Bien-être

Mon enfant a la voix cassée, dois-je agir ou pas?

Publié le 19 décembre 2017
J’ai fait ma toute première rééducation orthophonique pour un zozotement, spontanément, à l’âge de 14 ans. Depuis mes 22 ans, j’ai exercé l’orthophonie en libéral, jusqu’en 2017, soit pendant 29 ans, en ajoutant d’autres compétences bien utiles (relaxation, art-thérapie, coaching, etc.). Mon credo : « Mieux vaut prévenir que guérir ».
Il chante, il hurle... votre enfant a la voix cassée ?
Il chante, il hurle... votre enfant a la voix cassée ?
© Pixabay

C'est bien connu, la voix reflète notre personnalité et notre état d'esprit. Mieux vaut en prendre soin, et ce, à tout âge !

Ah oui, je vois, ou plutôt j’entends ! Quand j’étais étudiante en orthophonie, lors de mes stages pratiques, j’ai eu la chance et le plaisir de travailler notamment avec un enfant de 3 ans qui avait une dysphonie avec un nodule. La rééducation avait été conseillée par l’ORL et le médecin phoniatre. L’école d’orthophonie de Marseille est réputée pour traiter ce type de troubles. D’ailleurs, si vous avez entendu parler de la fameuse « méthode de la paille », elle y est enseignée depuis de longues années par son créateur, le Dr Amy de La Bretèque. Pour revenir à cette rééducation, nous nous sommes régalés car c’est l’une rééducation les plus ludiques en orthophonie. Le problème a été traité en moins de 10 séances, autant que je m’en souvienne (c’était en 1987…).

Donc, comme d’habitude, il n’y a pas à s’inquiéter outre mesure mais à prendre des mesures efficaces ! Sachez par contre que tous les conseils que je donnerai ici valent aussi pour les adultes. Nous ferons donc d’une pierre deux coups !

Commençons par définir certains termes :

- une dysphonie, c’est un trouble de la voix, qui se manifeste par une voix éraillée, ou soufflée, ou détimbrée, rauque, aggravée, graillonneuse, faible, instable, etc. La voix n’est pas fluide et douce, harmonieuse, légère, libre, en tous cas agréable pour la personne elle-même… On sent que quelque chose ne circule pas facilement dans la gorge. Cela peut arriver à tout âge.

- un nodule : c’est une manifestation d’une inflammation de la corde vocale, un peu comme les cors au pied, vous voyez ? Les personnes qui souffrent d’une dysphonie n’ont pas toujours des nodules, mais c’est la cause la plus fréquente que j’ai pu observer dans le cadre de ma pratique. Il est causé par un dysfonctionnement à un ou plusieurs niveaux (respiration, forçage vocal, …).

-un médecin O.R.L. : L’ORL ou Oto-rhino-laryngologiste, comme son nom l’indique, traite les troubles Oto (oreilles) Rhino (tout ce qui a trait au nez) et Laryngologiste (larynx, soit la gorge). Il peut donc détecter et soigner aussi bien des otites, des rhumes et des sinusites, que des dysphonies et tout ce qui a trait à ces organes. Par contre, ce n’est pas un spécialiste de la voix. En général, si vous allez le voir pour un problème de voix, quand l’examen est bien fait, il peut voir l’état des cordes vocales et vous donner quelques médicaments, voire effectuer des opérations s’il est également chirurgien. Les meilleurs médecins ORL peuvent aussi prescrire une rééducation orthophonique quand c’est indiqué, à titre préventif, et en pré ou post-opératoire, car ils savent que cela vient souvent d’un dysfonctionnement du geste vocal.

Attention, comme j’écris ces articles pour faire de la prévention, je préfère vous signaler que tous les ORL ne vous indiquent pas forcément une rééducation de la voix, ce qui est pourtant une démarche souvent très efficace pour traiter votre problème et prévenir des effets plus graves en traitant la cause.

Mon conseil : en cas de troubles de la voix, n’attendez jamais que cela s’aggrave et ne le traitez pas à la légère sinon la personne concernée pourrait très vite se retrouver sur une table d’opération ! J’ai même eu une jeune adolescente en rééducation vocale qui s’est retrouvée plus tard en hôpital psychiatrique pour une anorexie aggravée. Les troubles sont parfois très connectés donc il faut faire très attention.

