Traumatisme

Comment éviter de transmettre nos "Psycatrices" à nos enfants

Publié le 13 février 2019
Chaby Langlois, psychothérapeute formé à la psychologie positive, est consultant et coach depuis trente ans. Il est pionnier des thérapies cognitivo-comportementales (sevrage tabagique, stress, communication non violente), du management du stress, et de la pleine conscience pour les entreprises. Il est aussi le fondateur de l’agence No Smoking No Stress.
Comprendre et guérir ses psycatrices pour ne pas les transmettre à ses enfants
Comprendre et guérir ses psycatrices pour ne pas les transmettre à ses enfants
© Chinh Le duc

Notre personnalité est façonnée par les expériences que nous vivons tout au long de notre existence. Mais certaines, plus douloureuses que les autres, laissent des traces en nous et nous empêchent d'avancer. Chaby Langlois, thérapeute et spécialiste en psychologie positive, nous explique comment se débarrasser de ces "psycatrices".

Dans ma pratique de thérapeute, je suis toujours agréablement surpris de constater que les gens, et surtout les femmes, veulent s’améliorer afin de donner le meilleur d’eux-mêmes aux autres et surtout éviter de transmettre leurs défauts. Et il est vrai que certains troubles, certains comportements, certaines peurs… remontent à l’enfance, sans qu’on en ait conscience et même si nous n’avons pas vécu une enfance particulièrement malheureuse.

La première chose est l’exploration de ses propres Psycatrices (blessures d’enfance qui n’ont pas guéri). S’il est difficile de mettre le doigt sur ses psycatrices spontanément, il est plus aisé de remarquer les comportements de protection que nous avons mis en place, je les nomme « les panoplies ». Lorsque je vis une situation qui a débordé, dérapé, avec mon enfant, c’est souvent le signe que je touche là une psycatrice. Ce sont les panoplies que nous pouvons repérer car ces sur-réactions nous culpabilisent, surtout lorsqu’elles sont violentes contre les autres. « J’ai mal réagi, je lui ai crié dessus, je ne sais pas pourquoi je me suis emportée comme cela », « cela m’a mis hors de moi ». « J’ai bien vu que je l’avais blessé, que j’avais manqué de cœur.. ».

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Pourquoi ? La situation émotionnelle présente a rappelé une peur fondamentale, a fait écho à une blessure encore vive et a provoqué le recours à la panoplie qui s’y réfère, inconsciemment. Panoplie qu’on a mise en place dans l’enfance et qui nous fut utile à l’époque pour protéger nos blessures, pour en éviter de nouvelles, aussi pour obtenir, de façon dévoyée l’amour inconditionnel dont on avait besoin.

Contrôler son égo-protecteur

Lorsque je revêts une panoplie, cela signifie que je me sens particulièrement vulnérable et je ne suis pas forcément la personne la plus intelligente émotionnellement à ce moment-là ! D’ailleurs, juste après, on se sent mal à l’aise et on s’en veut. C’est pourquoi, je vous invite à repérer quand vous avez des comportements exagérés, disproportionnés, qui dérapent, car cela signifie que vous mettez en place un égo-protecteur. Si on choisit de se regarder, en conscience, alors on peut se voir dans sa panoplie et réaliser qu’elle est mobile. On y entre et on en sort. J’en ai pris l’habitude, c’est devenu un automatisme, mais je peux apprendre à m’en affranchir. Même quand je viens de déraper ! La première chose à faire est de respirer. S’arrêter pour respirer et retrouver son calme. La deuxième chose, c’est l’investigation libératrice.

Ainsi, on va cheminer jusqu’à la source de sa psycatrice. Et c’est un moment précieux. En général, on le savait au fond de soi, l’enfant blessé connaissait cette situation inaugurale, parfois répétée d’ailleurs, de sa blessure : d’abandon, de rejet, de trahison, d’humiliation, d’injustice, de perte de confiance en soi ou de l’imposteur.  Et oui c’est essentiel pour arrêter de culpabiliser. Car je ne suis pas coupable de mes psycatrices ! D’ailleurs, mes patients passent souvent par une phase d’accusation de leurs parents, et c’est normal. Heureusement la plupart du temps, sauf grande maltraitance, c’est pour voir que nos parents se débattaient eux-aussi avec leurs psycatrices ! Mieux je comprends l’origine de mes psycatrices, moins je me sens coupable : ainsi je libère de l’énergie pour prendre du recul, évoluer et mettre de la souplesse dans ma panoplie.

Et c’est passionnant aussi d’identifier les psycatrices des autres, de ses parents, de son conjoint, de son manager… et des blessures de ses enfants lorsque vous les voyez enfiler une panoplie d’égo-protecteur devant vous. Par exemple, cet enfant qui sort de ses gonds de façon excessive, devient grossier, fulmine, lorsque vous lui demandez une fois de plus de ranger ses affaires. Il enfile la panoplie de l’égo-rigide, qui le protège d’une blessure d’injustice. Pas encore une psycatrice ! En tant que parent, vous avez alors un rôle merveilleux à jouer, afin de ne pas s’affronter de panoplie à panoplie, d’égo-rigide à égo-contrôleur (blessure de l’injustice face à psycatrice de trahison).

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Avec son enfant, son conjoint… on peut parler de ses psycatrices, non pas pour justifier un comportement négatif, mais pour l’expliquer et dire ses besoins émotionnels fondamentaux. Pour un enfant, savoir que Papa, Maman ont des fragilités, ont suffisamment confiance en vous pour les partager, cela ouvre l’accès à l’empathie et à l’auto-empathie. C’est souvent cette relation à nos enfants qui nous donnent l’énergie de nous affranchir de nos psycatrices. Dans mon livre, j’invite donc à une auto investigation.

En tant que parent, est-il possible d'éviter à son enfant d’avoir des psycatrices ?

Cela fait longtemps qu’on se transmet les psycatrices de génération en génération. La « pédagogie noire », popularisée par Alice Miller, qui vise à soumettre les enfants, est encore présente même si on constate heureusement de grandes évolutions. Nos enfants seront en contact avec de la violence. Nous pouvons, à notre échelle, devenir des parents adultes émotionnellement, qui font la paix avec leur propre violence intérieure.

En résumé, si on ne peut leur éviter les blessures, on peut les aider à ce qu’elles ne deviennent pas des psycatrices. Je suis responsable de cela en tant que parent. Dans le sens où je peux trouver des réponses moi-même ! En soignant ses propres psycatrices  comme on l’a vu et en améliorant ainsi sa communication aux autres. C’est une dynamique qui est très satisfaisante, pour soi et son entourage.

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Dans la relation amoureuse, nos psycatrices peuvent être rapidement exposées, tant on cherche à combler un manque d’amour inconditionnel, tant on veut se mettre à nu. Alors, mes patients me rapportent telle querelle anodine sur un déménagement, un changement de programme… qui dérape complètement dans la colère et la frustration. Et les panoplies sont en action.  Et comment s’en sortir et recréer le dialogue et dire ce que l’on ressent ?  C’est ainsi aussi que les couples se font en prenant soin de soi, de ses besoins et de ceux de l’autre.

En conclusion, bien vivre aves ses psycatrices, cela s’apprend et nous invite à une vie plus épanouie et heureuse.

Chaby Langlois est auteur de « Psycatrices – Bien vivre avec nos blessures d’enfance » paru aux éditions Guy Trédaniel

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