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Femme Semencière

Témoignage : Stéphanie Mélous est une Femme Semencière

Deepika femme semencière
Stéphanie Mélous, femme semencière a rencontré Deepika Kundaji lors d'une Formation sur l’enrichissement des sols et la reproduction des semences libres
Anne Ghesquière
Anne Ghesquière
le 01 juillet 2013
Stéphanie Mélous, ingénieur, ne connaît rien au jardinage. Pourtant, elle ne trouve rapidement plus de sens à son mode de vie et décide de changer les choses. Aujourd'hui, elle est une Femme Semencière et agit au quotidien pour enrichir les sols et contribuer à la reproduction des semences libres. Témoignage.

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Deepika KundajiQuand Claire Chanut, du mouvement des Femmes Semencières, m’a parlé de la venue de Deepika Kundaji d’Auroville en France et de la formation qu’elle allait donner sur la reproduction des semences, j’ai bondi sur l’occasion.

J’appartiens à cette génération de femmes "modernes" qui ne connaît quasiment rien au jardinage. On a tendance à le classer dans la catégorie "loisirs ", le type d’activités tellement secondaires, qu’on laisse les années passer, entre nos études, nos boulots, nos enfants, sans pouvoir s’y mettre. Le temps libre est devenu tellement rare. Si peu de personnes ont ce temps-là, moi la première. Pourtant, j’ai décidé que les choses devaient changer. 

Stéphanie Mélous décide de travailler moins pour gagner moins, consommer moins et se tourner vers ce qui a vraiment de l’importance

Travailler pour payer, payer pour travailler. A la fin de mes études d’ingénieur, ma vision de la vie était très banale. Trouver un emploi, gagner de l’argent pour se loger, se nourrir, se faire plaisir, avoir des enfants, acheter une maison, s’endetter… Nous vivons tous plus ou moins sur ce modèle. Mais rapidement, je me suis ennuyée… Où est le sens dans tout ça?

L’absurdité de la situation m’a définitivement sauté aux yeux lorsque j’ai pris connaissance des prix exorbitants de l’immobilier dans la région lyonnaise. Pour conserver notre emploi dans cette région, nous aurions dû payer peut-être 200.000€ de plus que dans une région où les prix sont encore modérés, et pour avoir un terrain bien plus petit. 200.000€, cela fait pas mal d’années de travail non ? On se retrouvait dans la situation de devoir payer pour pouvoir travailler. Puis travailler pour pouvoir payer… Un peu étrange comme concept quand on y pense.

Puis j’ai étendu cela à tout le reste. La garde des enfants, l’achat de nourriture, la santé qui se dégrade à cause du stress et du manque de temps pour prendre soin de soi. En n’étant pas employée à temps plein, le temps que l’on récupère nous permet de nous occuper directement en grande majorité de nos besoins fondamentaux, de passer du temps dehors, de prendre soin de nos enfants, de nous éveiller à la beauté de la vie, de nous reconnecter à notre cœur, notre intuition.

Nous sortons de la prison que notre mental et nos schémas de pensée ont façonné pour nous.


Désormais, mon défi est donc de trouver un équilibre entre activité rémunérée et temps me permettant de développer mon autonomie. Le retour à la Terre fait partie de cette remise en question profonde. Jardiner permet de renouer des liens profonds avec la nature, avec les autres générations, de mieux comprendre les équilibres subtiles et fragiles qui sont en jeu, de comprendre l’aberration du système dans lequel nous évoluons et le mur dans lequel nous fonçons tête baissée par déresponsabilisation.

Nous avons confié à d’autres le contrôle de notre alimentation et nous en récoltons les fruits. Pesticides, OGM, appauvrissement des sols, pollution des eaux, disparition des abeilles, recrudescence des cancers, faillites et suicides des paysans, famines, perte d’autonomie alimentaire, tout cela ne peut plus durer. Le retour à une vie sobre et simple résonne tellement fort en moi que plus rien désormais ne peut m’arrêter.

Pour devenir une Femme Semencière, Stéphanie Mélous a suivi une formation sur l’enrichissement des sols et la reproduction des semences libres avec Deepika Kundaji 


La formation de Deepika était pour moi l’occasion de démarrer officiellement cette nouvelle vie. Quoi de mieux que de commencer par le tout début : l’enrichissement des sols et la reproduction des semences libres. Deepika est un merveilleux rayon de soleil.

