Cinéma

Documentaire : "Ils inventent la ville du futur à Grande-Synthe"

Publié le 6 février 2018
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1 Sylvie Desjonquères, responsable du centre Emmaüs Grande-Synthe

« Je suis bluffée par son audace, elle n’a peur de rien », Béatrice Jaud

Virevoltante, charismatique, généreuse, culottée, Sylvie Desjonquères voue sa vie aux compagnons d’Emmaüs, qu’elle chouchoute, accueille et met au travail à Dunkerque et Grande-Synthe. Elle les sauve de la misère, elle les charrie quand ils rechignent au travail, elle les soutient quand ils ont un moment de faiblesse. Aider « les plus souffrants », c’est sa vie et son combat. Et elle irradie dans le film de Béatrice Jaud quand elle parle d’eux et du mouvement Emmaüs. Tous les vendredis, Sylvie, accompagnée de bénévoles et de compagnons, sert un repas aux réfugiés de Grande-Synthe. Et n’hésite pas à interpeler le premier venu pour qu’il mette la main à la patte. « La première fois que je l’ai vue, elle m’a dit : tu ne fais rien là ? Alors viens donc porter les cageots ! », se souvient Béatrice Jaud.

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2 Tita, bénévole à l’association d’aide aux réfugiés Salam

« Une femme merveilleuse », Béatrice Jaud

Tita est la Grande-Synthoise type. Italienne, elle est arrivée à Grande-Synthe dans les années 60. Elle accompagnait son mari, venu rejoindre les ouvriers des hauts fourneaux d’Usinor. Elle n’a jamais travaillé, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas de place pour les femmes à l’usine. Elle affiche aujourd’hui quelque 70 ans et est veuve depuis bien longtemps. Son quotidien est rude et sa retraite minuscule. Ce qui ne l’empêche pas de déborder de générosité.  Elle a choisi d’aider les réfugiés de Grande-Synthe, en devenant bénévole pour l’association Salam.

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3 Damien Carême, maire depuis 2001

« Personne n’échappe à sa bienveillance », Béatrice Jaud

Damien Carême vibre pour Grande-Synthe et ses habitants depuis l’enfance. Pourtant, quand il débarque de Lorraine à huit ans avec toute sa famille… le choc est tout d’abord rude. « Quand on est arrivé à Grande-Synthe en voiture, notre réaction a été directe : il n’y a pas d’arbres ici ! », raconte-t-il dans le film. Et pour cause, la ville était de béton, construite à la hâte dans les années 60 pour accueillir les ouvriers d’Usinor et de Total. Quand le père de Damien, René, est élu maire en 1971, l’une de ses premières actions est de planter des peupliers et de « faire arriver la forêt en ville ». Aujourd’hui, le fils remplace les peupliers par des arbres fruitiers. Et, comme son père, il croit dur comme fer que l’écologie est la solution aux problèmes sociaux. Il est l’un des premiers à avoir créé des cantines bio en France, la ville développe un habitat à faible consommation d’énergie…
Au-delà des convictions écologiques, Damien Carême est aussi un humaniste « acharné », qui se bat contre vents et marées pour (re)donner de la dignité aux Grand-Synthois. Il est devenu l’une des figures nationales de la lutte en faveur des réfugiés, n’hésitant pas à interpeller fermement les pouvoirs publics sur les « conditions inhumaines » de vie dans les camps.
« Ce qui m’a aussi marqué, c’est son humilité et sa sincérité. Personne n’échappe à sa bienveillance, raconte Béatrice Jaud. Je me souviens du jour où je suis arrivée, tôt le matin sur le camp de La Linière, pour servir des repas avec les bénévoles du RECHO. Presque personne n’était là, sauf Damien. Il faisait la vaisselle, seul en cuisine. »

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4 Brigitte Mounier, directrice de la Compagnie des mers du Nord

« Je partage ses engagements et sa sensibilité », Béatrice Jaud

Brigitte Mounier, comédienne, trapéziste et directrice de la Compagnie des mers du Nord, vient d’ailleurs. Elle s’installe en résidence à Grande-Synthe en 2004, séduite par la mer du Nord. « J’ai aussi été attirée par la politique de la ville », ajoute-t-elle. Car l’engagement écologique de Damien Carême ne peut que faire écho à la sensibilité et aux combats de Brigitte Mounier. Combats contre les dangers du nucléaire, comme en témoigne sa pièce « Fukushima, Terre des Cerisiers » jouée en 2015 au Palais du Littoral à Grande-Synthe. Combat pour l’accès à la culture pour tous, quand elle monte des projets théâtraux avec les jeunes de Grande-Synthe, qui ont participé au film de Béatrice Jaud (voir le portrait de Youmni). Pour elle, la culture est une arme de combat. Une arme qui brise les peurs et invite à créer un monde plus solidaire, plus juste et généreux.

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5 Youmni Aboudu, étudiant à Lille en Art de la scène, comédien amateur à la Compagnie des mers du Nord

« J’ai été séduite par son désir d’apprendre… et touchée par sa fidélité à Grande-Synthe », Béatrice Jaud

« En attendant, le futur ici, ça risque d’être compliqué » : cette réplique de Youmni dans le film de Béatrice Jaud résonne comme un avertissement. Et pourtant, le jeune Grand-Synthois d’origine comorienne porte en lui tous les idéaux, les utopies et l’énergie d’une jeunesse qui veut changer le monde. De son personnage émane un appétit de vivre et une curiosité hors du commun. Le jeune homme s’évertue à apprendre un nouveau mot par jour et à le replacer, coûte que coûte, dans la conversation. Mais cette envie de culture ne lui fera jamais renier ses amis d’enfance et d’adolescence, dans la cité. « Le théâtre m’a fait grandir et donné l’envie de découvrir de nouveaux horizons. Je serai pour toujours reconnaissant à Brigitte Mounier (voir ci-dessus), explique le comédien amateur. Mais je n’oublierais jamais mes potes et d’où je viens. »

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6 Soutenez le film !

Un financement participatif est actuellement en cours, pour financer la post production et la diffusion du film. 25% des dons récoltés seront reversés aux associations intervenant sur le terrain à Grande-Synthe. Pour participer, rendez-vous sur la plateforme Zeste.

Grande-Synthe, près de Dunkerque. Sur fond de crise économique, migratoire et écologique, les habitants inventent l’avenir avec courage. La réalisatrice Béatrice Jaud les a suivis, aimés, filmés pendant un an. Pour FemininBio, elle partage quelques coups de cœur avec des « héros » du quotidien rencontrés dans la ville.

« A Grande-Synthe, il y a un concentré de ce qui m’émeut, me bouleverse, me met en colère et m’enthousiasme », explique Béatrice Jaud, réalisatrice du film Grande-Synthe, la ville où tout se joue (sortie automne prochain, en partenariat avec FemininBio). Filmer là-bas s’est imposé comme une évidence. Comme s’il y avait urgence à témoigner du courage des habitants qui se battent, jour après jour, pour inventer l’avenir de la ville, avec enthousiasme et humanisme. FemininBio vous propose de découvrir le portrait de cinq d’entre eux. Cinq héros du quotidien, modestes et magnifiques, qui sont à l’honneur dans le film de Béatrice Jaud.

Un financement participatif est actuellement en cours, pour financer la post production et la diffusion du film. 25% des dons récoltés seront reversés aux associations intervenant sur le terrain à Grande-Synthe. Pour participer, rendez-vous sur la plateforme Zeste.

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