Témoignage

La résilience d'une artiste-slammeuse face à l'endométriose

Publié le 19 septembre 2018 - Mis à jour le 24 septembre 2018
Auteure, poétesse et artiste peintre, EstELLE Penain nous invite à voyager dans sa constellation artistique, sorte de reflet de sa quête de sens. En tant que Femme et Artiste, elle s'interroge sur sa planète et sur sa condition d'être humain et particulièrement de femme atteinte par l'endométriose, ce qui l'a obligée à reconsidérer la Vie.
L'équilibre Yin-Yang face à l'endométriose, par EstELLE Penain
L'équilibre Yin-Yang face à l'endométriose, par EstELLE Penain
© Daria litvinova/unsplash.com

Elle est auteure, femme, slammeuse, engagée. Sa mission de vie : le féminin, sous toutes ses formes. Elle partage avec nous son approche différente d'un combat contre l'endométriose. Elle témoigne à l'occasion de la sortie de son livre sur le sujet "Naître fille, devenir femme", éditions Leduc.s.

Elle écrit son nom EstELLE, avec ELLE en majuscule, comme pour mettre en exergue un féminin longtemps bafoué. Comme de nombreuses femmes aujourd'hui, elle souffre d'endométriose, cette maladie chronique caractérisée par la multiplication des cellules de la paroi utérine (endomètre) en dehors de l'utérus. Douleurs invalidantes et infertilité sont les principales conséquences de ce mal dont on parle trop peu. EstELLE en a fait sa sa force, sa résilience, et partage avec nous, en mode slam (poésie rythmée et scandée librement), son approche consciente de la maladie à travers l'équilibre masculin / féminin. 

Je révèle le yin en moi

Depuis la nuit des temps, deux aspects de la vie et de l’univers caractérisent l’espèce humaine : le féminin et le masculin, appelés aussi le Yin et le Yang. L’harmonisation des deux serait- elle le point d’équilibre entre l’ombre et la lumière ? Entre le chaud et le froid ? Le jour et la nuit ? La terre et le ciel ?

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Le Yin représente la part féminine de la nature, l’intime, le mystère, l’intérieur et son astre est la lune. Le Yang représente la part masculine, l’action, l’extérieur et son astre est le soleil. L’automne pointe son nez et le début d’une saison Yin. Les feuilles tombent, la nature commence à changer de couleurs pour aller vers la fin d'un cycle, pour enlever ce qui doit partir afin de laisser la place à un renouveau, où le temps invite peu à peu à revenir vers l’intérieur pour préparer l’hiver. J'ai accouché de moi même un jour d’automne en prenant mon stylo et portant sur l’écran mon parcours de vie, en observant mon cycle féminin, en traversant diverses épreuves comme le burn out, la fausse couche, l'endométriose.

Tout a contribué à un déclic de conscience et j’ai commencé à écouter mon féminin longtemps meurtri, ignoré parce qu'incompris, à l'image de la société où les valeurs du féminin sont encore à défendre, où le corps de la femme continue de susciter autant de passions dans la sphère publique jusqu'aux sujets les plus intimes (révélation sur le harcèlement sexuel, l'endométriose, maladie tabou, touchant des millions de femmes,  la PMA pour toutes, la dénonciation des violences obstétriques, le contrôle sur la sexualité féminine, les nouvelles pratiques autour des règles, la pilule remise en cause, le plaisir féminin enfin reconnu, la féminisation des mots comme auteure ou autrice, etc...).

J'unis le masculin et le féminin pour guérir de l'endométriose

Je devais accoucher de mes années d'exploration de conscience sur ma place de femme, de mère, de citoyenne du monde, de guérisseuse, de protectrice du Vivant, de ma planète et de ses habitants. Il y avait urgence pour me guérir de ce mal invisible, l’endométriose, mais aussi pour ma planète. Je souffrais dans mes entrailles à l’image de la souffrance de la terre sur laquelle je marchais et que nous avions souillée par négligence ou ignorance… Il fallait partager les trésors que j'avais reçus pendant mes vingt ans d'initiations spirituelles et artistiques, l'une nourrissent l'autre... Depuis plusieurs années, j'avais traversé mon masculin et à travers la maladie entre autre, mon féminin. Ainsi aujourd'hui je me sens prête à unir les deux, à valser dans une danse alchimique de mes polarités, de ce qui compose chaque brin d'ADN de notre planète... Il ne s'agit pas que de ma vie mais d'une réflexion sur la nécessité d'un nouvel humanisme pour tenter d’inverser ce dérèglement de la nature et préserver le Vivant.

 Est-il temps d'incarner un nouveau féminin ?

J’en suis arrivée à la conclusion qu’il y a non assistance à espèces en danger si nous ne réagissons pas. En agissant petit à petit à travers des petites actions, j'ai vu que je pouvais contribuer à un renouveau, à une réflexion sur la nécessité de faire la paix en soi et autour de soi...Un nouvel humanisme ne peut éclore qu'à la condition où nous nous remettons en cause.

Si le féminin longtemps négligé, meurtri, abimé, ignoré et le masculin trop guerrier dans nos comportements pouvaient maintenant se transformer en un féminin soutenu, aimé et accompagné, il envelopperait le masculin heureux de déployer sa puissance avec amour. Cette image me parle beaucoup. 

Donnons la parole aux femmes pour rééquilibrer le monde

Ce témoignage délivre ma remise en question à travers la violence conjugale, la maladie, la difficulté à me sentir l'égal de l'homme dans mes droits sociaux et culturels, la volonté d'honorer ma différence, porteuse de sens, à faire de ma vie une oeuvre d'art, à partager ce que ressentent aussi beaucoup de femmes : la préservation de notre planète et de ses habitants.

Pour cela, il faut donner la parole aux femmes et leur laisser cette place pour rééquilibrer ce monde trop masculin. Il ne s'agit pas d'entrer en lutte des sexes mais bien de rétablir le manque d'harmonie qui se manifeste actuellement sur le globe.

Alors aujourd’hui, je prends cette place, j’agis à ma façon avec les mots pour ré-enchanter et chanter la beauté de la Vie, pour espérer porter le féminin vers la place qui lui revient. Si le féminin signifie l’intime, ce qui ne se voit pas, l’inconnu donc, il ne faut plus en avoir peur. Parce que la peur détruit, abime, sabote et éloigne l’amour. Nous avons peur de l’invisible, ce qui est compréhensible. Mais pour avoir voyagé au cœur de mon intériorité, dans les profondeurs de mes entrailles, je n’ai pas trouvé plus grand voyage pour trouver la paix intérieure. Et de ce chemin peut naître l’amour. La femme est porteuse d’une sagesse longtemps oubliée, porteuse d’un espoir nécessaire à la survie de notre espèce, à notre place de loca-Terre de cette planète… Je suis née Fille, je suis devenue Femme, je deviens Sage-f-âme

Pour aller plus loin : 

 

« Naitre Fille, Devenir Femme »
, d'Estelle Penain, éditions Leduc.s. Parution : 30 octobre 2018

Livre témoignage accompagné d'un CD de 10 chansons racontant le chemin de résilience – Spoken Words/Electro Poetry

 

 

 

 

Le site de l'artiste Estelle Penain

 

 

 

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