Perturbateurs endocriniens

Tout savoir sur les perturbateurs endocriniens

Publié le 30 novembre 2016 - Mis à jour le 1 décembre 2016
Sylvie Hampikian-Le Nin est docteur vétérinaire. Après avoir travaillé dans la recherche, elle a exercé une activité d’expert pharmaco-toxicologue et s’est spécialisée dans les actifs naturels. Elle est auteure de plusieurs ouvrages sur leurs usages pour la beauté, la santé, le bien-être.
Les pertubateurs endocriniens sont présents dans de nombreux objets du quotidien
Les pertubateurs endocriniens sont présents dans de nombreux objets du quotidien
© Fotolia

Depuis quelques années, ces polluants de l'environnement capables d'interférer avec notre système hormonal inquiètent toujours plus les chercheurs et les autorités sanitaires. Décryptage.

La Commission européenne s’apprête à mettre en place la première réglementation au monde sur les perturbateurs endocriniens. Les nouveaux standards fixés devraient nous en protéger. Mais de grands industriels de la chimie font pression sur Bruxelles afin d'annuler ce projet. Par leur signature, 100 scientifiques ont dénoncé dans Le Monde du mardi 29 novembre cette manipulation. On fait le point sur ce que sont vraiment les perturbateurs endocriniens. 

Que signifie l’appellation "perturbateur endocrinien" ?
Au sens strict du terme, un perturbateur endocrinien est une substance étrangère à l’organisme qui dérègle le fonctionnement des glandes endocrines : thyroïde, pancréas, ovaires, testicules, glandes surrénales et le couple hypothalamus-hypophyse. Les perturbateurs endocriniens sont des molécules qui ressemblent, plus ou moins étroitement, aux hormones produites par les glandes endocrines, et qui peuvent donc prendre leur place. Or, les hormones indiquent aux organes comment fonctionner. Si ces derniers reçoivent des messages erronés, ils risquent de fonctionner anormalement.

Pourquoi cette appellation est-elle réductrice ?
La mécanique de notre corps est constituée de multiples rouages d’une extrême complexité et l'ensemble est réglé par un “programme informatique” tout aussi complexe. Celui-ci repose, notamment, sur des messagers chimiques appelés "ligands", qui incluent les hormones, mais aussi les neuromédiateurs (adrénaline, sérotonine, dopamine…) et quelques autres classes de molécules. Le principe fondamental à retenir est que tous ces ligands se lient à des récepteurs selon un modèle “clé-serrure”. C’est la fixation d’un ligand à un récepteur qui déclenche un message et commande une action. 

Par exemple, lorsque l’insuline (la clé) se fixe sur ses récepteurs (les serrures) situés sur la membrane des cellules, cela induit une cascade de réactions qui contribuent à la bonne utilisation du glucose. Si le récepteur est déjà occupé par une fausse clé, l’insuline ne pourra se fixer, ce qui peut entraîner le développement d’un diabète. Les perturbateurs endocriniens sont justement ces fausses clés qui ont la capacité de se lier à n’importe quelle serrure, pourvu que la forme de leur molécule le permette. Par conséquent, ils affectent non seulement le système endocrinien, mais également le système nerveux ou les défenses immunitaires.

Quelles sont les particularités de l’effet "perturbateur endocrinien" ?
De nombreuses substances étrangères peuvent se fixer sur les récepteurs (alcaloïdes de plantes toxiques, médicaments). Leurs effets toxiques ou thérapeutiques se manifestent à des concentrations mesurables dès les premières minutes, et jusqu’à quelques jours après absorption, selon la dose. L’effet “perturbateur endocrinien” (fixation aux récepteurs protéiques), en revanche, est lié à une exposition à des doses infimes du produit pendant de longues périodes

Cet effet, se développant de manière sournoise, entraîne des micro-anomalies qui passent inaperçues dans un premier temps. Mais lorsqu'elles se multiplient, le corps n'est plus en mesure de les corriger, ce qui provoque l'apparition de symptômes.

Quelles sont les maladies associées aux perturbateurs endocriniens ?
On parle de “maladies du siècle” pour désigner des affections ou des anomalies qui étaient rares il y a seulement quelques décennies, mais dont la fréquence ne cesse de croître : stérilité, puberté précoce, diabète de type 2, obésité, syndrome métabolique (hypertension, diabète, surpoids), intolérance alimentaire ou allergie (notamment l’asthme des enfants), eczéma de cause inconnue, dépression, hyperactivité infantile, autisme, etc. 

