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"L'insomnie, un premier pas vers un éveil", le témoignage de Marie-Paule

Ecouter son corps pour comprendre ses besoins et trouver sa liberté : comment Marie-Paule Faure s'est libérée du poids de l'insomnie.
cottonbro / Pexels
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Marie-Paule Faure
Par Marie-Paule Faure
le 19 mars 2021

A l'occasion de la journée mondiale du sommeil, découvrez le témoignage sincère et touchant de Marie-Paule Faure, professeure de méditation. Depuis ses 12 ans elle souffre d'insomnie, jusqu'au jour où elle décide d'écouter véritablement son corps. L'insomnie est en réalité un appel à un éveil intérieur, une quête de liberté.


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Lorsque le Centre Qee - où j’enseigne la méditation - m’a demandé d’écrire un article sur le sommeil, ma première réaction a été de répondre que j’étais la dernière personne capable de donner le moindre conseil en la matière. J’ai commencé ma longue carrière d’insomniaque à 12 ans et rien de ce qui touche à l’insomnie ne m’est étranger. Au cours des dernières décennies, j’ai tout essayé : les somnifères bien sûr, les antidépresseurs, les thérapies les plus diverses, le tilleul et la fleur d’oranger, cesser de boire du café après 15h, les histoires pour dormir qui m’exaspéraient et les musiques avec des bruits de forêt tropicale ou d’océan.

Je calculais mon temps de sommeil, anxieusement, rageusement, persuadée que si je n’avais pas «mes 8 heures », je ne serai jamais un être humain épanoui, «au top de ses possibilités» selon une formule que j’entendais régulièrement dans des émissions de «bien-être» à 3 h du matin.

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Ecouter son corps, trouver sa liberté

J’ai pourtant accepté la proposition qui m’était faite, parce qu’il me semble qu’après des décennies de mauvais sommeil, quelque chose s’est modifié en moi qui m’a permis d’aborder de façon totalement différente les problèmes de sommeil, mes problèmes avec le sommeil et de n’être aujourd’hui pas ou plus fatiguée, même en dormant très peu. Je m’en suis aperçu un jour. Bien que ne dormant que quelques heures par nuit, ma vie était devenue absolument normale, mon énergie intacte. Il s’était forcément passé quelque chose, qu’avec le temps j’ai essayé de décrypter.

Je crois que la première étape et la plus décisive a été une visite chez un médecin de famille en qui j’avais une totale confiance. J’y suis arrivée exsangue, au bord des larmes, épuisée par une succession de nuits quasiment blanches, prête, sinon à tout, du moins à beaucoup pour retrouver un semblant de vie normale.

Son conseil a été simple :

Cessez de compter vos heures de sommeil. Même en dormant peu vous pouvez être reposée. Peut-être pas parfaitement, mais votre corps va apprendre à enregistrer le sommeil différemment. N’écoutez pas les gourous du sommeil, cessez de boire des tisanes que vous n’aimez pas et écoutez-vous, mais vraiment, vous serez surprise. Cessez aussi de penser que ne pas dormir, c’est votre destinée.

L’allusion était limpide. Venant d’une famille championne du monde de l’insomnie, ma voie était toute tracée, c’était mon héritage, mon destin, j’étais programmée pour être insomniaque, c’était «comme ça».

C’est un des conseils les plus précieux que l’on m’ait donné. Il y a souvent dans nos vies un mot, une phrase, qui résonnent, au bon moment, et j’étais sans doute prête à l’entendre.

Dépasser l'insomnie héritée

J’ai cessé de regarder mon réveil toutes les heures, d’absorber des remèdes improbables, et de «chercher à me détendre» à coup de chants d’oiseaux pour, peu à peu, m’écouter, moi. Je me suis rendu compte du sens du mots «s’écouter». Pas comme un mantra répété ad libitum de façon mécanique, mais comme le fait de cesser de vivre en fonction de normes qui m’emprisonnaient. Nous sommes tous prisonniers d’histoires qui ne sont pas les nôtres. Mon histoire avec le sommeil, c’est une longue histoire d’indépendance vis-à-vis d’un héritage d’anxiété, d’obsession de la nuit blanche, de vies qui tournent autour d’un comptage pathologique des heures dites «de repos». Et d’interminables feedbacks sur les nuits de chacun, le matin au petit déjeuner. «Alors ??? et toi ??». L’insomnie, chez nous, c’était quelque chose. «Dans la famille, on a toujours mal dormi» disait le credo familial. L’insomnie, c’était notre Trésor empoisonné, le cœur battant de notre existence, et son corollaire, la fatigue, la justification commode de tout ce qui ne tournait pas rond. Pourquoi dès lors, aurions-nous voulu en guérir ?

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Progressivement, quelque chose s’est détendu en moi. Non, je n’avais pas besoin de «mes 8h», et oui, je pouvais être «au top de mes possibilités» en dormant 4 ou 5 h par nuit. Mon sommeil s’est régulé. Si je dors mal une nuit, je dors mieux la nuit suivante. Bien sûr, la méditation, et aussi la relaxation ont accéléré le processus, mais je dirais plutôt les choses dans l’autre sens. C’est cette accession à une forme de liberté qui m’a permis d’entrer dans la méditation et la relaxation à ma manière, à mon rythme.

Bien au-delà de l’insomnie qui n’a été qu’un déclencheur, il me semble que tout mon enseignement - et ma vie- aujourd’hui tourne autour de cette idée. Comment s’extraire de ce qui nous étouffe, d’une histoire qui n’est pas la nôtre ? Comment être loyal à soi-même et à ses besoins profonds sans trahir son héritage ? Comment ne pas se laisser déterminer par le mal de vivre autrui, mais choisir ce qui, pour chacun de nous, est essentiel et nous rend notre vitalité ? L’insomnie n’a été pour moi que la première porte d’entrée -il y en a eu d’autres - vers ces interrogations. C’est bien sûr le travail d’une vie et je ne dis en aucun cas que tous les problèmes d’insomnies tournent autour de cette question. Je raconte juste mon expérience.

Et si aujourd’hui je ne dors pas toujours très bien, je dors infiniment mieux, plus librement. L’insomnie a été mon premier pas vers une forme d’éveil, si je puis dire.

Nos nuits ont beaucoup à nous apprendre sur nos jours.

(©©DR)

L'autrice :

Après une carrière de danseuse et une autre dans la décoration, Marie-Paule Faure décide de se consacrer à l’enseignement de la méditation qu'elle pratique parallèlement depuis une quinzaine d’années. Particulièrement sensible aux questions qui touchent à la libération du souffle et aux liens corps/mental. Elle enseigne actuellement au centre Qee.

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