Musique

Natalia Doco: la musique pour incarner la féminité

Publié le 28 décembre 2017
Corinne Delaunay est journaliste, engagée pour un journalisme positif porteur de sens. Son blog : linkzine.co.
Natalia Doco, chanteuse inspirée, célèbre le féminin sacré
Natalia Doco, chanteuse inspirée, célèbre le féminin sacré
© Arno Lam

Venue d'Argentine, Natalia Doco puise dans ses racines amériendiennes son inspiration pour célébrer en musique la Femme, dans sa sensualité et sa mystique. Une rencontre inspirante qui nous plonge dans son univers.

Quand on regarde la pochette de son nouvel album El buen Gualicho on voit une femme, les cycles de la lune, l’attrape rêves et le bâton de la prêtresse. Le dessin est magnifiquement symbolique.

Natalia est Argentine, a vécu au Mexique avant d’atterrir en France. Elle y est installée depuis 4 ans. El buen Gualicho est son deuxième album mais le premier dans son coeur. Elle y a mis sa foi, ses combats et ses rêves et un peu de magie. El buen gualicho signifie le bon sortilège ou l’incarnation bienfaisante. Dans la chanson éponyme, elle se sert de la nature, la purificatrice, pour la libérer ses tourments. L’album est un voyage au coeur du sacré de la vie, du féminin et de la nature.

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Racines amérindiennes

La branche maternelle de sa famille vient de la région de Corrientes, sur la rive gauche du Rio Paranà, un endroit où beaucoup de Guaranis vivent. « Y avait-il des femmes guérisseuses dans ma famille ? Certainement. Mais les violences ont été telles envers les Indiens que pendant des années, ma famille, et tant d’autres, ont caché leurs origines. Les femmes de ma lignée ressemblent, sans aucun doute, à des indiennes. À l’école, à Buenos Aires, on apprenait des choses fausses sur l’histoire. Une histoire qui cache le mal fait aux peuples originels. À mon sens, il est important de trouver sa vérité et de l’incarner

Argentine
« L’Argentine est un pays très jeune, un mélange d’espagnols migrants, souvent fuyant un destin cassé, d’esclaves niés comme les Indiens… Une nation trop jeune pour être complètement guérie de son passé. Les psychanalystes sont légions car l’analyse est indispensable. Toutes les histoires familiales sont cabossées. Les conversations sont toujours très profondes, on s’analyse les uns, les autres. C’est une société dont l’introspection et l’intelligence sont très développés. » Natalia déteste le tango. Pourquoi ? « Pour les paroles, elles sont super machistes ! »

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La terre
« Le monde a besoin des gens qui connaissent la terre. Je dois chanter cela. J’essaie par mes chansons d’attirer l’attention sur la beauté de se rapprocher de la nature. Arrêter de tout vouloir civiliser. Dans ma chanson « le jeu », je suis en colère, j’espère que les gens se réveilleront. La chanson « Jardín » nous rappelle que la terre ne nous appartient pas. Je vis dans la nature, je fais de la permaculture, aujourd’hui, nous n’avons pas le droit de nous endormir »


La femme, les femmes
« La chanson La Ultima canción est une copla, une chanson populaire rythmée par un caja (tambour) et la voix. Chaque coup de tambour est un battement de coeur. Cette chanson finalise l’album, c’est une chanson de gratitude. Je remercie, je chante la lune, je comprends toutes mes épreuves. Pour moi, cet album est mon premier de femme, l’album de mon âme. C’est la femme qui reprend possession d’elle-même. La déesse se réveille et se tient debout. Je souhaite chanter pour les femmes et raconter mon expérience. Cette chanson pourrait être le chant d’une cérémonie féminine. Elle parle de la Pachamama, la mère sacrée. On a oublié que toute l’histoire de l’humanité est sortie du ventre de la femme. J’ai fui au Mexique. J’ai fui l’Argentine et mon histoire personnelle. Mais une fois que j’ai trouvé ma maison intérieure, que je me suis apaisée, j’ai pu commencer à revenir sur mes pas avec mon histoire guérie et aller vers mes racines amérindiennes, mes racines de femme. Notre chant, le chant des femmes doit vibrer. »

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Chants guérisseurs
De ses origines, elle puise une énergie puissante et la transmet dans cet album. Elle utilise des sons guérisseurs, comme les chamans. On se retrouve plonger dans un voyage musical. « Les chants sont des cérémonies pour honorer la vie. Je voudrais que l’information émerge de nouveau, que les cultures anciennes soient écoutées et respectées. C’est le moment de rééquilibrer les choses, c’est le moment que les peuples natifs enseignent leur sagesse par rapport à la terre. Nous ne sommes plus connectés. C’est pour cette raison que j’ai participé aux concerts des colibris. Cet équilibre peut amener la guérison de la planète. Il faut arrêter de perdre du temps et de l’argent . C’est aussi cela que je raconte dans « le jeu ». Nous avons le choix de changer les choses, chacun à notre manière. »

Ses lectures
Le cultissime Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés est l'un de ses livres préférés. « Il m’a transportée dans un monde intime dense ». Elle aime aussi le livre de Jean Shinola Bolen Artemis: The Indomitable Spirit in Everywoman (non traduit en français), qui traite des archétypes, des déesses grecques, des mémoires cellulaires. « Chaque femme devrait trouver un homme qui honore la déesse en elle ». A ses yeux, il s'agit de « livres écrits pour guérir le féminin sacré. »

Avenir
Son label Casa Del Àrbol réunit un mouvement artistique qui souhaite financer des albums de chants traditionnels. Rencontrer les anciens qui chantent et les enregistrer pour ne pas perdre ce savoir. C’est ce qui lui tient à coeur. Elle espère réunir assez d’argent pour accomplir ce projet.

>> Son nouveau clip : Respira

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