C’est le cas également de certains cancers qui touchent des sujets de plus en plus jeunes, des maladies neurodégénératives et des autres maladies auto-immunes. Bien entendu, ces maladies sont multifactorielles, les causes le plus souvent incriminées étant le stress, la sédentarité, l’alimentation industrielle, l’excès de médicaments ou de vaccins et la pollution en général.

De plus en plus d’études scientifiques démontrent que notre corps est pollué par des centaines de molécules chimiques dès le plus jeune âge. Les Anglo-Saxons nomment ce phénomène “body burden” (“fardeau corporel”). Or, plus les molécules qui nous polluent sont nombreuses, plus il risque de se trouver parmi elles des substances “CMR” (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques) et des perturbateurs endocriniens. L’effet “perturbateur endocrinien” est ainsi l'un des principaux modes d’action des polluants toxiques.

Quels sont les principaux perturbateurs endocriniens connus ?
Certains polluants toxiques majeurs sont officiellement reconnus comme perturbateurs endocriniens à l’état de traces : les dioxines, les PCB, les insecticides organochlorés, les métaux lourds, les perchlorates. Mais d’autres substances de notre environnement quotidien sont fortement suspectées de tels effets : les composants des matières plastiques (phtalates, bisphénol A), certains ingrédients cosmétiques (parabènes, triclosan) ou le PFAO (précurseur du Téflon® des poêles antiadhésives). 

Malheureusement, ces quelques vedettes des médias pourraient bien constituer l’arbre qui cache la forêt, car bien d’autres composants chimiques ont révélé en laboratoire des signes inquiétants. C’est le cas, notamment, des traces de métaux lourds, des pesticides (notamment les pyréthrinoïdes), des retardateurs de flammes présents dans les textiles ou les mousses d’ameublement (PBDE), de certains écrans solaires cosmétiques et de certains médicaments, dont le paracétamol.

Les perturbateurs endocriniens ont-ils des effets sur les générations futures ?
Cette question a principalement été soulevée par le Distilbène (DES), un médicament prescrit aux femmes enceintes à partir de 1938 pour éviter les risques de fausse-couche ou d’accouchement prématuré. Mais dès les années 1950, des malformations génitales, de nombreux cas de stérilité et des risques élevés de cancer du vagin et de l’utérus ont été observés chez les filles nées de mères traitées. Le médicament a été retiré du marché en 1978 en France. 

En 2011, le dossier a connu un rebondissement inattendu : une étude française a révélé que les petits-fils des femmes traitées présentaient un risque 50 fois plus élevé que la population moyenne de souffrir d’un hypospadias (anomalie de l’urètre)(1). Or il était impossible d’expliquer cette anomalie par un passage in utero du médicament, puisqu’il n’y avait eu aucun contact sanguin entre grand-mères et petits-fils. Seules des altérations génétiques persistantes, provoquées par ce perturbateur endocrinien, pouvaient expliquer cette transmission transgénérationnelle. Il s’agit en fait d’une action de type épigénétique, c'est-à-dire due à l’altération du matériel génétique par une substance chimique étrangère.

Que conclure de tout cela ?
Les autorités sanitaires commencent enfin à prendre conscience des effets sournois et dangereux des perturbateurs endocriniens et, plus généralement, de la pollution insidieuse de l’organisme. Des tests sont à l’étude pour les évaluer, mais la tâche est colossale. Raison de plus pour recourir à une alimentation, à des cosmétiques et à des matériaux plus naturels, et pour faire confiance à la filière bio

En revanche, à part la solution de la mise au vert sur le plateau de l’Aubrac ou dans le Vercors, il est difficile d’échapper à la pollution de l’environnement. Reste la solution “détox”. Une étude scientifique publiée en 2015 (2) a établi que certains aliments permettaient notamment de réduire la charge en métaux lourds dans l’organisme. Il s’agit des tomates, des fruits rouges, des oignons, de l’ail et des raisins. Ces résultats soulignent une nouvelle fois l’intérêt des fruits, légumes et aromates (non pollués, donc bio) en termes d’alimentation préventive pour la santé.

 

(1) Kalfa N et al., Fertil Steril, 2011 Jun 30;95(8):2574-7.

(2) Zhai Q et al., Nutrients. 2015 Jan 14;7(1):552-71.

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