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Mély de Chaudron Pastel: "Pourquoi j'ai quitté le régime végétarien"

"Bienveillance", un mot clé pour Mély, naturopathe
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Rédaction
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le 22 mars 2017
Après avoir eu une alimentation végétarienne (à tendance végétalienne) pendant 5 ans, Mély a réintégré les produits animaux depuis un peu plus d’un an. Sans critiquer le végéta*isme, elle explique pourquoi elle a reconsidéré son alimentation végétarienne qu’elle appréciait tant et invite à (re)considérer autrement ce qu’est une alimentation saine. Un témoignage à lire sans tarder.

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En 2016, Mély devenait la 1e Dauphine de la Miss Bio 2016. Elle est aussi connue à travers son blog, Le Chaudron Pastel, qu’elle tient depuis 2007. Naturopathe, elle partage à travers ses articles & ses vidéos sur YouTube des réflexions personnelles, des coups de cœur, des conseils en naturopathie & bien-être,pour transmettre de la douceur et offrir à tous des graines de réflexions pour cheminer, grandir et s’épanouir.
Après avoir eu une alimentation végétarienne (à tendance végétalienne) pendant 5 ans, elle a réintégré les produits animaux depuis un peu plus d’un an. Elle a livré son témoignage à travers une vidéo sur sa chaîne YouTube, où elle nous amène à (re)considérer autrement ce qu’est une alimentation saine. Son parcours, ses réflexions et son expérience abordent des questions délicates où se mêlent santé et choix.

Tu as eu une alimentation végéta*ienne (végétarienne à tendance végétalienne) pendant 5 ans. Peux-tu nous raconter ton parcours ?
Je n’ai jamais été attirée par la viande et le poisson : enfant, ma mère avait un mal fou à me faire manger des produits animaux. A la fois par goût personnel et par ma sensibilité, je refusais de manger un grand nombre de produits animaux. En 2009, j’ai découvert l’alimentation saine : une cuisine incluant de nombreux nouveaux aliments : légumineuses bien sûr, mais aussi noix et graines d’oléagineux, algues, nombreuses céréales et pseudo-céréales. J’étais émerveillée par tant de choix, de variété, de goûts & de couleurs ! De manière très progressive, j’ai commencé à cuisiner différemment : je consommais de moins en moins le peu de produits animaux que j’appréciais, essentiellement les poissons gras et la volaille. Presque simultanément, j’ai entamé ma reconversion professionnelle à travers une formation en naturopathie. J’ai dû revoir toutes mes habitudes de consommation pour pouvoir continuer à payer toutes mes factures... et c’est à ce moment que je me suis décidée à essayer de manger végétarien !
Quelques mois plus tard, la lecture du livre Toxic de William Reymond, m’a fait prendre conscience des coulisses de l’industrie agroalimentaire : à mes préférences gustatives et choix financiers s’est donc ajoutée une volonté de faire ma part de colibri d’un point de vue écologique et éthique. C'est ainsi que j'ai peu à peu adopté une alimentation végétarienne à tendance végétalienne, équilibrée et saine où je ne consommais que très rarement des produits industriels.

Qu'est-ce qui t'a amenée à réintroduire les produits animaux ?
Je n’ai jamais ressenti le choix du végétarisme comme frustrant ou handicapant pour moi-même ou vis-à-vis de mes proches lors de mes sorties, par exemple. Mais, un événement a - littéralement - changé ma vie : une poussée du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII), dont je suis atteinte depuis fin 2010, déclenchée par un choc émotionnel. Cela a bousculé toutes les facettes de ma vie, autant personnelles que professionnelles.

Plus les mois passaient, et plus mon état s’aggravait. Ma souffrance physique m’a clouée au lit des journées entières impactant ma vie privée (notamment mes sorties avec mes proches), et ralentissant mes nombreux projets professionnels. Cela a aussi eu des conséquences sur mon équilibre psychique à cause des perturbations des cellules nerveuses se situant tout au long de notre intestin, notre «deuxième cerveau». Durant 18 mois, j’ai essayé énormément de choses, mais malgré mes rencontres avec des médecins et thérapeutes, mes recherches, et mes essais (éviction du gluten, cure de certains compléments naturels, etc.), mon état s’empirait, atteignant un sommet que j’espère ne plus jamais revivre : une souffrance constante où un répit d’une demi-journée par mois environ était le summum que je pouvais espérer en termes de bien-être.

