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"Nous sommes le maillon d’une seule et même chaîne", le réchauffement climatique dans l'oeil d'Aïssa Maïga

Aïssa Maïga

" En réalisant le film Marcher sur l'eau, j'ai eu un élan intime reposant sur mon histoire personnelle, un élan artistique en tant que jeune réalisatrice, et un élan citoyen."

Sylvia Galmot
Adèle Gireau
Par Adèle Gireau
le 10 novembre 2021

A Tatiste, au Niger, les habitants victimes du réchauffement climatique se battent depuis des mois pour avoir accès à l'eau. Ce liquide précieux en voie de disparition est essentiel pour la communauté nomade qui doit vendre ses bêtes et assurer son commerce. Aïssa Maïga, actrice et réalisatrice, les a suivi pendant un an pour réaliser le film "Marcher sur l'eau" en salle le 10 novembre 2021.


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A quinze heures de route de la capitale, au Niger, les communautés nomades impactées par le réchauffement climatique manquent d'eau. Si les plus jeunes doivent arrêter l'école pour puiser l'eau des puits, les adultes partent sur les routes, au-delà des frontières, chercher les ressources nécessaires. Ce faisant, les familles se retrouvent séparées pendant des semaines, voire des mois. Pourtant, cette région recouvre dans son sous-sol un lac aquifère de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Il suffirait d’un forage pour apporter l’eau tant convoitée au centre du village et offrir à tous une vie meilleure. L'actrice et réalisatrice Aïssa Maïga est partie une année filmer le quotidien de ces familles. Rencontre avec une femme talentueuse et inspirante.

FemininBio : vous avez réalisé le film "Marcher sur l'eau" au village de Tatiste, dans la région du Tahoua au Niger, pourquoi cet endroit en particulier ?

Aïssa Maïga : l’idée de départ venait du journaliste Guy Lagache, qui avait pour ambition de faire un film sur le réchauffement climatique et le manque d’eau en Afrique de l’Ouest. N'ayant pas pu poursuivre le projet, la production Bonne Pioche m'a proposé de réaliser ce film. Tout le travail de départ pour moi était de savoir si je me sentais légitime d'embrasser un tel sujet, et comment raconter cette histoire. Evidemment, je ne pouvais pas faire l’impasse sur mon histoire personnelle et mon lien au Sahel (Aïssa Maïga est née à Dakar au Sénégal, ndlr). Il y a donc eu un élan intime reposant sur mon histoire personnelle, un élan artistique en tant que jeune réalisatrice, et un élan citoyen lié à ma conscience écologique. Avoir l’occasion, en tant que citoyenne, de donner à voir aux réalités dans lesquelles l’impact du réchauffement climatique se fait sentir dans le quotidien des gens, c’était une opportunité incroyable.

Vous avez choisi une narration originale, faites de scènes découpées, qui éloigne du documentaire classique et donne un ton particulier, pourquoi ce choix ?

Pour moi, la fiction offre une narration, une dramaturgie. Je n’ai pas la prétention d’avoir inventé quelque chose avec ce mode narratif, mais il m'a permis de retranscrire mes émotions tout en étant loin de Tatiste. Nous avons fait 5 allers-retours en un an, en restant à chaque fois une dizaine de jours sur place. En mélangeant les petites scènes coupées et les témoignages des habitants, j’ai eu la sensation d’imprimer mon regard sur cette réalité, tout en lui restant fidèle.

Vous avez tourné le film entre octobre 2018 et octobre 2019, bien avant la pandémie. Avez-vous eu des nouvelles du village ?

Le village de Tatiste est à quinze heures de route de la capitale Niamey, donc la circulation du virus était moindre pour eux. En revanche nous avons appris récemment que les travaux de forage n’étaient pas totalement terminés. Tout le travail consiste à s’assurer que les derniers fonds attendus seront acheminés et pourront accélérer les travaux de finition.

Parlons du forage. Une émotion immense se dégage de cette scène dans le film, quelle était l’énergie sur le tournage ?

C’était assez électrique. Personnellement, j’étais sur le qui-vive, parce que l’eau n’allait jaillir qu’une seule fois ! Une fois que la pression était relâchée et que l’eau remontait, ce n’était pas possible de faire une deuxième prise. D'autant que nous n'étions que trois personnes sur l'équipe technique, il fallait que l'on n'ait pas besoin de se parler et que les décisions se prennent vite. Il y a eu une véritable alchimie entre nous malgré la pression sur le résultat filmique.

Dans le film nous suivons le chemin d'Houlaye, une adolescente de quatorze ans qui a une force mentale et une maturité incroyables. Quel est votre rôle auprès d'elle ?

Mon objectif est de l’accompagner dans ses études, elle a accusé beaucoup de retard en primaire pour les raisons que l’on voit dans le film (Houlaye participe activement à la vie du village et à l'avancement des travaux de forage, ndlr). L’idée est qu’elle puisse avoir un circuit de rattrapage pour aller le plus loin possible. C’est une jeune fille qui a des rêves, qui veut être fonctionnaire et n’a pas du tout envie de partir sur les routes comme sa maman ou d’autres femmes. Elle n'a pas envie de s’exposer à mille dangers, de vivre de façon précaire, elle veut une vie et une éducation à sa progéniture. Ce qui nous ramène directement au sujet du réchauffement climatique, car il y a quinze ou vingt ans, les familles nomades n’étaient pas obligées de se séparer, les saisons des pluies duraient suffisamment longtemps pour que les pâturages soient verts. Le mode de vie nomade était préservé, les mères ne partaient pas pendant des semaines, tout le monde restait groupé avec le troupeau. Les familles restaient unies.

Film Marcher sur l'eau
Houlaye (à droite) au village de Tatiste

L'accélération exponentielle du réchauffement climatique que l’on connaît aux abords du Sahara n’est pas la même sous les latitudes occidentales. Les choses se sont vite dégradées et le socle familial s’en trouve bousculé. Entendre la génération des parents ou grands-parents d’Houlaye raconter leur enfance, c’est mesurer le fossé qui sépare l’éducation qu’ils ont reçu, les moyens dont leur famille disposait, et ce à quoi les enfants d'aujourd’hui sont exposés. Ce sont des gens qui, sauf accident, n’ont jamais connu le dénuement, vivaient confortablement, et ont eu une enfance bien plus facile que leur propres enfants. Quand Houlaye dit qu’elle veut être fonctionnaire, c’est parce qu’elle a bien compris que le nomadisme était terminé, que la survie aujourd’hui passe par le fait de se sédentariser, à travers l’école et la formation professionnelle.

Quel message voulez-vous transmettre dans ce film ?

Nous sommes le maillon d’une seule et même chaîne, du point de vue du réchauffement climatique, de l’extinction, de l’empreinte carbone. Les conséquences dramatiques que vivent ces peuples sont dues en grande partie à la pollution des pays industrialisés. Les pôles, l'Amazonie, la forêt du bassin du Congo... Prenons conscience que l'on a un impact direct et négatif sur d’autres contrées. Et l'appauvrissement de ces personnes dont les nomades est lié à la question climatique. Ce film appelle la tête et le cœur, voire l’âme, pour créer un effet d’identification, et que l’on se sente proche des personnes impactées.

Retrouvez Aïssa Maïga en 2022 dans le film "Quand tu seras grand" et la série anglaise "The fear index".
"Marcher sur l'eau" est au cinéma dès le 10 novembre 2021.

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