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Interview

Dépression, baby blues et difficultés après la naissance : interview de l'autrice de BD Sophie Adriansen

Mathou et Sophie Adriansen
Mathou (à gauche), l'illustratrice de La Remplaçante et son autrice Sophie Adriansen (droite).
First
Nataša Sredojevic
Interview par Adèle Gireau et rédaction par Nataša Sredojevic
le 29 avril 2021

En s'inspirant de son propre vécu, Sophie Adriansen publie une bande dessinée qui explore la période d'après naissance, le post-partum, avec sensibilité et justesse. Un magnifique moment, avec son lot de fatigue et difficultés, partagé pour mieux se comprendre, déculpabiliser et prendre conscience de ses ressources.


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Une histoire attachante et universelle qui trouve écho chez de nombreuses mamans et jeunes parents : une libération de la parole des femmes, pour plus d'équilibre et moins d'injonctions. Les lectrices découvrent la grossesse de Marketa et les 6 premiers mois de vie de Zoé, sa fille ! La BD La remplaçante aborde avec bienveillance et humour le parcours psychologique d'une jeune maman. Marketa imagine une remplaçante, un idéal de mère parfaite qui pourrait s'occuper de Zoé à sa place car elle culpabilise et n'arrive pas à apprivoiser la maternité.

FemininBio : Vous avez écrit une BD sur la maternité et les difficultés éprouvées lors du post-partum. Comment vous est venue l'envie d'écrire à ce sujet ?

Sophie Adriansen : L’idée de La Remplaçante m’est venue à la maternité, juste après la naissance de mon deuxième enfant. J’ai connu une dépression post-partum longue durée après mon premier accouchement, et le deuxième a réparé beaucoup de choses. Il m’a permis de poser ce diagnostic de dépression post-partum, et aussi de comprendre que j’allais faire les choses autrement cette fois, sans rêver que quelqu’un « qui savait faire » vive ces débuts avec un bébé à ma place. J’ai décidé que je serai directement cette personne-là. Quand le scénario de La Remplaçante s’est imposé, je n’étais pas encore sortie de la maternité…

Est-ce une histoire personnelle ?

Comme Marketa, je n’ai pas compris ce qui se passait lorsque je suis devenue maman. Comme elle, je ne savais pas quoi faire avec/de mon corps transformé, ni quoi faire avec mon bébé. Je pensais que l’instinct maternel apparaissait avec le placenta et je n’ai vu ni l’un ni l’autre ! Comme elle, j’ai connu des phobies d’impulsion ; mais n’ayant jamais entendu l’expression, je pensais être la seule à vivre cela, et j’ai cru que je devenais folle. Comme elle encore, j’ai été perturbée par les avis parfois contradictoires des soignants à la maternité, par les remarques pas toujours bienveillantes des proches ou de l’entourage plus lointain… Et comme elle, il m’a fallu un moment pour apprivoiser la maternité. Je ne suis pas Marketa et Marketa n’est pas moi mais nous avons bien quelques points communs.

>> A lire aussi : Maman solo : il est urgent de s'accorder du temps

Avez-vous eu des témoignages d'autres mères à ce sujet ?

Je suis passionnée depuis près de vingt ans par le sujet de la naissance, qui me semble nettement plus politique qu’il n’y paraît. J’ai déjà écrit sur cette question (notamment mon roman Linea nigra, qui ressort au format poche ce printemps). Pour La Remplaçante comme pour mes autres ouvrages, mon encrier est d’abord personnel, mais je suis très attentive à ce que je vois autour de moi. Et, après la naissance de mon premier enfant, je m’étais beaucoup documentée sur les difficultés maternelles et l’évidence (ou non) du « tissage » de lien entre la maman et son bébé. Enfin, je suis également attentive à la parole des sages-femmes qui, comme le nom de leur profession l’indique, connaissent très bien les femmes, même si parfois le système les empêche de les accompagner autant qu’elles le voudraient. Tout cela m’a nourrie pour ce scénario, avant que Mathou ne s’en empare en utilisant sa propre palette d’émotions de mère et de femme pour qu’il devienne cette BD.

Pourquoi est-ce encore nécessaire selon vous de déculpabiliser et sensibiliser au sujet du post-partum ?

Il me semble que la déculpabilisation est assez récente. Le #monpostpartum a permis une évidente libération de la parole, mais si les voix des femmes en difficulté se font entendre, si on prête enfin l’oreille à ce qu’elles expriment en termes de déceptions, de perte d’illusions, de regrets parfois même, les injonctions à « réussir » - son accouchement, l’allaitement, le début de la maternité, sa vie de couple avec un enfant, la conciliation vie perso / vie pro, etc.- ne disparaissent pas pour autant. Les deux discours se côtoient désormais, et tant que le deuxième perdurera, il restera du travail à faire.

Finalement, comment Marketa parvient à surmonter ce baby blues et ne plus vouloir de "remplaçante" ? Quelle(s) leçon(s) en tirer ?

Marketa est épaulée par le formidable papa de son bébé, et grâce à son soutien, à des paroles bienveillantes glanées çà et là et aussi à Zoé, qui n’a aucun doute sur les capacités de Marketa à être mère et le lui fait sentir, cette jeune maman parvient à se faire peu à peu confiance… Elle décide aussi qu’elle prendra le temps qu’il faut pour « s’en remettre ». Je crois que ce sont là deux clés : ne pas hésiter à s’entourer, à demander de l’aide, et ne pas se mettre de pression. Une ministre a repris le travail (et les talons aiguilles) en sortant de la maternité, les sportives affichent leur ventre redevenu plat dans la semaine de leur accouchement, tant mieux pour elles ! Perso, je ne suis ni ministre ni adepte du fitness. Chacune fait comme elle peut, à son rythme, et c’est bien comme ça.

La bande dessinée :

La Remplaçante, Sophie Adriansen, éditions FIRST.
(©First)

Sophie Adriansen écrit depuis 2010 et elle a publié une cinquantaine d'ouvrages en littérature générale, où elle questionne notamment les libertés des femmes et en littérature jeunesse.
Son site : sophieadriansen.fr

Vous pourrez trouver La Remplaçante, BD illustrée par Mathou, à partir du 12 mai aux éditions FIRST.

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