Développement personnel

Thomas d'Ansembourg: "J’ai appris à pacifier mon rapport au temps"

Publié le 15 juillet 2017
Fondatrice de FemininBio, directrice de collection chez Eyrolles, dingue de bio, folle de nature, de running et par dessus tout de l'évolution de la conscience de l'être humain ;-)
"La connaissance de soi, c'est plus important encore que d'apprendre à lire."
"La connaissance de soi, c'est plus important encore que d'apprendre à lire."
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Écrivain à succès et formateur en Communication non violente®, Thomas d’Ansembourg revit avec nous son voyage vers la paix intérieure et nous donne quelques conseils pour ne pas nous perdre en chemin.

Quel a été le déclic de votre transformation personnelle ?     
Je m’ennuyais dans mon métier de juriste. Je portais de beaux costumes, j’avais un bon train de vie, mais je me mentais à moi-même. Quand j’ai pris conscience de cet ennui, j’ai décidé de m’investir auprès des jeunes défavorisés.
Mais je ne pouvais pas les aider à régler leurs peurs et leurs colères sans comprendre les miennes. En me penchant sur mon inconscient j’ai réalisé tous les petits mécanismes qui m’empêchaient d’avancer. J’ai repris contrôle sur ma vie et ça m’a donné envie de devenir thérapeute.

Pourquoi la Communication non violente® (CNV), et à quoi sert-elle ?
Je percevais chez ces jeunes en difficulté un manque qu’ils exprimaient par la violence. Mais je ne savais pas comment aborder ces blocages. C’est en cherchant une solution que j’ai entendu parler de la CNV. C’était ce dont j’avais besoin pour communiquer avec eux. La révélation, je l’ai eue lors d’un stage avec Marshall Rosenberg, le créateur de la méthode. La CNV permet de comprendre, d’exprimer et d’écouter nos sentiments et besoins respectifs, même lorsqu’on aborde des sujets délicats ou conflictuels. Et c'est avant tout une méthode de connaissance de soi, de notre vraie personne derrière le personnage construit, un chemin d’éveil et d’ancrage dans ce qu’on a de meilleur.

La CNV vous a beaucoup aidé...
Oui. J’étais très solitaire, j’avais envie de relations mais peur que ça se concrétise. Alors je multipliais les activités pour éviter de me retrouver seul face à mon mal-être. Jusqu’à l’épuisement. Quand je décrochais le téléphone, mes amis me demandaient si je venais de monter l’escalier. J’étais toujours en train de courir entre deux choses. Impossible de vivre une relation amoureuse durable en étant à la course, c’est ainsi que je me protégeais.
Aujourd’hui, j’ai appris à vivre à un rythme doux, et donc à pacifier mon rapport au temps. J’ai adopté une discipline de paix : silence et méditation, exercices de présence au corps, alimentation saine, présence à la nature, contemplation. Ces ingrédients de vie peuvent paraître "Bisounours", mais ils sont d’une puissance extraordinaire.

Cette remise en question, c'est comme une "nuit noire de l'âme" ?
C’est en tout cas un passage pas nécessairement confortable et cependant salutaire. Pour changer nous avons besoin d’accepter de nous remettre en question, d’entrer dans une zone d’inconfort. Et cet affrontement avec nos habitudes est essentiel pour entrer dans l’amour de soi, clé de l’amour pour l’autre.
Deux ou trois séances de CNV permettent déjà des prises de conscience majeures et ces déclics sont facteurs de paix.

Quel est votre rapport à la spiritualité ?
Elle est l’essence de mon cheminement. Pour moi, la spiritualité n’appartient à aucune religion. J’ai pourtant maintenu jusqu’à 34 ans ma pratique religieuse dans la tradition catholique dans laquelle j’ai grandi. Puis j’ai réalisé que mon aspiration profonde n’était plus nourrie par ces rituels. Alors je les ai laissés pour prendre soin autrement, et plus profondément, de ma vie intérieure et de la présence à ce que toutes les traditions appellent "le Souffle".
Ainsi, dès le réveil je médite. Je remercie la vie, notamment de la chance que j’ai de me lever seul, sans avoir besoin d‘aide (rires). Ensuite j’amène mes filles à l’école puis je pars faire du jogging dans la forêt. Je m’arrête souvent dans une clairière pour méditer. S’asseoir sur une souche les pieds dans un ruisseau et goûter des moments de pure présence, c’est ressourçant. Puis je fais des exercices de voix et de la gym énergétique, pour allier forme psychique et forme physique. Régulièrement je m’arrête pour me centrer, méditer, contempler, adresser silencieusement de la gratitude à mes proches. La gratitude est une vitamine puissante, bien que largement ignorée de nos contemporains.