- un(e) phoniatre : C’est un médecin généraliste qui s’est spécialisé dans les troubles de la communication. Il peut traiter tous les troubles de la voix, du langage, de l’audition et de la déglutition, exactement comme une orthophoniste. En effet, pour sa spécialisation, il suit à peu près le même cursus que les étudiants en orthophonie. Mais la différence fondamentale est que c’est un médecin et non un auxiliaire médical comme les orthophonistes. Il peut aussi se spécialiser par la suite selon ses centres d’intérêt (déglutition, audition, voix…). Concernant la voix, le médecin phoniatre est habilité à détecter tout problème de voix, quel qu’il soit, et même à le rééduquer, s’il le choisit. Son « plus » non négligeable : il fait un examen poussé des cordes vocales et les patients peuvent même voir leurs cordes vocales sur un appareil appelé le vidéostroboscope, et repartir de la consultation avec une ou plusieurs photos. Ces photos et les indications données par l’examen permettront aux orthophonistes d’avoir des éléments plus précis pour effectuer le bilan de la voix et la rééducation en aval (même si, avec de l’expérience, on peut deviner ce qui se passe au niveau du larynx, rien qu’en écoutant les sons. C’est très utile quand on n’a pas de photo et à tout moment de la rééducation !).

- un(e) orthophoniste : c’est un auxiliaire médical qui est habilité à effectuer les bilans de détection des troubles de la communication et du langage, ainsi que la rééducation de ces troubles. Tous les orthophonistes ne pratiquent pas de rééducation vocale, car il s’agit d’une rééducation qui demande une certaine sensibilité et c’est sans doute celle qui se rapproche le plus d’une psychothérapie, car en travaillant sur la voix, on touche obligatoirement au corps et aux émotions. Il y a d’ailleurs beaucoup de thérapeutes de la voix qui ne sont pas orthophonistes.

Voilà pour quelques définitions importantes.

Pourquoi il faut prendre des mesures pour régler ces troubles de la voix ?
Comme j’ai pu le constater au cours de mes rééducations, et c’est la raison pour laquelle cette rééducation est si passionnante, la voix donne un très bon reflet de la personnalité. La culture et la langue parlée influencent aussi très fortement la voix. S’il y a un trouble de la voix, c’est qu’il y a un trouble quelconque de la personnalité. Je peux l’affirmer car j’ai traité beaucoup de dysphonies et cela a été une constante. Je ne parle pas forcément de troubles psychiatriques, comme cette jeune anorexique dont j’ai parlé, mais de troubles comme l’anxiété, une mauvaise gestion du stress, une pression trop forte, bien souvent auto-générée, des troubles d’expression et de communication, de confiance en soi, etc. etc.

J’ai moi-même connu ce type de troubles quand j’étais plus jeune. Quand j’ai découvert les cours d’orthophonie, j’avais 18 ans. Peu à peu, au début de ma carrière et tandis que j’apprenais comment soigner la voix des autres, j’ai compris pourquoi j’avais toutes ces rhinites et angines à répétition, ces moments de gorge serrée, de voix enrouée, assortis de maux de dos, de troubles de la digestion, etc. Au fur et à mesure que je maîtrisais tous les éléments de la voix, grâce, entre autres, à des cours de chant et à ma formation en art-thérapie (qui est une forme de psychothérapie médiatisée par les pratiques artistiques), tous ces troubles ont disparu. La voix, c’est vraiment un moyen de s’exprimer, d’exprimer sa personnalité. Si quelque chose dysfonctionne au niveau de la personnalité, de l’expression et de la communication, cela aura une incidence à peu près certaine sur la voix, son timbre, sa hauteur, son rythme, sa stabilité, etc. Avec mon expérience, je pense même que si un individu ne parvient pas à s’exprimer par sa voix, cela affectera à terme l’une ou l’autre partie de son corps. C’est ce que j’ai pu constater avec les patients qui avaient d’autres pathologies. Mais ceci est autre sujet.

Pour moi, la rééducation vocale s’est avérée être une véritable psychothérapie, autant sur moi que sur mes patients, sans avoir besoin de parler des causes psychologiques, mais en travaillant uniquement sur le plan vocal et tous ses aspects extrêmement subtils. Pour ceux qui s’intéressent au système des chakras enseignés par la sagesse ancestrale, cela correspond au cinquième chakra qui relève de l’expression et de la communication. Comme je suis très curieuse, j’ai étudié ces correspondances et cela s’est avéré très cohérent entre mes connaissances en orthophonie et en psychothérapie.

