Hôpital

Le cri du coeur d'un médecin retraité sur le manque d'empathie en milieu hospitalier

Publié le 2 août 2019
Médecin spécialiste en Médecine Générale, lauréat de l'Académie nationale de médecine, certifié d'hématologie en biologie humaine et co-auteur de "l'Alimentation pendant la grossesse" (éditions Robert Laffont), titre un livre-choc pour réveiller les consciences et remettre l’humain au cœur de la médecine contemporaine : "Médecin, lève-toi !".
"Madame, si dans six mois vous êtes toujours en vie, compte tenu de votre pathologie, vous ferez partie des 5% de survivants"
"Madame, si dans six mois vous êtes toujours en vie, compte tenu de votre pathologie, vous ferez partie des 5% de survivants"
© unsplash / lcma1028

Vous ou l'un de vos proches avez dû être hospitalisé, et vous avez vécu le "manque d'humanité" ? C'est aussi le constat qu'a fait le Dr. Philippe Baudon, médecin à la retraite, qui accompagnait sa femme atteinte d'une tumeur cérébrale. Trouvant cette banalisation du manque d'empathie insupportable, il livre son témoignage dans son livre "Médecin lève-toi!". Il nous explique ici pourquoi il a choisi de s'élever contre cette nouvelle "normalité".

Au risque de paraître un peu décalé par rapport à l’actualité prenant parti pour mes confrères surmenés, j’aimerais pour ma part défendre la cause parfois oubliée des patients. Car j’ai été personnellement confronté à la "nouvelle" médecine hospitalière, en accompagnant mon épouse – victime d’une tumeur du cerveau extrêmement agressive – dans la descente aux enfers médicale d’un grand hôpital parisien.

Un constat alarmant

Une nouvelle médecine qui affiche désormais au grand jour sa perte d’humanité, se justifiant par la diminution des effectifs ou celle des revenus, se réfugiant derrière un cruel manque de temps et le surmenage des équipes hospitalières. Mais j’aimerais rappeler que si les soignants sont parfois en proie à de terribles burn-out, il ne faut pas oublier qu’ils ont choisi une profession difficile. A contrario, je ne connais pas de malade qui ait choisi volontairement d’être malade. 

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Pourquoi un tel changement est-il apparu dans l’accueil des patients à l’hôpital, puis sur l’ensemble de leur suivi ? Par "manque de temps" nous dit-on. L’empathie est-elle vraiment une perte de temps ? Afin d’illustrer précisément mon ressenti , je citerai l’une des phrases donnée pour toute réponse à mon épouse sur le ton de la conversation par un praticien hospitalier en cancérologie et que j’appellerais la phrase toxique par excellence, totalement inadmissible dans l’absolu, et plus grave encore quand elle vient d’une autorité médicale qui se doit de rester rassurante dans toutes les situations, même les plus ultimes.  

En effet le médecin lui dira en ma présence : "Madame, si dans six mois vous êtes toujours en vie, compte tenu de votre pathologie, vous ferez partie des 5% de survivants". Qui peut, dans une situation d’inquiétude aussi majeure, supporter ce type de réponse ? Au nom d’une honnêteté sans faille et sans compromis, a-t-on le droit de sacrifier le moindre optimisme chez des êtres en souffrance ? Les médecins ont-ils le droit de​ prédire à leurs patients un avenir sans issu ?  À mes yeux, ça n’est pas parce que nos patients veulent tout savoir, qu’ils peuvent tout entendre. Et nous nous devons de les préserver afin qu’ils gardent toute la force qui leur sera nécessaire pour combattre le vrai mal qui les envahit.

L'impact du mental sur le corps

Vous devez vous demander quel est donc ce fameux dicton populaire qui pourrait changer le visage de notre médecine d’aujourd’hui... "Toujours tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler". Au risque de paraître naïf ou enfantin, ce dicton s’il était appliqué pourrait bien sauver des vies. Avant de s’exprimer face au malade, tout praticien se devrait de peser le poids de ses mots. Je ne parle pas de taire ni d’enjoliver la vérité, mais de savoir la formuler, sans accabler, sans éteindre la petite flamme fragilisée qui vacille tout juste chez la grande majorité de nos malades.

Une telle attitude positive devrait faire partie intégrante de la thérapeutique envisagée par les médecins. On a évalué à 15% le bénéfice obtenu sur un traitement, s’il s’associe à un véritable combat intime venu de la part du patient dans l’espoir véritablement espéré de guérir plus vite et mieux en y mettant toute son énergie. Chacun d’entre nous semblerait capable de réagir de manière efficace et totalement individuelle face à l’adversité. Ainsi un patient atteint d’un cancer se doit-il de devenir ipso facto un véritable "battant". Il faut en finir avec les statistiques diffusées à tort et à travers, si leur apport n’est pas totalement positif pour le patient, ce qui revient à agir comme des robots dénués d’humanité, voire pire.

Car une minute de vie pour ces patients aura toujours la saveur merveilleuse de l’exception. Une heure passée en présence de ceux qu’ils aiment vaudra tout l’or du monde, rien ne compte plus pour eux que la vie dont ils prennent soudainement conscience, au moment où elle est sur le point de leur échapper. Pour nos malades, la vie est une chance inestimable. Le médecin ne peut – et ne doit – en aucun cas réduire l’espoir d’un patient à néant.

La morale de ce cri du cœur et là, je m’adresse au malade, c’est qu’il ne faut jamais s’avouer totalement vaincu quoi que l’on puisse lui dire. Il faudra toujours qu’il puisse croire en sa bonne étoile, même si l’éclat de son brillant semble perdre un peu de sa luminosité au fil des jours. Alors je le redis, la vie n’a pas de prix, et si elle devait en avoir un, il serait bien plus élevé chez les malades, qui plus que personne ont pleine conscience de sa préciosité. N’anticipons pas la mort, mais embellissons la vie.​

L’auteur : le Dr. Philippe BAUDON, médecin Spécialiste en Médecine Générale, lauréat de l'Académie nationale de médecine et certifié d'hématologie en biologie humaine, titre un livre-choc pour réveiller les consciences et remettre l’humain au cœur de la médecine contemporaine. Un témoignage poignant comme un véritable cri d'alerte contre une perte d'empathie devenue presque "banale" dans nos hôpitaux. 

"Médecin, lève-toi !"  - Editions Nymphéas - 14,90€

 

 

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