Quelque temps avant cette poussée du SII, mon parcours professionnel et ma passion pour l’alimentation saine m’a amenée à des lectures au sujet d’une alimentation qui m’avait intriguée, mais à laquelle je ne m’étais jamais essayée : l’alimentation ayurvédique (la philosophie et médecine traditionnelle de l’Inde) et pauvre en aliments contenant des FODMAPs (*). La combinaison des deux incluant la réintégration des produits animaux. J’ai attendu de nombreux mois avant de me décider : j’avais besoin de me sentir prête (ce qui n’est pas évident lorsqu’on a (eu) une alimentation végéta*ienne pendant plusieurs années !). Fin de l’année 2015, j’ai réintroduit du poisson, et quelques mois après, de la volaille.

Te sentais-tu alors en accord avec toi-même ?
Au moment où j’ai réintégré des produits animaux, j’étais «en paix» avec ma décision. Je ne dirai pas que cela a été facile psychologiquement, mais le bien-être et le soulagement physique qui s’en sont suivis ont largement contribué à me rassurer, et à me conforter dans mon choix. Certains pourront penser que ma décision est égoïste, et souligne une faiblesse... d’autres, au contraire, y verront une certaine forme de courage dans cette action d’outrepasser des principes de vie altruiste envers le Vivant. Dans la vie, rien n’est tout «blanc» ou tout «noir» : tout est une question de richesse en gamme de couleurs, en tons, en nuances. Aussi, je pense que ma décision découle d’un certaine forme de courage, et d’une certaine faiblesse à la fois.

Comment te positionnes-tu en tant que naturopathe par rapport au végéta*isme ?
Mon but en tant que naturopathe n’est pas de juger (dire que manger des animaux est «mal» est une forme de jugement), mais de responsabiliser : d’amener autrui à réfléchir, à comprendre les conséquences (sur son corps ainsi que d’un point de vue éthique et écologique) de ses décisions et de ses actes, d’exposer d’un point de vue global ce qu’induit la consommation de tel ou tel aliment (animal ou végétal). Une fois ces conséquences exposées, je conseille ensuite les personnes - sans jamais rien interdire ou sans poser d’obligations : je préfère conseiller des aliments à «éviter» ou à «privilégier». En tant que naturopathe, je me dois de respecter les choix de vie de l’autre : si une personne vient à moi en me demandant de l’aider à équilibrer son alimentation végétalienne, je m’exécute sans émettre de jugement («bien» ou «mal»). Idem pour les personnes venant à moi, et me demandant de les aider tout en me soulignant qu’elles ne veulent pas devenir végétariennes !

Finalement, manger sainement, est-ce manger végétarien ?
Beaucoup trop de gens confondent «alimentation saine» et «alimentation végétarienne», et voient en cette dernière une alimentation qui serait automatiquement «saine». C’est un amalgame qui est souvent fait, et qui porte à confusion : on peut très bien avoir une alimentation omnivore et saine, comme avoir une alimentation végétalienne et qui ne soit pas saine, par exemple si l'on consomme beaucoup de produits transformés comme les similis.
L’alimentation végétarienne est une des alimentations les plus faciles à équilibrer, donc il m’est relativement facile de pouvoir accompagner les personnes venant à moi en naturopathie avec ce souhait.

Que tires-tu de cette expérience ?
Je suis convaincue qu’en chaque expérience - même les plus difficiles que l’on doit vivre - se trouve un «cadeau», une (ou plusieurs) leçon(s) de vie. Même si elle fut douloureuse, j’en suis sortie enrichie. Voici les «cadeaux» que j’ai pu puiser en elle :