Vous êtes très sollicité. Comment faites-vous pour maintenir le cap ?
J’ai compris et pacifié mon rapport au temps. Et surtout j’ai appris à dire non. Résultat : je suis très heureux avec ma femme et nos trois filles de 18, 17 et 13 ans. J’ai vraiment besoin d’être cohérent : quand on dit aux gens d’apprendre à se poser, on ne peut pas soi-même vivre dans le stress.

Comment satisfaire ses besoins pour trouver la paix intérieure ?
Les besoins sont comme des poupées russes, ils vont des plus basiques et superficiels aux plus profonds, enfouis en nous. Nous pouvons apprendre à  exercer ce que j’appelle "la conscience en cercles concentriques" : je pars de besoins qui sont évidents – la reconnaissance, la compréhension, l’appartenance – puis j’approfondis. En faisant ce travail j’apprends à me connaître, je me rends compte que j’ai besoin de me comprendre, de me reconnaître, d'appartenir à moi-même. Au début on se croit aligné car nos besoins superficiels sont nourris. On croit être arrivé au cœur de soi, mais on en est loin. Nous pouvons creuser plus. La joie et la paix intérieures, de plus en plus régulières et stables malgré les difficultés voire les épreuves, sont le signe qu’on se rapproche de notre essence, qu'on a réussi la réappropriation de soi.
La vie est une randonnée initiatique, en montagne avec un sac à dos, pas un voyage touristique en bus. Une fois que l’on sait ça, on accepte d’autant plus de trébucher ou de tomber, car on accepte l'idée que le chemin n’est pas facile.

Et qu'en est-il de la culture de paix ?
On la crée en connaissant sa part d’ombre. Plus je connais ma propre obscurité, moins je suis agacé par celle de l’autre. Un citoyen pacifié devient pacifiant, promoteur de bienveillance et de synergie. Il nous fait passer du "je" au "nous".

Vous souhaitez donc pacifier la société...
Oui,  mon livre Du Je au Nous – L’intériorité citoyenne : le meilleur de soi au service de tous n’est pas juste un ouvrage de développement personnel s’adressant à des convaincus. Comme son titre l’indique, je montre la dimension citoyenne de la connaissance de soi. Je m’adresse à tous avec un message : cessons d’être sceptiques ou grincheux, éveillons-nous, apprenons à mettre le meilleur de nous au service de tous ! D’ailleurs, je vais dédicacer une centaine d’exemplaires de mon dernier livre (écrit avec l’historien David Van Reybrouck), La paix ça s’apprend, et les envoyer à nos ministres.

Changer le monde, ça commence par un nouveau regard sur l’éducation ?
Bien sûr ! La connaissance de soi est un pilier de l’apprentissage de la vie. C’est plus important encore que d’apprendre à lire, à écrire ou à compter. Je suis à ce titre parrain de plusieurs associations qui promeuvent l’enseignement de la CNV dans l’Éducation nationale. Pour le moment les écoles qui proposent ce genre de formation sont rares et souvent hors de prix. Mais on y travaille.

Sommes-nous à l’aube d’un bouleversement des consciences ?
Oui, on est dans un moment de transition qui entraîne des contractions, c’est pour ça qu’on assiste à la fois à des mouvements de repli (intégrisme, radicalisme, individualisme, etc.) et d’ouverture. Certains parlent d’un changement de civilisation aussi déterminant qu’entre le Moyen Âge et la Renaissance. Je nous encourage à dire adieu à l’ancien monde, ce train lancé à toute vitesse depuis des générations, pour être disponible et accueillir le nouveau.

Quelle est la place des femmes aujourd’hui ?
Essentielle ! Si le système a généré tant de brutalité, c’est qu’il est patriarcal. Nous nous sommes coupés de notre intuition, de notre délicatesse, de notre tendresse. Mais aujourd'hui ces valeurs reviennent, ce qui me réjouit beaucoup. Il y a vingt ans, dans les sessions que j’animais, il y avait un homme pour vingt femmes. Aujourd’hui les hommes représentent souvent un bon tiers voire la moitié des groupes. Ils acceptent enfin d’interroger leur sensibilité.

Parlez-nous de vos projets...
J'ai achevé un texte sur l’après-attentat en Belgique. Un magazine auquel je contribue vient en effet de sortir, sous le titre Bruxelles 22 mars 2016, un ouvrage de témoignages. Et puis mon nouveau livre, La paix ça s’apprend, est sorti en France. Il lance des pistes pour une paix intériorisée et rayonnante. J'ai d'ailleurs lancé un groupe Facebook sous ce même nom pour permettre à ceux qui le souhaitent d’échanger sur le thème de la paix. Et pour encourager chacun à faire remonter cela auprès des dirigeants, gouvernants, médias et enseignants de tous niveaux.

 

Du JE au NOUS, Les Éditions de l'Homme, 2014.
La paix, ça s'apprend ! Guérir de la violence et du terrorisme, écrit avec David Van Reybrouck, Actes Sud, 2016. 

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