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Lucile Cornet-Vernet : la Maison de l'Artemisia pour guérir l'Afrique de la malaria

Lucile Cornet-Vernet artemisia
Depuis 2012 Lucile Cornet-Vernet s’est donné pour mission de tout faire pour prouver aux autorités de santé qu’une plante, l’armoise annuelle soigne mieux le paludisme que n’importe quel médicament actuellement sur le marché.
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Anne Ghesquière
Anne Ghesquière
le 12 décembre 2018
Si on vous disait qu’une tisane peut venir à bout d’une maladie qui menace de décimer la moitié de l’humanité, que feriez-vous ? Peut-être auriez-vous le courage, comme Lucile Cornet-Vernet, de tout faire pour propager la nouvelle. Voici le récit du parcours de cette orthodontiste parisienne, semé d’autant d’embûches que de miracles, pour guérir la malaria (paludisme) grâce à l’armoise annuelle.

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Cette interview a été publiée dans FemininBio magazine #20 décembre 2018-janvier 2019

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Lucile Cornet-Vernet était l'invitée d'Anne Ghesquière dans l'épisode 4 du podcast Métamorphose. Ecoutez juste ici "J'utilise l'artémisia pour éradiquer le paludisme".

Elle est une pionnière à l’insatiable énergie. Depuis 2012 Lucile Cornet-Vernet s’est donné pour mission de tout faire pour prouver et faire accepter par les autorités de santé qu’une plante, l’armoise annuelle (Artemisia annua), soigne mieux le paludisme que n’importe quel médicament actuellement sur le marché.

Le traitement ? Des tisanes réalisées à partir de cette plante. Le problème ? Il n’y aucun bénéfice à en tirer, si ce n’est celui de la santé humaine, notamment sur le continent africain, paralysé par ce parasite.

Grâce à sa ténacité et au soutien d’un réseau grandissant, cette orthodontiste parisienne investie, énergique et courageuse est en passe de prouver que le pouvoir des plantes est le plus fort pour vaincre cette maladie.

Une parasitose qui décime la planète

Quelques explications et chiffres-clés s’imposent pour bien comprendre l’ampleur de cette "découverte". Le paludisme est l’une des maladies infectieuses les plus mortelles de la planète. Pas moins de la moitié de l’humanité vit en zone impactée par ce fléau dû à un parasite de type Plasmodium, propagé par les moustiques.

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Toute la ceinture subtropicale de la Terre, soit 3,5 milliards de personnes, est touchée, ce qui représente 250 millions de crises de "palu" par an, entre l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud. Les personnes les plus fragiles sont les plus durement touchées, et 500 000 enfants de moins de 5 ans succombent chaque année au paludisme sur le seul continent africain.

Des traitements lourds et pas toujours efficaces

Un arsenal préventif est prescrit à qui voyage en zone impaludée. Il s'agit de médicaments comme la Malarone®, la Nivaquine® ou encore le Lariam®. Ce dernier a des effets secondaires délétères, comme en a témoigné le chanteur Stromae dont la carrière s’est brutalement arrêtée il y a deux ans suite à la prise de ce médicament.

Pour soigner les malades, le traitement recommandé par l’OMS est l’ACT (Artemisinin-based combination therapy, en français "thérapie combinée à base d'artémisinine"), souvent trop cher pour les familles et n’empêchant pas la survenue de crises ultérieures par maintien du parasite dans le sang. De plus, il est important de souligner que l’Afrique est envahie par des médicaments falsifiés (environ 1 sur 2), soit inefficaces, soit dangereux.

Une plante face à Big Pharma

Face à ce tableau très sombre, un immense espoir. L’Artemisia annua guérit à 98 % et interrompt le cycle infernal de la transmission du paludisme. C’est ce qu'explique Lucile Cornet-Vernet dans son livre-épopée aux accents romanesques, tant les faits qu’elle relate sont vertigineux.

En effet, une question s’impose : comment un traitement aussi simple et efficace a-t-il pu passer inaperçu ? "L’Artemisia annua est au contraire très connue du monde médical, explique cette femme engagée. Elle est même la base de tous les médicaments contre le paludisme."

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La différence, c’est que ces traitements utilisent un seul principe actif de la plante, l’artémisinine, découverte par la médecin chinoise Tu Youyou, qui obtint pour cela le prix Nobel de médecine en 2016. "Comme toute entreprise, l’industrie pharmaceutique doit faire du profit, et il n’y a rien à gagner sur une tisane de plantes que chacun peut faire pousser dans son jardin", continue Lucile Cornet-Vernet.

Des études prouvant l’efficacité de la plante

Sa rencontre avec l’Artemisia annua, Lucile Cornet-Vernet la décrit comme un cadeau de la vie. Il lui est arrivé par le témoignage d’Alexandre et Sonia Poussin, des amis proches ayant parcouru l’Afrique à pied pendant trois années.

Touché par le paludisme pendant leur périple, Alexandre reçoit en Éthiopie une tisane d’armoise annuelle. En 48 heures les symptômes de la maladie disparaissent. "J’ai trouvé incroyable qu’une tisane puisse guérir la plus grande pandémie mondiale. J’ai alors regardé sur Internet et j'ai commencé à dérouler le fil d’une énorme bobine”, nous raconte Lucile.