Tellement de force, de courage, de détermination, de calme malgré les horreurs qui ravagent l’Inde. Archéologue de formation, elle a choisi d’intégrer le projet Auroville et d’abandonner ses études qui manquaient de sens à ses yeux.

"Pebble Garden" signifie "Jardin de cailloux". C’est la Terre qu’on lui a confiée à son arrivée. Trois hectares de terre désertique, des cailloux sur 3m de profondeur. Il s’agissait d’un projet complètement fou en lequel personne ne croyait. Ces terres, parmi les plus riches de l’Inde auparavant, sont devenues des déserts, totalement morts, où plus rien ne pousse, conséquence d’une déforestation et d’une agriculture devenues folles.

Replanter des arbres, créer des étangs, patiemment, attendre que les termites fassent leur œuvre afin de faire remonter la terre d’entre les cailloux. Maintenant, "Pebble Garden" est un jardin luxuriant qui permet la préservation d’une centaine d’espèces menacées.

Et la voilà, face à nous, nous racontant son histoire et son parcours incroyables. Nous, français, avons perdu ces connaissances, après plusieurs générations de déresponsabilisation.

Deepika, belle indienne du Sud, nous fait le précieux cadeau de son savoir et de son expérience, pour nous donner cet élan de retour au bon sens, à la Terre. Une liaison directe vers le passé. Je m’émerveille de la richesse et de la simplicité de son enseignement. Habituée à être enrelation avec des paysans peu instruits, elle a su s’adapter.


Qui contrôle les semences contrôle l’ensemble de la chaîne alimentaire et contrôle l’humanité. Dominique Guillet – Kokopelli

 

Cultiver son jardin avec semences libres reproductibles pour la biodoversité 

Cultiver son jardin à partir de semences libres reproductibles, et conserver les semences pour soi et les autres est un acte militant très fort, un acte de vie. Peu de personnes sont informées sur les enjeux liés aux semences. Et cela arrange bien les grandes multinationales qui peuvent ainsi continuer leur campagne de contamination et de désinformation.

Des milliers de variétés potagères disparaissent définitivement chaque année, car elles ne sont plus cultivées. Ces variétés sont le résultat de centaines d’années de sélections réalisées par les paysans et elles font partie du patrimoine de l’humanité. Ces variétés possèdent en elles une richesse précieuse.

Saveur, couleur, parfum, propriétés médicinales, apport nutritionnel, résistance à certaines conditions climatiques, ou à certains nuisibles… Tout cela disparaît avec elles. Ces semences portent en elle la promesse de la vie, l’assurance nourriture pour des communautés entières qui risquent désormais la famine, et n’auront plus d’autre choix que de migrer ailleurs, comme tant d’autres avant elles, les variétés « commerciales » n’étant pas à la hauteur de leur promesse.

Il est si facile de fermer les yeux sur ce qui se passe ailleurs dans le monde, et de se convaincre que cela ne nous arrivera jamais, confiants que nous sommes dans la nourriture que les grands centres commerciaux nous apportent sur des plateaux. Pourquoi cela cesserait-il ? Mais si cela cessait ? Toutes ces chaînes d’approvisionnement, de même que notre agriculture « moderne » dépendent du pétrole…

Nos beaux diplômes ne suffiront pas à nourrir nos enfants, ni les quelques maraîchers qui restent sur notre territoire. La vérité fait mal et elle fait pleurer. Mais ayons le courage d’accepter cette vérité, avec les difficultés qu’elle suppose, et les actions qu’elle suggère. Pour nos enfants, avons-nous vraiment le choix ?

La venue de Deepika en France est un appel à toutes les femmes et les hommes, pour qu’ils participent à cet élan incroyable de sauvegarde de notre patrimoine commun. Tel le colibri, que chacun fasse sa part. Cultivons nos jardins, et profitons-en pour reproduire nos semences, avec soin, afin de garantir leur préservation. Nous pouvons les reproduire pour nos proches, mais également pour le bénéfice de paysans à l’autre bout de la planète. Une grande chaîne de solidarité, qui peut tout changer.

Le plus drôle dans cette histoire, c’est que c’est tellement simple et ludique à faire. Planter une graine, s’émerveiller de voir la plante pousser, collecter les fruits, garder les semences. Chacun de nous peut le faire, doit le faire.

Si vous êtes intéressées par le Mouvement des Femmes Semencières, en attendant la création du site internet, vous pouvez rejoindre le groupe de discussion. 

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