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Grande interview

"Le sens ne s'apprend que dans la vraie vie", interview de l'auteur à best-seller Fabrice Midal

Anne Ghesquière, podcast métamorphose
La méditation simple pour guérir ses souffrances mentales : la grande interview avec Fabrice Midal.
DR
Audrey Etner
Par Audrey Etner
le 05 février 2021

Nous sommes dans un monde qui change, tremble, bascule, fait d’ordre et de chaos. Alors comment rester sereins quand la terre tremble sous nos pieds ? C’est la question que pose Fabrice Midal dans son nouveau livre paru chez Flammarion. Docteur en philosophie, écrivain, auteur de best-sellers, il nous apprend à soigner notre part blessée grâce à sa conception singulière de la méditation.


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FemininBio Magazine 32
(©Idix)

Cet article a été publié dans le magazine #32 janvier-février 2021

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Spécialiste des violences du quotidien et l’un des principaux enseignants de méditation en France, Fabrice Midal a le don de poser des mots simples et justes sur les enfermements de notre psyché. Après notamment Foutez-vous la paix et commencez à vivre, il revient avec son nouvel ouvrage, Comment rester serein quand tout s’effondre ?, qui arrive à point nommé pour mieux appréhender cette période chamboulée.

FemininBio : Vous dites que la méditation permet d’entrer dans la vie et de ne pas rester dans sa bulle. Pouvez-vous nous expliquer ?

Fabrice Midal : Nous avons comme image de la méditation le zen, le lâcher-prise, la détente. Il s’agirait d’être dans une attitude de pleine conscience, d’observer ses pensées et puis de les lâcher pour revenir à une sorte de calme intérieur. C’est le rêve que l’on puisse entrer dans une bulle qui nous séparerait enfin de la réalité, mais qui nous transmet finalement une forme d’impuissance. Dans la situation de crise que nous vivons, ce n’est pas du tout ce dont nous avons besoin.

Je crois qu’il existe une autre forme de méditation qui, à l’aide de techniques efficaces et profondes, nous permet de faire face aux difficultés du quotidien pour les transformer. Oui, selon moi la méditation permet d’entrer dans le mouvement de la vie au lieu de s’en couper.

Comment faire de la méditation un outil concret du quotidien ?

Certainement pas en la réduisant à un protocole que tout le monde suit et répète ! J’ai à cœur de transmettre des méditations très diverses permettant d’entrer en rapport avec ce qu’on ressent pour trouver des forces en soi que l’on ne soupçonnait pas. Car méditer est comme cheminer, il existe tant de manières de traverser les difficultés de l’existence !

Comment alors faire face à la souffrance ?

Aujourd’hui, la terre tremble et c’est extrêmement inquiétant. On a l’impression que de dire cela est négatif, et que de dire “tout va bien” est positif. Je voudrais démontrer que c’est exactement l’inverse. Essayez de prendre quelques instants pour examiner cela. Quand on se répète “il faut être positif”, n’est-on pas en train de se couper de la réalité ? Si votre enfant rentre de l’école angoissé et que vous voulez à tout prix rester positif, n’allez-vous pas manquer une occasion de pouvoir l’aider, et peut-être même, par votre ignorance, de créer un peu plus de souffrance ? Se dire “il ne va pas bien, comment puis-je me relier à lui ?” n’est-il pas une attitude en réalité bien plus positive ?

Notre manière de vouloir nous calmer nous enferme, nous empoisonne et nous rend malheureux, alors que nous ouvrir à la douleur est une première étape, honnête. “Là j’ai mal”, “là j’ai peur”, puis l’on sent en nous qu’on est prêt à rencontrer la situation. Dès lors on touche une dimension de confiance intrinsèque et on peut regarder davantage ce qu’il se passe avec une curiosité et une intelligence bienfaisantes.

>>A lire sur FemininBio : Méditer en se foutant la paix, avec Fabrice Midal pour 2021

C’est ce que vous entendez par la notion d’intranquillité ?

L’intranquillité existe. La refuser, c’est comme décider de se cogner la tête contre un mur au lieu d’essayer de trouver comment ouvrir une porte ! S’appuyer sur l’intranquillité pour aller de l’avant n’est certes pas facile mais c’est ça la vie, et c’est ce qui nous rend heureux. Ce que j’ai compris de la sérénité est qu’on peut l’atteindre sans attendre que tout aille bien. Nous pouvons apprendre à travailler avec les situations. Nous n’avons pas à aller mal parce qu’il pleut ! Il est des chagrins, des douleurs qui se transforment. En voulant fuir les difficultés vous apprenez à être impuissant face aux difficultés. C’est au contraire en les rencontrant que vous pouvez trouver une force. Oui, vraiment, nous nous sommes trompés sur ce qu’est la sérénité, et il vaut la peine d’en découvrir l’autre face.

Comment apprivoiser nos émotions en les accueillant dans notre corps ?

Voilà en effet, une étape essentielle ! Nous ne savons pas rencontrer ce que nous vivons avec suffisamment d’écoute et d’intelligence. Passer par le corps est très aidant. Et c’est pourquoi je suis aussi critique avec la notion de “pleine conscience. Nous avons besoin d’une présence qui inclut nos sensations, nos émotions, notre corps. C’est essentiel. Nous sommes tous bien trop prisonniers de notre cortex préfrontal qu’est la conscience !

Vous insistez sur l’importance de l’espoir pour être serein ? C’est surprenant, car la spiritualité nous apprend au contraire à être libre de l’espoir et de la peur.

