Animaux

Brigitte Gothière de L214 nous parle de la cause animale, vegan et d'activisme

Publié le 11 juillet 2018 - Mis à jour le 12 juillet 2018
Curieuse de tout, piquée d'écriture. Fan des gens, et surtout des gens bien. Sur le chemin. Directrice @FemininBio.
Imaginer un monde vegan pour demain avec L214
Imaginer un monde vegan pour demain avec L214
© Annie Spratt / Unsplash

Des boucheries caillassées par des militants vegan ? L’info a de quoi choquer tant elle s’oppose aux valeurs de respect et de bienveillance prônées par le mode de vie vegan. Nous avons souhaité faire le point sur la situation et sur la cause animale au sens large avec Brigitte Gothière, cofondatrice de l'association de défense animale L214.

Brigitte Gothière, cofondatrice de L214
Brigitte Gothière, cofondatrice de L214
Que pouvez-vous nous dire de ces attaques récentes attribuées à des militants vegan ?
J’avoue avoir été très surprise de ces actes. Je ne connais pas ces personnes mais il est clair que les fondements de notre action reposent sur la bienveillance. Bien sûr, nous tenons un discours militant assumé dont le message principal est que nous nous comportons de façon très violente envers les animaux et que la meilleure solution pour les animaux, l’homme et la planète, c’est d’être vegan. Mais nos actions ne sont jamais violentes et appellent au dialogue et au changement.

Parlez nous de vos actions en cours au sein de L214
Nous menons 2 types d’actions : des actions pour dénoncer la situation, et d’autres qui sont des propositions pour changer de mode de vie.

Côté proposition, depuis trois ans nous menons 2 campagnes phares :
Vegan pratique : un site qui regroupe recettes et conseils nutritionnels donnant des pistes pour changer de mode de vie, un veggie challenge de 21 jours, une lettre d’infos contenant des conseils pour démarrer etc.
VegOresto : une initiative à l’attention des restaurateurs, leur expliquant comment répondre facilement à une demande croissante de personnes diminuant leur consommation de produits animaux, en leur faisant signer une charte qui les engage à proposer une offre vegan permanente.

Nous sommes heureux de constater que nos actions tournées vers les solutions intéressent de plus en plus.

Menez-vous des actions conjointes avec d’autres acteurs du changement ?
Oui bien sûr, notre but est de rassembler au maximum autour de nos sujets. Nous menons des actions conjointes avec AVF, le Collectif animal politique, des associations environnementales également. Avec Greenpeace par exemple, nous avons des échanges sur la loi alimentation, et nous étions ravis de relayer leur communication sur la carte scolaire de la viande dans les cantines. Nous partageons une même envie de changer le monde.

Où en est selon vous la prise de conscience au niveau des consommateurs ?
La question du bien-être animal est en bonne position en France. On note un léger changement dans les habitudes alimentaires. Mais il est bien identifié, notamment par les entreprises de l’agro alimentaire qui proposent de plus en plus de choix végétariens et vegan. Chaque pas vers une diminution de la consommation de produits animaux peut avoir des répercussions sur la production.

Pour nombre de personnes il s’agit également d’un engagement éthique et citoyen puisqu’environ 60% des gens se disent désormais qu’il faut manger moins de viande. Et pour nous, cette prise de conscience est très importante, car cela ancre différemment l’engagement à le faire. Décider de manger moins de viande pour des raisons éthiques est un engagement moral plus fort que celui de la santé où l’on est face à soi-même… Il n’y aurait plus de fumeurs par exemple, si la santé était un fort levier de motivation !

L214 a une image très “dure” auprès du grand public, dans le sens où vos messages sont très directes et vos images choquent. Pourquoi ce choix de communication ?
On nous reproche de culpabiliser les gens. Notre objectif est de dénoncer un système et des pratiques. Chacun a cette voix de la conscience et de la cohérence qui lui appartient. Face à soi-même, on ne peut plus trouver d’excuses, d’autant que nous n’avons plus le confort de ne pas accéder à l’information. Selon moi, l’association reste mesurée dans ses propos malgré l’urgence et la gravité de la situation.

