Communication non violente

La Communication Non Violente en famille

Publié le 2 mars 2018
Geneviève Bouchez Wilson, formatrice certifiée, transmet la Communication NonViolente depuis plus de 10 ans. Elle accompagne les organisations pour des transitions douces et efficaces, et les personnes dans le développement de leur potentiel créatif. Pascale Molho est docteur en médecine et certifiée en Communication NonViolente. Elle a été formée aux États-Unis par Marshall Rosenberg, le fondateur de la CNV, et elle a collaboré directement avec lui à travers le monde.
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La famille est un lieu de conflits et d'amour par essence. La CNV en famille va permettre de s'apaiser mais aussi de nous donner les moyens d’exprimer notre vulnérabilité, de parler de nos blessures, sans accuser ni faire porter à l’autre la responsabilité de ce qui se passe en nous.

La famille est un espace où se jouent à la fois beaucoup d’amour mais aussi de nombreux conflits : source de souffrance de par les maladresses des parents, les préférences souvent inconscientes vis-à-vis d’un enfant, leurs propres blessures non réglées, le conditionnement familial et tous les manques d’expression, d’attention, d’écoute, sans oublier les rivalités au sein de la fratrie. Bien évidemment, les tensions au sein du couple, les séparations, rendent encore plus difficiles aux parents isolés d’offrir la disponibilité attendue. Quoi qu’il en soit, parler de soi, oser se montrer vulnérable et offrir une écoute véritable s’apprend, et l’amour est justement la combinaison de l’authenticité et de l’empathie. 

La famille est aussi source de croissance car les traces des blessures occasionnées pendant l’enfance, inévitables, peuvent nous aider à mieux comprendre nos réactions ou la répétition de certaines conduites. En chacun de nous persiste l’enfant dans ses joies et ses peines. En prendre conscience permet de reprendre possession de notre entièreté. L’écoute empathique sous forme de jeux de rôles et la CNV permettent un apaisement qui découle de la reconnaissance des traumatismes et l’expression des regrets. Un processus naturel de restauration s’enclenche à partir du moment où la personne est profondément entendue. Comme l’écrivait le psychiatre américain Milton Erickson, « Il n’est jamais trop tard pour avoir une enfance heureuse ! », et ce type de travail y participe en déchargeant la personne de ce qui ne lui appartient pas.

Le petit humain est démuni à sa naissance. La mise en place d’un environnement favorable pour se développer harmonieusement est essentielle. Le bébé exprime ses besoins naturellement. Il s’agit de l’écouter et prendre ses manifestations, pleurs, réveils, colère, comme autant de signaux d’alerte que ses attentes ne sont pas satisfaites : faim, confort, réconfort…

Dès lors que les parents qui pratiquent la CNV accueillent les cris ou les émotions de l’enfant comme autant de messages qui leur permettent de se mettre en lien avec lui, ils lui permettent de garder confiance en son ressenti et dans la légitimité de ses besoins. L’enfant intègre que quelqu’un peut éprouver de la joie à répondre à ses demandes. C’est d’autant plus vrai quand les parents font ces prises de conscience alors que leurs enfants sont tout petits. Dans ces conditions, l’enfant n’aura pas à apprendre la CNV, elle lui sera naturelle !

La transmission se fait bien plus par l’attitude respectueuse des parents vis-à-vis d’eux-mêmes et de leur enfant, que par des mots. Les enfants sont extrêmement sensibles à la cohérence des parents. Un des points forts de la CNV est de nous donner les moyens d’exprimer notre vulnérabilité, de parler de nos blessures, sans accuser ni faire porter à l’autre la responsabilité de ce qui se passe en nous. C’est paradoxalement sécurisant pour un enfant d’entendre le parent nommer ce qui se passe en lui quand il ne va pas bien : cela le décharge d’en prendre la responsabilité à tort.

Beaucoup de parents font le constat que les enfants parlent bien plus facilement de leur ressenti quand le parent peut décoder leurs besoins. Tout l’art est de discerner les véritables besoins et de ne pas les confondre avec des envies, des exigences de mode.

La question du cadre, des limites revient sans cesse dès que l’on aborde la question de la prise en compte des besoins de l’enfant. Bien sûr qu’il faut un cadre, et le défi est de donner du sens à ce cadre, de donner vie aux principes. Il est essentiel de le co-construire avec les enfants, pour qu’ils en comprennent le sens, et également de le réévaluer à intervalle régulier. Il sera évolutif avec l’âge.

Enfin, la CNV favorise l’intimité en famille, effrite les frontières et permet de se risquer davantage : dire ce qui se passe en soi, parler davantage de sa vie, de ses réussites et difficultés, exprimer son amour de manière plus explicite, et oser demander de l’appréciation. Tant de personnes sont bouleversées de découvrir au moment du décès d’un proche qu’elles ne le connaissaient pas aussi bien qu’elles le pensaient, ou de laisser partir un proche sans avoir réglé un conflit.

Cet extrait est tiré du livre La communication non violente, c'est malin, de Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho, éditions Leduc.s, 6 euros. 

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