Glyphosate

Le droit de réponse de Gilles-Eric Séralini aux attaques suite à "Envoyé Spécial" sur le glyphosate

Publié le 31 janvier 2019 - Mis à jour le 1 février 2019
© CRIIGEN

Après la diffusion de l'enquête d'Elise Lucet dans Envoyé Spécial sur le glyphosate, le Pr Gilles-Eric Séralini, qui révélait en 2012 les effets du Roundup et du maïs OGM provoquant entre autres d'énormes tumeurs, est de nouveau attaqué sur la véracité de ses travaux de recherche. Nous avons souhaité lui poser quelques questions pour mieux en comprendre les enjeux.

Le 17 janvier 2019, Envoyé Spécial diffusait sur France 2 une enquête sur le glyphosate, sous la houlette d'Elise Lucet et son équipe. L'émission se déroulait en plusieurs phases, remettant notamment sur la table l'affaire des Monsanto Papers. Celle-ci révélait en 2017 que Monsanto avait eu recours à la pratique du "ghostwriting", forme grave de fraude scientifique qui fait appel à des "rédacteurs fantômes" signant des études pour leur apporter une crédibilité. Cette affaire dévoilait également que le géant de l'agrochimie avait rémunéré des experts pour rédiger des synthèses niant l'effet cancérogène du glyphosate. 

Dans la ligne de mire de cette affaire des Monsanto Papers se trouve notamment le Professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe de chercheurs ayant abouti à deux conclusions majeures : la toxicité du Roundup et du maïs OGM NK603, un maïs OGM manipulé par Monsanto pour tolérer les herbicides à base de glyphosate. Cette étude datant de 2012 fut visée par des attaques virulentes  puis dépubliée une première fois, celle-ci ayant été jugée sur sa méthodologie "non conclusive", pour ensuite être republiée en 2014 avec l'objectif de rouvrir le débat sur un sujet houleux et de diffuser les données brutes en "open source" pour nourrir le sujet. 

Après la diffusion d'Envoyé Spécial, le Pr Gilles-Eric Séralini est de nouveau attaqué sur ses méthodes et conclusions. FemininBio a souhaité lui offrir un droit de réponse sous la forme d'une interview. 

FemininBio : Glyphosate vs Roundup. D’où vient cette confusion qui est partout faite dans les médias ?

Pr. Gilles-Eric Séralini : En 1974, la Société Monsanto prend un brevet sur le glyphosate et le déclare principe actif du désherbant Roundup (il y a plus de 400 noms différents de bidons de Roundup). Il devient le pesticide le plus utilisé du monde, par exemple pour sécher le blé, "nettoyer" les voies ferrées, les jardins publics... On modifiera plus tard génétiquement le soja ou le maïs pour que ces plantes OGM puissent en contenir beaucoup sans mourir, ce qui simplifie les méthodes d'agriculture intensive, car ces plantes restent seules vivantes dans les champs traités.

A cette époque, l'arsenic est alors juste interdit en tant que pesticide, c'était un poison connu. En 2017, mon équipe de recherche découvre, et publie en 2018 dans une revue scientifique (tous mes travaux sont téléchargeables sur seralini.fr), et cela après avoir démontré leur toxicité grave sur le long terme, que les Roundup contiennent encore de l'arsenic et des résidus de pétrole très dommageables pour les reins, le foie, les tumeurs mammaires. Nous prouvons aussi que le glyphosate seul n'a même pas de propriété herbicide aux doses recommandées : c'est un leurre, une fraude scientifique, pour avoir des autorisations de mises sur le marché plus facilement.

Le glyphosate a-t-il déjà été étudié seul ? Quelle est sa toxicité ? Et que dire de l’argument massue de Monsanto qui conclut à son innocuité à long terme, notamment dans le cadre du procès contre le jardinier américain ?

En même temps, après la Seconde guerre mondiale, les grandes transnationales de la pétrochimie (tous les pesticides synthétiques proviennent de la pétrochimie) négocient avec les agences réglementaires internationales de tester seulement les principes actifs qu'elles déclarent à long terme. De plus, elles mènent les tests elles-mêmes, revendiquent la confidentialité sur la composition finale des produits pesticides et la confidentialité sur les résultats détaillés des tests sur la santé qu'elles réalisent.

C'est une honte qui limite terriblement toute avancée indépendante sur la connaissance et la compréhension de la toxicité des pesticides. Elles servent ensuite des affirmations gratuites à qui veut bien l'entendre sur l'innocuité du glyphosate, leurrant le monde entier, grâce à une infiltration soigneuse des agences et de la communauté scientifique par leurs lobbys depuis des décennies. L'arsenic à lui seul peut expliquer le cancer de la peau du jardinier américain. Lumière se fait jour petit à petit dans les procès.

