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Végétarisme et risque accru d'AVC : l'éclairage d'un médecin spécialiste

Publié le 10 septembre 2019
© Doyoun / Unsplash

Selon une récente étude du "British Medical Journal" les végétariens auraient moins de risque de développer une maladie cardiaque que la moyenne, mais un risque accru d'accident vasculaire cérébral (AVC) de l'ordre de 20%. Que dit vraiment cette étude ? Nous avons interrogé le Dr Jérôme Bernard-Pellet, médecin nutritionniste.

Faudrait-il finalement continuer à manger de la viande pour éviter les risques hémorragiques de faire un AVC ? Malgré les nombreuses recommandations scientifiques publiées ces derniers temps en faveur d'une baisse de la consommation de viande, notamment pour limiter les risques d'obésité, de maladies cardiovasculaires ou de cancer, voici la conclusion relayée par de nombreux médias qui serait issue de l'étude du 4 septembre 2019 parue dans le "British Medical Journal". Facteur de risque majeur mis en cause : la carence en vitamine B12 bien identifiée chez les vegans. 

>> A lire sur FemininBio : En quoi la vitamine B12 est-elle importante pour l'organisme ?

"L'hypothèse surprise" issue de l'étude britannique a été publiée au départ par le journal Les Echos. L'étude en question se base sur une très large population de 48.188 personnes, sans antécédents connus de maladies cardiaques ou cardio-vasculaires, dont le mode de vie a été étudié pendant 18 ans. Une base solide pour en déduire des tendances fortes. 

Régime végétarien et risque d'AVC : decryptage et conseils du spécialiste 

Pour bien comprendre ce que dit réellement cette étude, nous avons interrogé le Dr Jérôme Bernard-Pellet, spécialiste du régime végan et végétarien. Voici ses observations : 

"Pour la première fois, une étude de cohorte qui semble être de qualité en première analyse montre une augmentation du risque d'AVC des ovo-lacto-végétariens par rapport aux omnivores. Cela est la première fois qu'une grande étude trouve dans la population des ovo-lacto-végétariens une augmentation significative d'un grand fléau de santé publique par rapport à la population des omnivores. Cela en fait une étude novatrice. Par ailleurs, elle confirme des données que nous connaissions déjà depuis longtemps, à savoir une baisse des maladies cardiaques ischémiques. 

Contrairement à ce qui a été rapporté dans plusieurs grands médias, cette étude n'a pas étudié spécifiquement et sérieusement le risque parmi la population des vegans. Il faudrait reprendre les données brutes de cette étude et faire une analyse statistique ciblant spécifiquement les vegans, ce qui n'a pas été fait. Par conséquent, ceux qui ont titrés "Les vegans ont plus d'AVC" ont mal interprété cet article scientifique. Les vegans ont été mélangés aux végétariens dans l'étude, et nous ne pouvons pas tirer de conclusions pour cette population. 

Une autre donnée manquante est de savoir si ce risque persiste parmi ceux qui se supplémentent en vitamine B12. En effet, la carence en B12 est un facteur de risque connu d'augmentation du risque d'AVC. Il serait intéressant de voir si ce risque disparaît ou non avec une telle supplémentation chez les végétariens. Ces premières données, à confirmer par d'autres études comme le disent eux-mêmes les auteurs, doivent être une incitation pour les végétariens à diminuer fortement leur consommation de sel. En effet, la consommation de sel est un facteur majeur d'AVC. Certains steaks végétaux sont bien trop riches en sel pour assurer une santé optimale et sont à éviter. Il suffit de lire les étiquettes pour détecter ce type de produits. 

Malgré la publication de cette étude, les végétariens ne doivent pas s'inquiéter pour autant En effet, il a été démontré à plusieurs reprises que la mortalité globale toutes causes confondues était plus faible chez les végétariens que chez les omnivores. Même conclusion chez les vegans. Cela signifie que augmentation du risque d'AVC ou non, ce type d'alimentation fait plus de bien que de mal. Ses intérêts positifs démontrés sont une diminution des risques de diabète 2, de cardiopathies ischémiques,  de l'hypertension, de l'hypercholestérolémie, de l'obésité, de la cataracte, des cancers du côlon et de la prostate. Voilà de quoi largement compenser un éventuel sur-risque d'accidents vasculaires cérébraux. De plus, les auteurs de l'article eux-mêmes reconnaissent dans leur conclusion qu'il faudrait d'autres études avant de savoir si ces résultats sont pertinents.

Par conséquent, les adeptes de ce régime ont tout intérêt à le poursuivre mais en ayant conscience qu'ils ne gagneront peut-être pas sur tout les tableaux." 

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