Pollution

Bisphénol, phtalates, parabène... Peut-on encore échapper aux perturbateurs endocriniens ?

Publié le 1 août 2019
Journaliste depuis 25 ans, Isabelle Doumenc s'est formée à la naturopathie et travaille en particulier à la prévention vis à vis des dangers des perturbateurs endocriniens pour les populations vulnérables : parents en âge de procréer, femmes enceintes, bébé, adolescents. Elle est l'auteur de plusieurs livres.
Conseils pour se prémunir des effets nocifs des perturbateurs endocriniens
Conseils pour se prémunir des effets nocifs des perturbateurs endocriniens
© John Looy/Unsplash

Ces polluants invisibles, omniprésents dans notre quotidien, dérèglent les mécanismes de notre système hormonal, avec des impacts sur la santé que nous transmettons à nos enfants et qui pourront se manifester plus tard dans leur vie. Comment s’en protéger ?

Retrouvez cet article dans le magazine FemininBio #23 juin-juillet 2019

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Bisphénol A, phtalate, parabène, brome, PCB, les noms des perturbateurs endocriniens (ou PE) sont compliqués, mais ces perturbateurs sont bel et bien présents sous forme de molécules dans de nombreux produits très simples qu’on utilise tous les jours: pesticides dans l’alimentation et l’eau du réseau, phtalates dans les emballages des fast-foods, brome des retardateurs de flamme qui s’échappent des objets de nos domiciles, mercure et PCB présents dans les chairs des poissons que nous consommons, etc.

Des conséquences graves sur la santé 

Les PE nous polluent par l’air, par l’ingestion d’eau ou d’aliments, ou bien par la peau. Ces molécules imitent les hormones et donnent ainsi de fausses informations à notre système hormonal. Ce système régule quantité de phénomènes physiologiques dans notre corps, entre autres la croissance, le sommeil, la libido, la température corporelle ou encore la faim. Ces perturbations posent problème car elles participent à déclencher des maladies comme les cancers du sein, des testicules, des ovaires, de la prostate, mais aussi l’obésité, l’infertilité et la baisse du quotient intellectuel.

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Comment s'en protéger ? 

Les PE sont nocifs à très petites doses et plus particulièrement dans des périodes de vie où le système hormonal a un rôle primordial, comme la périnatalité (de la conception aux deux ans de l’enfant), l’adolescence et la ménopause.

Les règlementations ne nous en protègent encore que très peu, car c’est une pollution découverte récemment et qui touche tous les domaines de notre économie. D’où la difficulté de légiférer au niveau européen, malgré une grosse pression exercée par la France par le biais de chercheurs spécialisés dans ce domaine, du corps médical, des députés écologiques, des associations comme Réseau environnement santé (RES) et Générations futures.

À titre individuel, vous pouvez vous en protéger. Faites-vous confiance et adoptez le principe de précaution pour les évacuer le plus possible de votre quotidien et pour renforcer les défenses de votre organisme.

Voici mes 7 conseils essentiels pour vous prémunir des effets délétères des perturbateurs endocriniens.

1. Évitez les pesticides

L’alimentation représente la majorité de notre exposition aux PE. Entre les deux tiers et la moitié des pesticides exploités dans l’agriculture dite "conventionnelle" auraient une action de PE. Impossible de savoir lesquels sont utilisés quand nous achetons des produits. Pour s’en préserver, mieux vaut consommer des produits issus de l’agriculture biologique.

Les labels officiels français ou européens (celui avec les étoiles en forme de feuille) vous assurent du bio à 100 % sur les matières brutes, mais pas sur les produits transformés (type plats préparés, sauces ou soupes) dans lesquels 5 % peut être non bio. En revanche d’autres labels sont encore plus protecteurs comme Nature et Progrès, Demeter ou Bio Cohérence.

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2. Du poisson une fois par semaine

Toujours dans l’alimentation, des résidus de métaux lourds (mercure) et de PCB ont aussi des actions de PE sur notre organisme. Ces polluants, rejetés dans l’atmosphère et dans les eaux, se retrouvent ensuite dans notre chaîne alimentaire, emprisonnés dans la chair grasse des poissons.

Ces molécules perturbent le fonctionnement de la thyroïde. Or cette glande a un impact sur les cycles hormonaux féminins dont l’ovulation. Elle régule aussi le bon développement cérébral du bébé tout au long de la grossesse, et ce, dès les premiers jours, quand une femme ne sait pas forcément qu’elle est enceinte.

Dès le projet de conception, diminuez votre consommation de poisson gras (sardine, maquereau, saumon, hareng) à une fois par semaine. Le thon est à limiter à une fois par mois, car c’est le plus pollué puisqu'en fin de chaîne alimentaire. Pour compenser la diminution de consommation des poissons et conserver un apport en protéines suffisant, pensez aux légumineuses (lentilles, fèves, pois chiches, haricots rouges ou blancs), par exemple.

À lire sur FemininBio : Manger du poissonsans s'intoxiquer aux métaux lourd, est-ce possible ? 

3. D’autres sources d’oméga-3

En limitant la consommation de poissons gras, vous allez diminuez vos apports d’oméga-3. Ces acides gras sont essentiels à notre corps. Pour favoriser la fécondation, par exemple, et, après, pour le bon développement du système neurologique du bébé.