  • Mon chemin de vie (indépendamment de mon alimentation) m’a appris à relativiser : il est impossible d’avoir une vie constamment parfaite en tous points : on ne peut combiner à chaque seconde de notre vie, une perfection éthique / physique / émotionnel / écologique / social / spirituel. En revanche, chaque jour, on peut faire du mieux que l’on peut. Chaque jour, on a le pouvoir (le devoir ?) d’essayer de tendre les différentes sphères de notre vie vers un équilibre : pour soi, pour la société, pour les êtres vivants.
  • J’ai compris l’importance de personnaliser nos habitudes de vie. En tant que naturopathe, je sais à quel point l’individualisme est une notion clé pour l’équilibre de chacun. Cette expérience m’a permis d’aller plus en profondeur dans l’individualisation des différentes sphères de notre vie : l’alimentation est très importante en naturopathie (nos cellules se «font» en partie en fonction de ce que nous mangeons et de la manière dont nous digérons...) mais les autres sphères de notre vie sont tout aussi importantes : notre équilibre psychique, la manière dont nous bougeons notre corps, dont nous respirons, etc.
  • L’importance de respecter davantage. Le respect passe par l’acceptation des messages de notre corps : savoir reconnaitre et accepter que nos ressentis peuvent aller à l’encontre de certaines des croyances que nous pouvons avoir ou entendre. Il passe aussi par ne pas juger l’Autre : si une personne réagit d’une certaine manière, si elle agit, parle ou ressent des choses d’une manière très différente qu’on aurait pu nous-mêmes avoir face à une même expérience... c’est qu’il y a une raison. Cette personne n’a pas forcément tort (et nous raison) : c’est son expérience de vie, son passé, ses paramètres de vie actuelle qui l’auront amené à vivre / faire / réagir / manger ainsi. Parfois, ce que l’on voit n’est que la partie visible de «l’iceberg» d’autrui. On ne devrait jamais juger l’autre pour cela, mais essayer de l’accepter, de comprendre, de nous rapprocher de lui... c’est si enrichissant de procéder ainsi !
  • Cela m’a confortée dans l’aspect holistique de l’Être humain : parmi les outils qui m’ont aidée, et ont mis un terme à ma poussée de SII, il y a eu l’alimentation pauvre en FODMAPs, ainsi que la lecture de l’Ayurvéda. Il est fascinant de voir que les recommandations de cette médecine traditionnelle indienne face aux troubles digestifs de type SII conseillent d’éviter (sur un court laps de temps) les aliments dont la majorité peut être retrouvée dans la liste des aliments déconseillés contenant des FODMAPs !

En tant que naturopathe, que penses-tu de la variété des choix alimentaires qui existent ?
Je pense que tous les «courants» et choix alimentaires (cru, vegan, végétarisme, paléo) peuvent être bénéfiques pour chacun de nous, mais pas pour tous à la fois. Autrement dit : adopter une certaine manière de manger pourra parfaitement convenir à une personne, mais pas forcément à une seconde personne. Ces différences découlent de plusieurs paramètres : de notre constitution (ayurvédique que l’on nomme «dosha», naturopathique selon la Naturopathie), la saison (la température de l’endroit où l’on se situe, celle-ci impactant notre équilibre acido-basique, lui-même en lien avec notre capacité digestive), si l’on a certaines pathologies ou troubles homéostatiques, etc. Bien que tout cela puisse paraitre complexe, je trouve cette diversité et toutes ces subtilités fascinantes : elles sont le reflet de la richesse de l’Humain.

Y a-t-il quelque chose qui te déplait fondamentalement dans le milieu de l'alimentation saine ?
J'ai toujours autant de difficultés à entendre des discours «pro» (vegan, végétarisme, crudivore, paléo ou autre) qui distillent des notes culpabilisantes plus ou moins subtilement par leurs tons ou mots de leurs discours. Devenir végétarien ou végan peut être motivé par plusieurs raisons très intéressantes et louables : une telle démarche est vraiment merveilleuse. Mais agir et tenir un discours engendrant un dynamisme jugeant, culpabilisant ou infériorisant (cela peut être plus ou moins subtil) m’a toujours dérangée. Même avant d’être atteinte du SII, ou d’arrêter d’avoir une alimentation végétarienne. Et, encore une fois : cela n’est pas lié au végéta*isme, c’est valable pour toutes les personnes qui ont fait un choix de vie (religieux, politique, alimentaire ou autre), et qui agissent ainsi.

As-tu des conseils si l’on souhaite approfondir la thématique du SII ?
Le «hasard» de la vie fait merveilleusement bien les choses : de mon expérience difficile, les belles synchronicités de la vie m’ont amenée à créer un livre, Le syndrome de l’intestin irritable, plein de conseils et de recettes pour les personnes atteintes de ce syndrome. Je pense sincèrement qu’il a la capacité de transformer la vie de ceux qui en sont atteints : ce déséquilibre est encore très mal (re)connu, et donc mal accompagné : la plupart des praticiens et des médecins sont eux-mêmes désemparés face à la souffrance de ceux qui en sont atteints.

En savoir plus...
On peut retrouver Mély sur son blog Le Chaudron Pastel, sur Instagram et sur sa chaine YouTube ;
Son article & sa vidéo dans son intégralité où elle aborde notamment la question d’équilibre son alimentation végétarienne lorsqu’on est atteint du SII ;
Son livre, Le syndrome de l’intestin irritable (Hachette Cuisine)
Ressources : Son article où elle parle de son SII «L’éclat d’une fée» & son dossier où elle explique les différences entre manger sain / équilibré / bio / végé / omnivore.

* FODMAPs = terme anglais «Fermentable by colonic Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols» traduisibles par «oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles par la flore intestinale».
 

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