Vous menez en ce moment une action avec Sophie Marceau pour interdire l’élevage en cage des poules pondeuses. En quoi sa célèbre voix peut mieux servir la cause des animaux ?
Pour nous son engagement à nos côtés est très important. Cela permet de montrer que tout le monde peut s’intéresser à la question, et qu’il ne s’agit pas de sensiblerie mais de justice, d’équité, de bienveillance. Cette crédibilité qu’une personnalité connue peut apporter à la défense des animaux accompagne également les images, forcément dures.

Nous remercions Sophie Marceau qui a immédiatement répondu à notre appel, de façon très simple. De nombreuses personnalités nous suivent désormais sur les réseaux sociaux, et certains viennent s’engager à nos côtés. Ce fut le cas de Matthieu Ricard, ou encore Lolita Lempicka.

Et vous Brigitte, d’où vient votre engagement ?
J’aspire à vivre ma vie du mieux possible mais je ne suis pas née militante. Je pense que mon engagement vient de mes parents que j’ai toujours beaucoup vu aider les autres, donner des cours du soir,, tendre la main.

Personnellement je me suis d’abord engagée sur la question humanitaire et ce dès le lycée. A 17 ans, j’ai rencontré Sébastien (Arsac, co-fondateur de L214 avec Brigitte ndlr) sur les bancs de l’école, petit fils d’éleveur et de boucher. Lui aussi fut élevé dans la solidarité et la générosité, au milieu d’animaux. Il était contre la corrida, la chasse, puis éveillé par ses lectures sur les civilisations qui ne mangeait pas d’animaux. Il a donc eu cette prise de conscience que nous n’avions pas cette obligation de les tuer et c’est ainsi que tout a démarré pour nous.

Nous étions seuls, isolés, puis nous avons rencontré d’autres militants sur la question animale. Dans les refuges, nous nous sommes rendus compte que les actions étaient limitées aux situations d’urgence, pour sauver les animaux. C’était déjà très bien mais nous avions envie de changer les choses à un niveau plus élevé pour que cesse ce mode de production et de destruction appliqué à des êtres vivants. La rencontre avec les militants lyonnais et la lecture des Cahiers antispécistes ont été déterminants pour notre engagement.

Décrivez-nous le monde vegan que vous imaginez pour demain ?
Aujourd’hui, on nous construit dès l’enfance un univers où la viande est incontournable. Ne pas en manger revient à faire preuve d’une sensiblerie exacerbée, ou à prendre de grands risques de carences.  

Soulignons que même si manger de la viande était absolument indispensable à notre santé, ce qui n’est pas le cas, rien ne justifie les conditions d’élevage et d’abattage que l’on fait subir aux animaux actuellement.

L’enjeu n’est-il pas l’éducation de nos enfants vers un autre mode de consommation ?
Si bien sûr, et nous avons d’ailleurs créé L214 éducation pour cela, qui propose des interventions dans les écoles. Nous y abordons l’éthologie, les sciences cognitives et les besoins des animaux, leur mode de vie etc. Pour les plus grands, on s’insère dans les programmes scolaires sur le thème de “Nourrir l’humanité avec humanité”. Enfin il est important que la restauration collective amorce son évolution en proposant des menus sans viande.

La question à se poser est : comment vivre demain avec les animaux en bonne intelligence ? Il ne serait bien sûr pas possible aujourd’hui de relâcher les animaux d’élevage, factuellement et culturellement. Mais l’idée est de diminuer les naissances, puisqu’aujourd’hui les animaux qu’on mange sont “produits” par insémination artificielle. En parallèle, il est important de développer toutes les options vegan et d’inviter à une évolution culturelle culinaire pour que la transition soit simple pour chacun.

Selon moi il va se développer des sanctuaires où l’on verra vivre des animaux sous la tutelle d’humains qui les accompagnent. Nous pouvons mettre en place des formes de coopération avec eux, comme des paysages entretenus par les animaux en échange du “gîte et du couvert”. Ce monde pourra se dessiner tous ensemble. Notamment avec les personnes qui vivent aujourd’hui de l’exploitation des animaux et qui bien souvent ont au départ choisi ce métier pour vivre auprès d’eux.

Bien sûr, nous nous engageons dans une évolution qui prendra plusieurs générations. Pour se projeter dans cette révolution douce je vous recommandele livre Zoopolis de Sue Donaldson et Will Kymlicka.

 
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