Médecine traditionnelle

Entre yin et yang, l'énergétique en médecine traditionnelle chinoise

Publié le 5 mars 2018
Hervé Ligot est vice-président de la Fédération française de shiatsu traditionnel, au sein de laquelle il a ouvert son école en 2006. Il propose une pratique en accord avec la nature et les mouvements naturels de la vie, ceux-là mêmes qui favorisent un « état d'être » propice à, ou précurseur d'une bonne santé.
Entre yin et yang, votre corps trouve son équilibre.
Entre yin et yang, votre corps trouve son équilibre.
© Pixabay

Pour un organisme en pleine santé, la médecine traditionnelle chinoise s'appuie sur le qi, aussi nommé ki en japonais. Cette énergie circulante est à la base d'un sain équilibre entre yin et yang.

Le ki en version japonaise, le qi en version chinoise ou le chi, transcription indienne d’un même concept qu’on peut appeler également « les souffles » ou « l’énergie circulante », c’est l’énergie qu’on retrouve dans toutes les disciplines orientales telles que la médecine traditionnelle chinoise (MTC), le qi gong ou le tai-chi-chuan*, le yoga, le do-in et le shiatsu, pour ne citer que les plus connues. En énergétique orientale, le fonctionnement du corps humain s’appuie sur les notions de yin et de yang qui sont les deux faces indissociables d’un même phénomène.

Le yin et le yang
Plus les structures, les organes et les fonctions sont fondamentaux et profonds, plus ils sont yin ; plus ils sont superficiels et au service des fondamentaux, plus ils sont yang, les deux étant dépendants, complémentaires*. Prenons par exemple la structure osseuse (yin) : elle permet au système tendino-musculaire (yang) de s’y attacher et de réaliser la locomotion. Cependant, cette dernière ne peut se faire sans les ordres donnés par l’intermédiaire du système nerveux lui-même ayant, bien évidemment, les composantes yin et yang comme : l’orthosympathique qui est yang et le parasympathique qui est yin.

De plus, fondamentalement, le yin a des qualités de stabilité (d’appui ou statiques) qui permettent au yang d’exprimer des qualités dynamiques. Pour illustrer cette loi du yin-yang, je me réfère souvent à une personne décidée à enfoncer une porte d’un coup d’épaule : cette action puissante et d’essence* yang ne peut se faire qu’avec un appui au sol qui en permet l’expression par sa stabilité, appui qualifié de yin. On voit là que le yin permet d’exprimer le yang et le précède.

Prenons un autre exemple, en énergétique orientale : le poumon (organe yin) et le gros intestin* (organe yang) sont associés dans la loge métal, ce qui, au premier abord, n’est pas évident. Mais si on comprend que, pour aller à la selle, nous avons besoin de respirer puis bloquer l’air afin d’exercer la poussée nécessaire et déféquer, nous voyons alors la complémentarité de ces deux organes dans une direction énergétique haut-bas apparaître : le poumon prend l’air puis transmet ce ki vers le bas à destination du gros intestin via le diaphragme en produisant une pression intrathoracique propice à la libération des selles.

Prenons un troisième exemple de collaboration yin-yang au niveau du corps humain : dans la contraction musculaire, l’apport de l’oxygène et des nutriments au muscle est impératif. Pour cela, il doit d’abord être relâché pour permettre au sang de l’irriguer – c’est la phase yin – et ensuite la contraction peut se faire – c’est la phase yang, qui se terminera avec l’épuisement des réserves et laissera la place à une nouvelle phase yin. On perçoit là l’alternance et la complémentarité yin-yang.

Tout en nous fonctionne sur ce mode binaire et interdépendant : la circulation du sang, la respiration, le sommeil, l’alimentation. L’énergie circulante ou ki est présente partout et permet le fonctionnement qui entraîne le catabolisme (yang) ainsi que la restauration des réserves qui permet l’anabolisme (yin) de façon harmonieuse et équilibrée.

Le yin-yang, présent dans le ki, est un système binaire issu historiquement de l’observation que les Chinois ont faite des versants d’une colline qui étaient du côté méridional dit yang, car exposé au soleil, à sa lumière, à sa chaleur, et du côté septentrional, dit yin, car à l’ombre, donc plus froid, plus sombre, etc. Ce système fut, par l’observation et la réflexion, étendu à l’ensemble des phénomènes naturels, et s’exprime dans un mouvement perpétuel de l’univers, appliqué à toute chose, tout fonctionnement, tout état et dans tous les domaines de la culture traditionnelle.

Le yin et le yang sont les deux pans indissociables d’une même réalité, ils permettent la mutation et l’adaptation et sont, par leur impermanence et leur relatif équilibre, facteurs d’harmonie et de mouvement.

Les quatre lois illustrant cet équilibre, cette indissociabilité, cette complémentarité, cette alternance, cette mutation sont :

  • la loi d’opposition entre le yin et le yang : tout possède son contraire et sa complémentarité, par exemple le jour et la nuit, le chaud et le froid, le dur et le mou ; ces concepts se complètent et présentent des états opposés et relatifs ;
  • la loi d’interdépendance du yin et du yang : la condition de l’existence de l’un suppose la condition de l’existence de l’autre, pas de yin sans yang et vice-versa, par exemple le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur, l’avant et l’arrière, vivre et mourir, se lever et se coucher ;
  • la loi de transformation (transmutation) mutuelle : après avoir atteint leur niveau maximal, les phénomènes ne peuvent que régresser ou décroître. Dans certaines conditions, les états de yin ou de yang peuvent se convertir en leur contraire. Par exemple, la fièvre avec excitation (yang) est suivie d’une sensation de froid avec abattement (yin) ; après un état coléreux très fort, on retombe inévitablement dans un état plus faible voire dépressif ; au maximum du froid, il y a brûlure, par exemple votre main restera collée et sera brûlée lors de la manipulation d’un objet métallique trop froid ;
  • la loi de croissance-décroissance du yin et du yang : la nature a horreur du vide, dit-on ; si le yin croît, le yang décroît et vice-versa. Par exemple, si le jour décroît, la nuit croît. Inévitablement, la diminution du phénomène yin entraîne l’augmentation du phénomène yang : parler ou bouger beaucoup est yang ; au fur et à mesure que j’arrête de bouger ou de parler, je laisse la place au yin jusqu’à un état (presque) total de yin, le mutisme et l’immobilisme. « Presque » puisque, à l’intérieur de ma personne, une activité minimale ne s’arrête pas : mon coeur bat, je respire, mon sang circule, mes cellules se transforment, etc. Il y a toujours un peu de yang dans le yin et un peu de yin dans le yang.

Cet article est tiré du livre Le grand livre du shiatsu et du do-in, d'Hervé Ligot, paru aux éditions Leduc.

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