour assurer un repas le midi et une présence 24h/24” relate Magali. Rapidement de nouvelles problématiques apparaissent pour que ces personnes en grande précarité, sans véhicule puisse accéder à leurs repas. “On tourne à présent 2 par 2 pour livrer les repas à chacun, des produits d’entretien etc. Nous passons aussi beaucoup de temps à imprimer les attestations de sortie”. relate Magali. Enfin, assurer la continuité scolaire auprès des enfants de réfugiés est un grand défi. “Les travailleurs sociaux doivent téléphoner aux établissements pour expliquer la situation de chacun, et nous avons réussi à maintenir un rythme en imprimant les devoirs chaque semaine.” et d’ajouter avec émotion “les parents font tout ce qu’ils peuvent pour aider leurs enfants, certains sont même heureux d’améliorer leur français avec eux”. Enfin, les demandes d’asiles et autres procédures juridiques ayant été stoppées, il fallait que les organismes d’état annoncent les conditions de report, ce qui fut fait avec un délai de 10 jours après le confinement, plongeant l’association dans une grande incertitude.

Interrogée sur les conditions de travail actuelles, Magali indique que le secteur social n’a pas été inclus dans la boucle des établissements prioritaires pour les dotations de masques notamment. “Les salariés étaient inquiets, surtout ceux qui s’occupent de l’accueil de nuit, car nous recevons des personnes en grande précarité qui ne peuvent pas toujours respecter le confinement.” Mais la ténacité des travailleurs et des fédérations permet aujourd’hui à chacun de se protéger un minimum. Sur la suite des événements, Magali se réjouit de la motivation de son équipe au sein de laquelle “tout le monde a joué le jeu, personne n’est en arrêt”. Elle s’interroge en revanche sur la sortie du confinement et la reprise des projets qui reste très floue pour tout le monde.

Articles du dossier En première ligne du Covid-19 : ils travaillent pendant le confinement
Envie de réagir ? Je prends la parole
Déjà membre? Je me connecte ou Créer mon compte