Dans Envoyé Spécial, quelle valeur accorder aux tests urinaires de dosage du glyphosate effectué sur les personnalités qui se sont prêtées à l’exercice ?

Nous avons démontré pourquoi les doses limites réglementaires de glyphosate ne valaient pas un clou scientifique. Les lobbys et certains journalistes s'y accrochent pour dire qu'il n'y a aucun risque à cette contamination généralisée. C'est déjà un scandale que nous ayons tous dans le corps, y compris les enfants, ce pesticide majeur du monde qui est un marqueur de la présence de Roundup très toxique.

Ces doses retrouvées sont dix fois plus élevées que ce qui avait donné des déficiences rénales et hépatiques majeures dans nos expériences sur des rats de laboratoire, et des tumeurs mammaires (pas forcément des cancers) en une et à deux années.

Sommes-nous tous contaminés à des doses risquées ? Au glyphosate ? Au Roundup ?

Malheureusement oui, aux deux. Il faut se dépêcher d'interdire ce produit et se détoxifier régulièrement avec une alimentation bio et fraîche de qualité qui est aujourd'hui démontrée comme protectrice de nombreuses maladies chroniques. Nous avons aussi travaillé sur ce sujet de recherche.

Vos études sur le danger des OGM ont été plusieurs fois démontrées. Comment peuvent-elles encore être taxées de fraude à ce jour (notamment par l’ANSES et HCB) ?

Outre le fait d'avoir republié encore récemment à ce sujet dans d'excellentes revues scientifiques comme Nature Scientific Reports, nous avons gagné sept procès en diffamations contre ces énergumènes provenant des lobbys qui nous traitaient de fraudeurs ou de faussaires. On sait aujourd'hui qu'ils sont organisés par Monsanto comme le démontrent les Monsanto Papers, documents secrets obtenus par la justice américaine.

Mais des chroniqueurs en France reprennent les arguments de ces lobbys comme si de rien n'était. Ce sont des mensonges organisés encore en décembre 2018 ou janvier 2019. Ils disent cela, et que nos études sur les OGM sont prouvées fausses ! Mais ils ne peuvent nous opposer que des tests de toxicité amputés n'ayant duré que six mois (nous avons étudié les rats deux ans), et avec du glyphosate chez les témoins (contamination due au soja OGM) comme l'a admis le scientifique Bernard Salles dans Le Monde. Leur recherche est donc bonne pour la poubelle ! Et aucune étude sur la toxicité à long terme du Roundup lui-même, bien sûr, contrairement à nous. 

Est-ce le fait qu’elles mettent en cause les OGM directement ?

Le public a en effet peu compris que 99% des OGM agricoles cultivés sont modifiés soit pour pouvoir contenir (tolérer) de hauts niveaux de Roundup, soit pour produire de hauts niveaux d’insecticide Bt (soit les deux). Le métier de ces lobbys est de la désinformation systématique sur les OGM, ce qui fonctionne depuis 20 ans. Les OGM au Roundup sont évidemment aussi toxiques à long terme que le Roundup lui-même.

Une détoxification est-elle encore possible ? Par quel moyens ?

Oui ! Nous pouvons manger bio, boire des vins bio (le pain et le vin non bio sont les plus gros vecteurs de pesticides et de résidus de Roundup comme le glyphosate dans l'alimentation), apprendre le goût des pesticides pour les éviter (voir Le goût des Pesticides dans le vin, livre avec Jérôme Douzelet publié chez Actes Sud) et enfin utiliser avec modération des herbes aromatiques fraîches pour stimuler notre foie. Nous organisons des séminaires pour apprendre tout cela au public et aux professionnels. Le prochain est dans le Gard du 12 au 15 juin prochain: facebook.com/seralini.fr  ou spark-vie.com

* Ce sont notamment ces études dites « indépendantes » qui sont montrées pour prouver l’innocuité des OGM. 
https://www.wur.nl/en/show/marlon.htm
http://www.grace-fp7.eu/
https://www.g-twyst.eu/
http://recherche-riskogm.fr/fr/page/gmo90plus

Le Pr Gilles-Eric Séralini est un biologiste français, professeur de biologie moléculaire à l'université de Caen. Il est cofondateur du CRIIGEN, co-directeur du Pôle Risques de l’Université de Caen, et parrain de l'association Générations Cobayes

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