Dès lors, la machine est lancée. Sous l’impulsion de l'orthodontiste passionnée, des études cliniques démarrent en République du Congo, menées par le Dr Jérôme Munyangi. Car à l’époque, ce qu’il manque à l’armoise annuelle, ce sont des études aux normes internationales pouvant être publiées dans des journaux scientifiques et être reconnues par les autorités de santé. Lucile et Alexandre montent une association qui parvient miraculeusement à lever des fonds pour financer les cinq études qui ont déjà eu lieu.

D’excellents résultats contre le paludisme

La tisane d’Artemisia annua se révèle très efficace contre le paludisme, avec un pourcentage de guérison situé entre 95 % et 100 %. De plus, contrairement aux médicaments actuels qui ne viennent pas à bout du parasite, la tisane élimine totalement le fond parasitaire du sang. La personne n’est donc plus porteuse et ne transmet plus la maladie au moustique. Les études montrent que l’incidence de la maladie est divisée par 3 dans les "zones de santé" traitées par la tisane. Le cycle est rompu, c’est un immense espoir !

"Cette plante incroyable contient environ 200 molécules dont au moins 20 antiparasitaires ! Nous l’étudions avec le professeur Pierre Lutgen, un grand chimiste qui l’étudie depuis dix ans sans en avoir encore décelé tous les mystères. La recherche extrait toujours le principe actif des plantes, mais elles contiennent souvent une synergie incroyable d’éléments qu’on ne pourra jamais recréer avec un médicament”, nous explique Lucile Cornet-Vernet.

Comment prendre la tisane d’armoise annuelle ?

Pour une efficacité optimale, il est très important de respecter la posologie qui est "très différente si l’on vit en zone impaludée ou non. Les personnes qui vivent dans ces pays ont développé une immunité qui leur permet de ne pas en prendre beaucoup pour se prémunir contre le parasite", rappelle Lucile.

Pour un paludisme avéré, il faut boire 1 litre de tisane par jour pendant 7 jours. La tisane est fabriquée avec 5 g de tiges et de feuilles d’armoise annuelle sèche, soit une poignée, mis dans de l’eau bouillante. On sort ensuite la casserole du feu et on laisse infuser 15 minutes. On filtre et on fait boire la tisane à la personne malade en 3 ou
4 prises tout au long de la journée.

Si l’on vit en France et que l’on part en zone impaludée, il faudra prendre cette même posologie curative sur toute la durée du séjour et bien continuer pendant une semaine après le retour, comme pour tous les médicaments antipaludéens.

La Maison de l’Artemisia, pour essaimer la graine et le message

Pour faire passer le bon message aux bonnes personnes, Lucile Cornet-Vernet et son entourage ont très vite ressenti la nécessité de créer des zones de formation. C’est ainsi qu’est née la première "Maison de l’Artemisia".

"Les graines sont minuscules et donc difficiles à s’échanger de main en main. Ensuite, la semence d’Artemisia annua vient de Chine et elle est bien adaptée à nos latitudes françaises. Elle pousse en revanche très mal en Afrique. Nous avons dû adapter les semences paysannes germinatives aux pays subtropicaux pour qu’elles puissent se transmettre facilement. Enfin, l’Artemisia annua est difficile à cultiver et nous avons rapidement fait face à de super échecs”, nous relate la porteuse d'espoir.

Des pôles de compétence composés, entre autres, de médecins, de pharmaciens, d'agronomes, se regroupent autour des Maisons de l’Artemisia, qui deviennent autonomes en moins de deux ans pour produire et vendre la semence (sauf en France et en Belgique).

Pour Lucile, cette grande cause partagée apporte beaucoup de joie. "Les réseaux sociaux nous permettent de propager l’info et de casser le système pyramidal. Cette histoire redonne leur dignité aux personnes qui avaient l’habitude de tendre la main pour recevoir le médicament. L’être humain a besoin d’être autonome, de se sentir debout, capable de gérer sa vie et son devenir."

Au service du vivant

Et quand on lui demande quels sont les prochains enjeux de l’armoise annuelle face au paludisme, Lucile nous partage sa mission de vie: "Ce qui me porte c’est d’aider à la levée des citoyens. Nous ne sommes pas écrasés par cette fin du monde programmée mais capable de nous mobiliser. Nous avons vraiment à cœur de simplifier notre monde qui est d’une complexité affolante et qui oublie l’être humain au profit de l’argent. C’est ce qui est emblématique de notre histoire : redonner le pouvoir aux 'petites gens' qui deviennent acteurs de leur vie, de leur santé, et propager la souveraineté des personnes sur leur vie."

Les Maisons de l’Artemisia continuent leur route sur le continent asiatique, et l’objectif est maintenant d’interpeller les pouvoirs publics pour lever les interdictions sur cette plante et réaliser d’autres études afin qu’elle devienne la thérapie officielle contre le paludisme.

"Je suis profondément bouleversée par l’injustice et c’est ce qui a été mon moteur dans cette histoire. J’ai l’impression d’avoir été l’étincelle d’un feu qui se propage", conclut Lucile Cornet-Vernet.

Plus d’infos : www.maison-artemisia.org

Le livre

Artemisia, une plante pour éradiquer le paludisme, par Lucille Cornet-Vernet, Laurence Couquiaud, Actes Sud, 18 €.

 

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