Famille

Comment trouver sa place dans la famille quand on devient grand-mère ?

Publié le 1 mars 2020
Françoise Dorn est formée à l’Analyse Transactionnelle, la PNL, l’hypnose ericksonienne et l’EFT. Elle a été psychothérapeute, formatrice et consultante, spécialiste du stress, des émotions et du développement personnel. Aujourd’hui, elle écrit et donne des conférences sur ses thématiques de prédilection : les émotions et la quête du bonheur.
" Une nouvelle identité est à inventer au quotidien pour trouver sa juste place sur l’échelle des générations. "
" Une nouvelle identité est à inventer au quotidien pour trouver sa juste place sur l’échelle des générations. "
© Christian Bowen/Unsplash

Dans une société porteuse de profondes mutations familiales, « naître grand-mère » est une étape de vie qui sollicite de nouvelles compétences pour gérer ce bouleversement émotionnel et identitaire qui soulève bien des questions. 

Cet article a été publié dans le magazine FemininBio #27 février 2020 - mars 2020

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L’annonce faite... « Tu as entendu ce que je viens de te dire ? Tu ne dis rien ? » Certes, vous avez entendu, mais vos petites cellules grises moulinent encore l’incroyable nouvelle. Tout à coup, cela fait « Pschittt » dans votre tête et « Badaboum » dans votre poitrine ! Ça y est, vous allez être grand-mère ! 

Votre cœur bat la chamade, une vague d’émotions vous submerge : joie, peurs, espoirs, nostalgie, regrets, allégresse, angoisse, regain d’énergie ou coup de vieux, sensation de perte d’utilité ou une vie qui retrouve du sens...

Prenons le temps d'un zoom sur ces turbulences émotionnelles. Quelles émotions traversez- vous ? Que vous disent-elles ? Quel(s) bouleversement(s) cela apporte-t-il dans votre vie ? Comment avez-vous envie de réagir ? Qu’aimeriez-vous apporter à vos enfants et petits-enfants ? Et eux, que vous apportent-ils ?

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Pas toujours simple d’accueillir « l’enfant de l’enfant » et de voir l’édifice familial bousculé ! Si cette étape de vie est souvent attendue et espérée, certaines y voient le passage inexorable du temps, l’antichambre de la vieillesse, l’étape finale de la vie ou la perte de prérogatives familiales.

Elle peut au contraire être une vraie fontaine de jouvence en décuplant l’énergie de vivre et de s’investir dans une relation qui donne un autre sens à l’existence, un sentiment de continuité et la certitude de partager bientôt des moments magiques.

Le temps des questions

Quel que soit le ressenti, ce changement familial fait émerger bien des questions : « Quelle grand-mère vais-je être ? » « Quel va être mon rôle ? » « Suis-je prête à assumer cette nouvelle responsabilité ? »

Et pour répondre à la question : « C’est quoi être grand-parent ? », difficile de trouver dans sa mémoire des modèles aidants et structurants ! Car rien ne semble reproductible dans cette société en perpétuel mouvement où tout évolue très vite : travail, couple, famille, alimentation, loisirs, technologie... Une nouvelle identité est à inventer au quotidien pour trouver sa juste place sur l’échelle des générations. 

La rencontre du passé et du futur

Cette naissance devient alors une vraie machine à remonter le temps. Des images surgissent des replis de notre mémoire. Celles de l’enfance et de ces relations particulières vécues avec nos aïeux. Relations parfois tendres, nourrissantes, parfois difficiles, douloureuses. Des conflits, des désirs, des manques anciens sont réveillés par ce remue-ménage au sein de l’inconscient. Dans ce cinéma intérieur se rejoue souvent les échecs et les souffrances de la vie familiale : deuils, séparations, divorces, nœuds œdipiens, jalousies, manque d’amour ou attachement étouffant...

C’est également un moment intense où les futurs grands-parents se projettent dans le futur, imaginant ces relations à venir. Ce qu’ils ne veulent surtout pas reproduire, ce qu’ils ont envie de réparer, ce qu’ils veulent partager et transmettre à ce petit être.  

Comment se nommer ?

Quand on devient parents, si l’apprentissage du « métier » est difficile, le choix du nom est simple : Maman et Papa. Mais pour les grands-parents, quel sera-t-il ? Mamie, Papie, Mamily, Papily, Granny, Daddy, Mamina, Dadou... ? 

Commencent les affres de la mise au monde de ce mot qui va s’incarner, grandir avec l’enfant, accompagner ses jours et ses nuits, rester dans ses souvenirs même quand nous ne serons plus. Moment délicieux, ludique et solennel qui fait escalader le futur, imaginer cette intimité à venir, les joies partagées, les rires, les rêves... Retrousser le passé pour retrouver le parfum de l’enfance et ce lien singulier avec nos ancêtres... Chercher à tâtons ce qui sonne bien à nos sens comme à notre cœur. Car revêtir ce surnom, c’est personnaliser cette nouvelle identité, affirmer son autonomie et sa place dans l’histoire familiale.

Quel nouveau rôle jouer ?

S’ils sont de commodes baby-sitters apportant une aide précieuse aux parents, ces grands-parents sont pour l’enfant des éveilleurs, des passeurs, tant de l’histoire familiale que de savoir, d’amour, de complicité, de rêve, de merveilleux. Si les parents fixent les limites à ne pas dépasser, les repères dont il a besoin pour grandir, la relation avec les grands-parents se situe sur un autre registre. Aux parents la responsabilité éducative, aux grands-parents le plaisir d’une relation tendre et complice !

Dans un rôle d’éveilleur, ils facilitent l’apprentissage de valeurs et de notions essentielles, en les initiant en particulier à la notion du temps long où la patience joue une place de choix. Un autre rapport au temps, une bouffée d’oxygène face à la pression de l’immédiateté imposée par la société, et le « Dépêche-toi » de parents stressés par les impératifs quotidiens. 

Comment trouver sa juste place ?

Françoise Dolto conseillait aux grands-parents « d’être là quand on le leur demande et de ne pas être là quand on ne leur demande pas ». Un numéro d’équilibriste dans lequel il est parfois difficile de ne pas empiéter sur les convictions éducatives des parents en affirmant les siennes. Chercher à comprendre les choix éducatifs de ces jeunes parents est une manière de leur faire confiance et d’accepter qu’ils soient capables à leur tour d’élever leur progéniture.

Prendre soin de soi... ou de l’autre ?

Dans cette relation d’aide surgit le risque d’oublier de satisfaire ses besoins quand l’autre nous sollicite. Pour éviter insatisfaction, épuisement et dépression, posons-nous les questions suivantes : « Est-ce que cette demande me concerne ? Est-ce que j’ai les moyens d’aider mes enfants ? Est-ce que j’en ai envie ?  Qu’est-ce que cela va m’apporter ? »

Utiles interrogations pour identifier nos limites, nos besoins, pour écouter ce qui vit en nous, cette flamme qui a besoin d’être entretenue, certes en distribuant de la tendresse à nos petits-enfants, mais aussi par la créativité, le silence, la musique, le partage, l’amitié et l’amour... Autant de questions qui permettent de faire rayonner tendresse et bienveillance dans cette mission éducative en étant attentive au voyage. C’est toujours le chemin du cœur qui nous enseigne la meilleure façon d’arriver à destination et qui nous fait grandir ensemble, pas après pas.

 « Personne ne peut faire pour les enfants ce que font les grands-parents. Ceux-ci répandent une espèce de poudre d’étoiles sur leur vie. » Alex Haley

 

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