Ventre

Digestion: harmoniser microbiote et poids

Publié le 20 octobre 2017
Directrice des opérations de FemininBio, j'ai souvent faim de riz, de gorgonzola et de nuoc-mâm (non, le mélange n'est pas convaincant). Mais j'aime aussi croquer à tout ce qui touche au monde du bio, du développement durable et des médias, tant print que digital.
© Pixabay

Le "trépied intestinal" est la clé de voûte de notre santé, le point de départ de toute démarche nutritionnelle. Explications avec notre expert en nutrition, Anthony Berthou.

En 2015, on compte 700 millions de personnes atteintes d’obésité à travers le monde. De récentes études montrent à quel point la nature de notre alimentation influence et modifie en profondeur la nature du microbiote intestinal.
Or, on sait désormais que ce dernier joue un rôle central dans les fonctions digestive, métabolique, immunitaire et neurologique de l'organisme.

Dysbiose et petits maux

Quelques rappels sur le microbiote intestinal. Il pèse l’équivalent de 1,5 à 2 kilos. Le génome bactérien s’y révèle 100  fois plus important que dans le reste du corps humain. On a ainsi 10  fois plus de bactéries dans ce microbiote que de cellules dans l’ensemble de l’organisme !
Pour rappel, le microbiote, c’est l'ensemble des micro-organismes – bactéries, virus, parasites, champignons non pathogènes – qui vivent dans un environnement spécifique. Dans l'organisme, il existe différents microbiotes : au niveau de la peau, de la bouche, du vagin, etc. Celui de l’intestin est le plus important.
Et si le microbiote  est altéré, il y a dysbiose, ce qui pourrait expliquer plusieurs maux, dont le surpoids.

"L’obésité, c’est une maladie inflammatoire chronique, se manifestant à travers des points d’inflammation chronique partout dans le corps, dont l’estomac, développe Anthony Berthou, nutritionniste. On commence juste à comprendre qu'un microbiote altéré peut influencer le poids.
Les études révèlent notamment une faible diversité du microbiote chez les gens diabétiques et/ou en surpoids. Un régime alimentaire notamment riche en fibres permet d'augmenter la diversité de la flore intestinale bénéfique, à l'inverse d'un régime riche en graisses saturées et/ou en protéines.

Alors, comment retrouver l’équilibre du microbiote ? 

"Imaginez tout d'abord un trépied, soit un équilibre entre trois éléments : le microbiote, le système immunitaire et la muqueuse de l’intestin. Ces trois éléments composent un véritable écosystème", souligne Anthony Berthou. 

Un "seconde cerveau"

La muqueuse intérieure équivaut à 300 m² en surface totale de l’intestin. C’est une zone d’échanges considérables entre le milieu extérieur et l’organisme. La muqueuse intestinale est d’ailleurs souvent nommée "second cerveau" du fait de la présence de quelque 200 à 600  millions de neurones et du nombre de connections nerveuses existant entre le cerveau et l’intestin. Elle est le siège de l’assimilation de l’eau et des nutriments.

À l’inverse, elle assure le non-passage des agents pathogènes, des toxines et des protéines alimentaires dans le milieu intérieur. Constituée de cellules intestinales, les entérocytes, cette muqueuse est très fragile.

De nombreux facteurs peuvent l’agresser : mastication insuffisante, alimentation inadaptée (excès de glucides ou de protéines alimentaires), stress oxydant, déficit d’apport en acides gras de type oméga-3, prise de médicaments (anti-inflammatoires, antibiotiques), activité physique répétée (notamment la course à pied, quand elle est associée à la déshydratation), etc.

Deuxième élément : environ 70 % du système immunitaire est issu de l’intestin. Notre expert précise qu'il est indispensable à la bonne maturation des cellules immunitaires, en charge de deux rôles à l’équilibre complexe : la défense contre les agents pathogènes et la tolérance des protéines de l’organisme ou de certaines protéines alimentaires. 

Troisième composante : le microbiote et ses bactéries, qui jouent des rôles essentiels. Ces dernières limitent l’implantation des agents pathogènes (virus, bactéries), contribuent à la synthèse de certaines vitamines (B et K), participent au métabolisme du cholestérol et des acides biliaires ainsi qu'à la régulation du transit et à la digestion du lactose.

De l'influence de la naissance

Le microbiote produit aussi des messagers de l’immunité, des cytokines, qui favorisent soit la défense, soit la tolérance immunitaire. Ce dont on se rend compte désormais, c’est que des facteurs vont potentiellement générer une perméabilité au niveau de l’intestin. "Celui-ci devient alors une passoire ; en effet, il peut laisser passer de petits fragments de protéines, des peptides alimentaires, qui peuvent perturber le microbiote et provoquer des inflammations ou une réaction immunitaire", décrit Anthony Berthou.

Nous avons aussi acquis d'autres connaissances saisissantes en matière de relation entre obésité et microbiote. Ainsi, au moment de l’accouchement par voie basse, se réalise la colonisation du microbiote, au contact de la flore vaginale et des micro-organismes présents dans l'environnement.

"On constate ainsi, à l'âge adulte, une perturbation du microbiote des individus nés par césarienne. Toutefois, un allaitement maternel durant plusieurs mois permet de retrouver un équilibre équivalent à celui initié par un accouchement par voie basse", rassure le nutritionniste. Autre découverte, issue d’une étude parue en 2012 : la prise d'antibiotiques en période néonatale augmente les risques de surpoids chez l'enfant

Les conseils d'Anthony Berthou pour restaurer l’intégrité de la muqueuse intestinale :

- en cas d'inflammation intestinale : éviter ponctuellement les aliments responsables d'irritations intestinales (produits céréaliers complets, légumineuses, végétaux à fibres dures ou insuffisamment mûrs, graisses cuites, etc.) avant de les réintroduire progressivement ;
prendre le temps de bien mastiquer ; 
- ne pas prendre de repas sans légumes ;
- privilégier les fibres, celles des légumineuses notamment mais aussi celles des fruits et des légumes, ainsi que celles des produits céréaliers complets d'origine bio ;
- limiter tout excès de protéines, en particulier animales ;
- bien s’hydrater en buvant au minimum 1,5 à 2 litres d'eau par jour ;
- s’assurer un apport satisfaisant en nutriments antioxydants (végétaux, épices, curcuma, thé vert) et en acides gras de type oméga-3 (huiles vierges de lin ou colza, sardines, maquereaux, algues) ; 
- si besoin, avoir recours à une complémentation en probiotiques de qualité ;
- favoriser la consommation d'aliments lactofermentés  (choucroute et autres légumes lactofermentés, kéfir de fruits, levain bio, etc.).

 

Anthony Berthou est nutritionniste spécialisé en micronutrition et en sport-santé.
Conférencier auprès des professionnels de santé et du sport, il est aussi enseignant universitaire à Lausanne, Paris, Angers et Rennes. 
Il partage ses réflexions sur sante-et-nutrition.com

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Réaction à l'article
Par Laurenzerl le 28 octobre 2017 à 18h36
aha...

Un "seconde cerveau"

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