Grossesse

Comment se passe un accouchement "classique" à l'hôpital ou à la maternité ?

Publié le 12 mai 2019 - Mis à jour le 13 mai 2019
Sage-femme depuis une dizaine d’années et co-créatrice de l'association de santé Espace Vie. Spécialisée dans tous les domaines relatifs à la parentalité et auteure de"Tome 1 l'accouchement: Guide pratique"
« Péridurale pour tout le monde + surveillance du travail sans bouger ni du lit ni dans le lit = ça passe ou ça casse ! »
« Péridurale pour tout le monde + surveillance du travail sans bouger ni du lit ni dans le lit = ça passe ou ça casse ! »
© unsplash/ Carlo Navarro

Dans une volonté d'expliquer comment se passe un accouchement dans la majorité des cas aujourd'hui en France, c'est à dire en clinique ou hôpital, je vous propose quelques explications issues de ma pratique de sage-femme.

La majorité des femmes en France accouchent à l’Hôpital (public ou privé), qu’elles vivent en ville ou en milieu rural, dans des maternités. Elles sont suivies tous les mois, tout au long de la grossesse, par une sage-femme ou un médecin généraliste ou un gynécologue. Chaque mois, il est prescrit des examens pour dépister une éventuelle pathologie chez la mère et trois échographies minimum sont réalisées pour dépister certaines pathologies chez le bébé.

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Le jour J 

En fin de grossesse, grâce à tous ces éléments de surveillance, il y a parfois des indications médicales de déclenchement du travail et de l’accouchement, que ce soit pour la santé de la mère, de l’enfant à naître ou parfois pour la santé de la mère ET de l’enfant. Ces indications sont plus ou moins expliquées par l’équipe médicale, et plus ou moins comprises par les couples qui devront faire le deuil d’une arrivée aléatoire, naturelle, spontanée, hasardeuse de leur(s) bébé(s) comme les autres couples ...

Au delà du motif de déclenchement, il conviendrait :

  • d’expliquer qu’il y a plusieurs méthodes de déclenchement possibles et ce qui fera qu’on choisira plutôt une méthode qu’une autre,
  • d’expliquer la méthode de déclenchement « choisie », son délai d’action et le(s) risque(s) éventuel(s)...

Car ce qui est souvent mal vécu par les couples, ça n’est pas tant l’indication (aucune femme ne se veut du mal ou ne veut du mal à son bébé) mais surtout ces modes de déclenchement qui sont perçus comme de l’acharnement un peu vain ... Lorsque tout va bien, la femme qui se présente aux urgences en fin de grossesse sera reçue et examinée par une sage-femme de garde qui décidera si c’est pour aujourd’hui ou pas.

Finalement, pathologie ou pas, à l’inverse de ma grand-mère, ce n’est pas la femme qui dit que c’est pour "bientôt" mais le professionnel de santé.

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Le travail 

La définition du travail c’est "l’enchaînement des contractions utérines entraînant des modifications du col de l’uterus".
Alors qu’à l’époque de ma grand-mère, « elle te laissait gérer », « tu respirais et tu bougeais en fonction de la douleur qui apparaît comme un fil conducteur que tu dois suivre » ; désormais ce sont les sages-femmes qui conduisent le travail des femmes.

L’avènement de la péridurale y est pour beaucoup certes mais ça n’est en fait que la continuité de la prise de pouvoir sur les femmes et leur corps dans ce moment qu’est l’accouchement. La péridurale est une avancée technique dont il faut profiter si on le souhaite (et si on peut en bénéficier). C’est un geste médical qui a des indications et des contre-indications mais surtout c’est aujourd’hui un contrat qu’on vous fait signer sans que vous ayez lu les phrases en petit. Vous savez, ces petites phrases qu’on ne prend pas la peine de lire ou qu’on se garde bien de vous faire lire ! Comme tout acte médical, la péridurale a des avantages et des inconvénients. Ce sont les inconvénients qu’on oublie souvent d’expliquer ...

La première péridurale a été posée en 1974 à la Pitié-Salpetriere à Paris. Très vite, le corps médical s’est posé des questions car il y avait beaucoup plus d’extractions instrumentales (les forceps comme on dit) et de césariennes. Ainsi ils ont compris que les doses étaient trop fortes, que les femmes étaient paralysées sur les tables d’accouchement pendant tout le travail et que l’absence de mouvements bloquait ou rendait plus difficile cette MECANIQUE obstétricale (faire rentrer un bébé dans un bassin osseux de femme).

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Alors les anesthésistes ont diminué les doses de péridurale pour rendre un peu de mobilité aux femmes sauf qu’elles sont toujours couchées dans un lit, qu’elles ne sentent plus la douleur qui leur imposait normalement de bouger et que les sages-femmes ayant besoin de la perfusion, du monitoring, du contrôle de la tension pour surveiller la mère et l’enfant se sont aussi retrouvées sans autre marge de manœuvre que de prendre sur elles pour mobiliser régulièrement des femmes qui pèsent un peu lourd (sans méchanceté de ma part) alors qu’elles s’étaient très bien faites à cette immobilité pratique ... Du coup, beaucoup de sages-femmes restent souvent sur le principe « péridurale pour tout le monde + surveillance du travail sans bouger ni du lit ni dans le lit = ça passe ou ça casse ! ».

Les femmes soulagées par la péridurale, arnachées par tous ces câbles, nécessaires à leur surveillance et à celle de leur bébé, se laissent faire et attendent tranquillement que ça se passe, rassurées par la présence de l’équipe médicale.

Finalement, dans plus de 21% des cas en France, on passe en césarienne et tout le monde applaudit parce qu’on pense qu’on a sauvé la mère et/ou l’enfant d’un accouchement et/ou d’une naissance impossible(s) par les voies naturelles ! En effet, 1/3 des césariennes sont réalisées en cours de travail, en urgence, et sont le plus souvent dues à un arrêt de la dilatation du col ou à une souffrance fœtale.

 

Le premier article: Histoire d'accouchement: de la maison à la maternité, vers la surmédication

À suivre...

Son livre : "Tome 1: L'accouchement, le guide pratique" par Nathalie Charbonnier

 

 

 

 

 

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