Prenez quotidiennement 1 cuillerée à soupe d’une des huiles végétales biologiques qui en contiennent aussi: colza, noix, noisette, cameline, lin. Complétez si nécessaire avec une supplémentation en oméga-3, extraite des poissons mais dépolluée. Le label EPAX® vous assure cette qualité. Vérifiez que le complément que vous choisirez possède ce label.

À lire sur FemininBio : les meilleurs sources d'oméga 3

4. Méfiez-vous de l'eau

L’eau du réseau est potable pour 97 % des Français. Pour autant elle ne prend pas en compte dans ses critères de potabilité la pollution des micropolluants que sont les PE : résidus de médicaments, de plastiques, de métaux lourds et de pesticides. Les industriels du secteur de l’eau ont trouvé des solutions techniques pour les éliminer de l’eau du réseau, mais cela a un coût et n’est pour le moment pas obligatoire.

Chez vous, vous avez le choix entre plusieurs solutions. Faire installer un système de filtration qui élimine aussi ces polluants, comme les systèmes à osmose inverse et les filtres à gravité. Acheter en magasin bio des eaux du réseau filtrées et redynamisées ou acheter des eaux minérales ou de source. Les sociétés qui exploitent ces eaux minérales s’assurent que les zones de captage ne sont pas polluées en rachetant les terres autour.

À lire sur FemininBio : Quelle eau boire pour une bonne santé ? 

5. Aérez votre intérieur

Ce conseil peut paraître ridicule, mais il est le seul qui nous protège de l’émanation des particules qui s’accumulent dans l’air intérieur. Certaines ont une action de perturbation endocrinienne : les retardateurs de flamme qui sont incorporés dans les tissus comme ceux des canapés, des rideaux, mais aussi dans les ordinateurs et les télévisions, par exemple.

Sans compter le triclosan, un antibactérien présent dans des produits ménagers, les phtalates qui émanent des rideaux de douche ou des nappes en toile cirée, ou encore les bougies, même bio, dont les émanations vont alimenter ces particules fines qui polluent nos organismes par le biais de la respiration. Les plantes dépolluantes ne sont pas une solution, certaines ont montré une efficacité en laboratoire, mais chez nous il en faudrait tellement qu’à moins de vivre dans une serre elles ne pourraient pas dépolluer l’air intérieur.

À lire sur FemininBio : Alzheimer et Parkinson, les particules fines mises en cause

On en revient donc au conseil de bon sens : aérez 2 fois par jour, même en plein hiver, 10 à 15 minutes à chaque fois. Et si vous habitez en zone rurale, déchaussez-vous à l’entrée afin de ne pas apporter de résidus de pesticides dans vos intérieurs. Pensez aussi à acheter des objets d’occasion plutôt que du neuf, les molécules s’échappent dans l’air intérieur surtout pendant
les 3 premiers mois de vie de l’objet.

6. Les cosmétiques avec parcimonie

Faites le tri dans vos produits de beauté et dans ceux que vous utilisez pour votre bébé. Ce que nous mettons sur la peau ou ce que nous inhalons (parfum, spray, etc.) a un impact sur notre organisme.
Les labels bio sont dépourvus de perturbateurs endocriniens et d’autres marques ont commencé à modifier leurs compositions.

L’application "quelcosmetic", créée par l’UFC Que choisir, organisme de défense du consommateur, vous permet de scanner le code-barres et de vérifier ainsi vos produits pour vous aider à en choisir d’autres en toute sécurité.

À lire sur FemininBio : Bébé, attention aux lingettes toxiques !

7. Chouchoutez votre foie

Le foie est un organe antipollution exceptionnel ! Il filtre tout notre sang et neutralise certains polluants.

Si vous avez un projet de conception, faites une cure de nettoyage quelques mois avant de tomber enceinte. Selon votre terrain, vous pourrez utiliser des plantes comme le curcuma, le chardon-marie, le pissenlit, l’aubier du tilleul ou encore l’artichaut. Allez voir un naturopathe pour le faire en toute sécurité, ce sera aussi l’occasion de réorganiser votre alimentation et de vérifier les apports en micronutriments en vue du projet de bébé.

En revanche, si vous êtes déjà enceinte, ne vous détoxifiez pas en prenant des plantes de façon intensive, car c’est le fœtus qui récupèrerait ces polluants.
Enceinte, le soutien du foie passe par une alimentation adaptée (limitez le sucre, attention aux yaourts aromatisés ou aux fruits, véritables bombes de sucre!) et par des apports de tisanes de romarin, pissenlit, fenouil ou mélisse, en alternance, qui soutiendront votre système digestif tout en douceur.

À lire sur FemininBio : Médecine traditionnelle chinoise, conseils pour soigner son foie

Préserver sa santé dans cet environnement pollué, c'est possible ?

Le système hormonal est essentiel tout au long de la vie. Vous le préservez en agissant avec discernement lors de vos achats et en vous engageant au niveau collectif pour que les usages vis-à-vis de ces polluants évoluent, notamment en ce qui concerne leur présence dans les crèches, les cantines des écoles primaires ou l’eau du réseau.

Pour aller plus loin : 

 

"J’évacue les perturbateurs endocriniens, c’est parti ! ", Jouvence éditions.

 

 

"Perturbateurs endocriniens, une bombe à retardement pour nos enfants", éditions Larousse.

 

 

Isabelle Doumenc est journaliste, naturopathe et auteure. Son site ici !
 

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