En effet. Encore une fois, nous vivons avec ce “logiciel” qu’il faut être calme et serein, sans nous rendre compte que cette vision est tellement abstraite. Personne ne peut vivre ainsi. Nous avons tous besoin d’avoir de l’espoir pour nous lever le matin, et ceux qui disent le contraire se méprennent sur eux-mêmes.

L’espoir a mauvaise presse. Il est considéré comme une naïveté. Il convient d’être dans le réel, C’est une aberration. Maintenant il faut redéfinir l’espoir. On croit à tort que l’espoir est une certitude en l’avenir. J’ai de l’espoir parce que je sais que demain tout va être comme je le veux. Ou pourquoi aurais-je de l’espoir vu la situation catastrophique de notre monde ? Non, tout cela n’est pas de l’espoir mais des prévisions hasardeuses. C’est pourquoi je propose de partir de cette phrase de Martin Luther qui dit “Si l'on m'apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier.” Elle signifie que je ne renonce pas à ce qui est le plus beau de l’humain : donner la vie, parier pour la vie. Avoir de l’espoir, c’est aller chercher en soi ce qu’il y a de plus beau, de plus ouvert, de plus vivant, et agir en ce sens. Et comme on ne peut jamais être sûr du futur, peut-être que notre action pourra changer le cours des événements.

C’est l’imprévisibilité de la vie qui nous rend en réalité pleinement vivant, humain ?

Oui, c’est une manière d’apprendre de la réalité qui semble très surprenante. Pourtant, depuis l’origine Socrate pense la philosophie comme une manière d’inquiéter les gens pour qu’ils soient vivants et libres. Nous apprenons tous des désordres, des ruptures, des échecs. Il nous faut nous réconcilier avec un modèle dynamique de sagesse.

Cela permet aussi de repenser le sens ?

Le sens est une boussole, et non un GPS. Nous voudrions un sens figé, mais le sens est vivant, car on y met du cœur.
Je voudrais partager avec vous le moment le plus fort que j’ai vécu pendant le confinement. En réponse à mes vidéos de soutien j’ai reçu un jour le message d’une femme. Elle me raconte que sa toute jeune fille réalisait à ce moment son premier stage d’infirmière. Un jour, elle se retrouve avec une femme qui venait de mourir, et dont le corps devait être mis dans un sac, car c’était la procédure. Face à cette situation terrible, elle se dit : “Je ne peux pas laisser cette femme qui vient d’agoniser comme ça”. Alors elle sort un peigne, et prend son temps de recoiffer cette dame. Lorsqu’elle en témoigne à sa mère elle ajoute: “Je ne sais même pas pourquoi j’ai fait ça mais je ne pouvais pas faire autrement.” Cela m’a bouleversé. Voilà le sens, c’est magnifique ! Nous pouvons tous préserver le sens !

>>A lire sur FemininBio : Écouter notre intuition dans les moments de souffrance


À ce moment de la crise, on ne pouvait plus enterrer les morts. Cela me hante car on a touché là quelque chose d’inédit anthropologiquement, qui me fait penser à Antigone, prête à mourir plutôt qu’on laisse son frère sans sépulture. Et cette jeune fille, du plus profond d’elle-même, sent ce qu’elle doit faire, sans savoir vraiment ni pourquoi ni comment. C’est ça la sérénité, c’est magnifique. J’insiste, pour moi là est la sérénité : faire quelque chose de vrai, de juste, qui fasse sens, qui préserve l’humanité. Et non s’enfermer dans sa bulle en se regardant le nombril en pleine conscience. Le sens ne s’apprend que dans la vraie vie.

Enfant vous vous cachiez tant vous vous sentiez “comme un dindon incompétent pour vivre dans ce monde”, puis vous découvrez que cette faille vous a rendu humain. Racontez-nous.

Oui, je suis ce qu’on nomme aujourd’hui un hypersensible extrême. Et c’est sans doute pourquoi je tiens ce discours. Pour un hypersensible, essayer d’être calme, de pratiquer la pleine conscience c’est non seulement peine perdue, mais suicidaire. Et je parle d’expérience ! Nous avons, nous, les hypersensibles, des méditations qui nous permettent de rencontrer notre sensibilité avec écoute et tendresse et pas en l’observant à distance.

Aujourd’hui on a l’impression que la spiritualité est un billet pour partir dans un au-delà de totale sécurité. Mais à mon sens, la vraie spiritualité, c’est de sentir qu’on est en exil. Ce dont parlent les grands textes, c’est d’ouvrir une forme de nostalgie pour une dimension d’amour plus ultime et plus profonde que nous cherchons tous sans nous en rendre compte. Plus nous sommes ouverts à cette blessure, plus nous sommes humains.

Au début, notre fêlure nous semble insoutenable, et peu à peu on apprend que c’est le lieu où l’on peut rencontrer l’humanité entière, et sentir que nos difficultés ne sont pas que les nôtres. On peut partager nos larmes, et si on ne peut enlever la souffrance, une consolation est possible, qui ne met pas hors d’elle la douleur, mais au contraire l’honore. C’est très profond. C’est ce qu’on a besoin d’apprendre.

Retrouvez l'intégralité de cet entretien avec Fabrice Midal au micro d'Anne Ghesquière dans Métamorphose, le podcast qui éveille la conscience.

(©Editions Flammarion)

Son livre :

Comment rester serein quand tout s'effondre, de Fabrice Midal, paru aux éditions Flammarion, 2020.

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