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Parentalité positive: la bienveillance au cœur de l'éducation

Publié le 16 janvier 2017
La bienveillance, clé de la parentalité positive
La bienveillance, clé de la parentalité positive
© Pixabay

La bienveillance est un mot de plus en plus présent dans les médias. Mais qu'est-ce que cela signifie en matière d'éducation ? Les réponses de Fanny Rondelet, auteure et conteuse.

Fanny Rondelet, vous écrivez et montez des spectacles de contes musicaux. Pourquoi avoir choisi ce moyen d'expression et à qui s'adressent ces spectacles?
Lorsque je fais une prise de conscience importante, ce qui me vient aussitôt, c'est une métaphore ou une histoire qui l'illustre. C'est ma manière d'ancrer les pas que je fais. Comme j'ai à cœur de partager, et que j'adore être en lien avec le public, mes histoires deviennent tout naturellement les ingrédients d'un spectacle. La musique est quant à elle un ingrédient qui sublime le goût des mots... J'ai rencontré il y a quelques années la musicienne Caroline Whyte, avec qui je travaille aujourd'hui : le don que j'ai reçu pour les histoires, elle l'a reçu pour la musique. Avec ses compositions et ses improvisations, elle traduit en notes les émotions, les ambiances, les caractères. Et comme nous partageons les mêmes valeurs (bienveillance, regard positif sur la vie, goût pour le développement personnel...), notre coopération n'en est que plus cohérente !

Ces spectacles s'adressent à un public large, des enfants à partir de 5-6 ans aux adultes en passant par les ados. Plusieurs niveaux de compréhension sont possibles : ceux qui aiment les belles histoires,  tout comme ceux qui cherchent à évoluer en remettant en cause leurs croyances, y trouveront... leur conte !

Les enfants sont-ils réceptifs aux histoires qui valorisent la confiance, la bienveillance et autres valeurs positives? Font-ils le lien avec ce qu'ils vivent au quotidien et leur propre comportement?
Les personnages de mes contes ne sont pas des anges. Ce qui change par rapport aux contes traditionnels, c'est le regard qui est posé sur eux : il n'y a plus de jugements de valeur, les méchants et les gentils ont disparu au profit de personnages en chemin. Cela fait beaucoup de bien aux enfants, car ils ont la possibilité de regarder leur comportement et celui de leur entourage avec une distance nouvelle. Ils sont très sensibles à cela, et quand après un spectacle j'ouvre un espace de parole, par une question comme « est-ce que cela vous est déjà arrivé de faire mal à quelqu'un et de le regretter ensuite, comme le prince Fernand ? », je suis surprise de voir à quel point ils se livrent facilement, et combien cela semble libérateur pour eux.

Quelle est, d'après vous, la clé d'une éducation bienveillante
L'humilité. C'est elle qui me permet d'accepter le miroir que me tend mon enfant quand il met le doigt là où ça fait mal, c'est elle qui me pousse à regarder en moi ce qui crie plutôt que de crier sur mon enfant, c'est elle qui m'encourage à aller guérir mes blessures plutôt que de vouloir « redresser » mes enfants, et c'est elle qui m'aide à accepter mes limites et ma vulnérabilité d'être humain. La relation à l'enfant est une merveilleuse occasion l'aller régulièrement à la rencontre de son enfant intérieur, et de remettre en cause ses croyances. Pour moi, c'est le premier pas sur le chemin de l'amour inconditionnel (qui est lui-même d'après moi le meilleur terreau d'une éducation bienveillante).

Vous vous êtes formée à la Communication Non-Violente, en quoi le choix des mots lorsque l'on parle à son enfant est-il un enjeu d'éducation?
Les mots ont un pouvoir incommensurable. La plupart des croyances limitantes que nous avons ancrées proviennent de mots que nous avons entendus enfants. Les schémas relationnels se construisent, eux aussi, en grande partie à partir des mots que nous utilisons. Si nous voulons contribuer à ce que notre enfant ait une bonne estime de lui-même, qu'il ait confiance en ses repères intérieurs (émotions, intuition...), qu'il se sente en lien avec la vie, il est dans notre intérêt d'utiliser un langage lui aussi en lien avec la vie. 

Entre « Tu me casses les oreilles, va donc jouer ailleurs, j'en peux plus, moi ! », et « Je suis agacée parce que le bruit de ta voiture ne m'aide pas à me concentrer. Tu veux aller la faire rouler plus loin, ou bien régler le moteur pour qu'il fasse moins de bruit ? Ça m'aiderait beaucoup. », la différence peut paraître ténue, mais au niveau de l'impact produit (et de l'efficacité!), elle est énorme.

Être parent bienveillant, ce n'est pas évident au quotidien. Comment ne pas tomber dans la critique de soi, au risque de se démotiver et de culpabiliser?
Chaque fois que je hurle sur mes enfants, c'est qu'une part de moi hurle en moi, et que je ne l'ai pas écoutée. Si, après avoir hurlé, je m'en veux et je me juge, je ne fais qu'ajouter un gros bonnet d'âne sur cette part qui aurait tant besoin d'empathie. Et cela la fait hurler encore plus. Et donc, je vais me remettre à hurler à la première occasion...

En étant bienveillante avec moi-même et avec mon enfant intérieur, je pourrai sortir de ce cercle vicieux. Être bienveillant avec soi, cela signifie, entre autres, rester en lien avec ses besoins, et les respecter. Si, sous prétexte d'éducation bienveillante, on fait toujours passer les besoins des enfants en premier, en occultant les siens propres, on risque de craquer et de le faire payer à notre progéniture, qui n'y est pour rien ! Et adieu la bienveillance parentale !

Parfois, les besoins de notre enfant sont prioritaires, et parfois ce sont les nôtres : il est important, à ce moment-là, de le percevoir et de s'octroyer la priorité... car quand nos besoins sont satisfaits, on est beaucoup plus à même d'être à  l'écoute de ceux des autres. 

Fanny Rondelet est auteure et conteuse. Découvrez ses actus sur son site internet et lisez ses articles sur la parentalité positive sur son blog Croire en moi.

 

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