Comment arrive-t-on à se casser la voix ?
C’est tout un ensemble de causes. C’est comme un équilibre qui serait rompu, entre la posture, la respiration et le geste vocal proprement dit (articulation, génération et résonance du son, coordination de tous ces éléments, etc.) et bien sûr, ce qu’on l’on exprime ou pas. La personne dysphonique peut avoir à rééquilibrer un ou plusieurs de ces points spécifiques pour retrouver une voix agréable et harmonieuse, selon ses propres critères. Elle devra aussi veiller à mettre en place de nouvelles habitudes pour que les bénéfices perdurent.

Vous pouvez me donner un exemple ?
Dans le cas d’un enfant qui a la voix cassée, cela peut arriver parce qu’il crie trop ou trop souvent. Ou parce qu’il participe à un atelier de chant au sein de son école ou ailleurs, mais qu’il force sur sa voix. Ou parce qu’il ressent une fatigue ou un stress important à un moment donné, par exemple concernant le rythme et les exigences scolaires qu’il se donne ou qu’il ressent.

Mais tous les enfants ne reviennent pas de l’école avec la voix cassée, fort heureusement ! Alors pourquoi celui-là ? C’est là qu’on doit tenir compte de la personnalité. Tout le monde n’a pas besoin de crier pour se faire entendre, tout le monde n’a pas envie de crier ni de se faire entendre, tout le monde n’a pas la même gestion du stress, tout le monde n’a pas envie de se démarquer du groupe, tout le monde n’a pas besoin de s’affirmer, tout le monde ne réprime pas tout ce qu’il a à dire, etc.

Vous voyez que cela peut être très complexe. Ces éléments du comportement vont jouer sur la façon dont la personne va utiliser son corps, comment elle va respirer, poser sa voix, chanter, rire, communiquer, écouter son corps, boire... Cela peut donc se transformer en dysphonie.

Que doit-on faire pour éviter cela?
Si vous avez déjà lu certains de mes articles, comme je suis orthophoniste, mais aussi relaxologue, art-thérapeute et coach, vous n’allez pas être étonnés de ma réponse que je répète inlassablement : il faut que chacun se détende et apprenne à mieux communiquer, tout en se permettant de s’exprimer, d’exprimer sa personnalité, de s’aimer, de se sentir écouté, reconnu tel qu’il est. Avoir confiance en soi, ne pas forcer la vie, ne pas tirer sur la corde (vocale) tant qu’à la fin elle se casse… mais vivre l’instant présent, être en cohérence, prendre conscience de ce qui se passe en nous et autour de nous. Tous ces éléments permettent un bon couplage entre la posture, la respiration et la voix qui est l’un des éléments de l’expression de l’être.

Il faudra donc poser des temps de relaxation et de détente, s’amuser, discuter, parler, s’écouter, corriger l’enfant dans la bienveillance et s’assurer d’avoir mis en avant la communication et l’expression avant toute chose. Ce sont des constantes ! Se renseigner sur la communication non violente pourra également être intéressant pour prévenir les troubles de la voix, autant pour les enfants que leurs parents.

Et si l’on doit s’adresser à un professionnel, phoniatre ou orthophoniste ?
Vous pouvez aussi vous adresser à votre médecin généraliste qui vous redirigera vers un(e) orthophoniste et/ou un phoniatre car vous devez suivre le parcours santé pour que vous soyez remboursés. Ces professionnels sauront s’adapter à votre cas particulier et feront les bilans et les prises en charge nécessaires, s’ils sont habilités à traiter les troubles de la voix. Après ces bilans, vous saurez exactement d’où vous partez et vous pourrez suivre l’évolution du traitement. Après tous les efforts fournis pour changer ses habitudes, c’est toujours agréable de voir que les nodules ont disparu, par exemple !

Et bien sûr, pensez toujours à vous détendre, à lâcher prise et à vous amuser car cela s’avère suffisant pour régler bien des situations !

Des exercices spécifiques sont également disponibles en ligne sur Réussir en Beauté pour ceux qui se sentent capables de prendre en charge leur enfant de façon autonome, tout en s’amusant et en gagnant du temps et de l’énergie. Cela pourra également compléter une prise en charge en cabinet pour encore plus d’efficacité !

L'auteur : Nadège Compper, Orthophoniste, Coach et Formatrice, auteur du livre « Les secrets de la réussite scolaire », Ed. Publibook, plus d’informations sur Réussir en Beauté.
La page pro de Nadège : facebook.com/reussirenbeaute/ Son site : www.reussir-en-beaute.com , son Twitter @reussirenbeaute et la chaîne Youtube Réussir en Beauté.
Son actu  : « La voix du succès », des ateliers sur la voix et les principes du succès

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