20 questions to the world

20 questions to the world : l'interview de Monica

Publié le 9 novembre 2018 - Mis à jour le 16 novembre 2018
Cyril Bruyelle est le créateur du reportage humaniste 20 Questions to the World. Il est diplomé de l'ESCP Europe en 2012 et a travaillé dans divers secteurs comme la microfinance, le conseil en stratégie, et l'industrie musicale avant de lancer 20 Questions to the World en 2016.
"Mon arrière grand-mère m'a initiée à l'amour inconditonnel"
"Mon arrière grand-mère m'a initiée à l'amour inconditonnel"
© Cyril Bruyelle

"20 Questions to the World" a rencontré Monica, patissière à Détroit aux USA. Elle s'est livrée au jeu de l'interview humaniste. Et dès aujourd'hui, sur notre page Facebook, vous pourrez répondre à la question que Monica a souhaité poser à l'humanité !

Monica est née en 1977 à Détroit dans le Michigan. La ville, qui fut un temps le fleuron de l’industrie automobile américaine et mondiale, est en situation de crise économique quasi permanente depuis les années 50. Monica, comme beaucoup d’autres, a dû s’exiler pour trouver du travail. C’est à Miami qu’elle ira, accompagnée de son mari, pour travailler dans les cuisines de restaurants. Pendant plusieurs années, le couple travaille nuit et jour pour joindre les deux bouts. « Les plages de Miami ? Je ne les connais pas, nous n’avons jamais eu le temps d’y aller » me confit-elle.  Monica a décidé de rentrer à Détroit depuis quelques années pour tenter d’y ouvrir sa pâtisserie. Quand nous l’avons rencontré, sa cuisine se trouvait dans son garage et elle fournissait les boulangeries de la ville de gâteaux en tout genre. Pour son plus grand bonheur, elle est aujourd’hui devenue la cheffe pâtissière du restaurant Lady of the House de Détroit, une adresse prisée de la ville.

Qu’est-ce que vous vouliez faire quand vous étiez enfant ?

Je voulais tout faire ! Astronaute, danseuse de ballet, et même biologiste marin. Je me suis rendu compte qu’il fallait être bon en maths, ce qui n’était pas forcément mon point fort. Puis, petit à petit j’ai réalisé que c’est la cuisine qui me passionnait. J’ai grandi dans l’univers de la nourriture. Mes grands-parents avaient un très grand potager, et cela m’a permis de nouer une relation particulière avec la nourriture. C’était une inspiration quotidienne. Aujourd’hui, je fais ce que j’aurais dû faire depuis le début.

Avez qui aimeriez-vous boire un café ? 

Mon arrière-grand-mère. [Monica se met à pleurer, en souriant]. Elle a énormément influencé ma philosophie de vie. Elle m’a initié au concept « d’amour inconditionnel ». Il n’y en a pas assez dans le monde. Je voudrais donc simplement la remercier et entendre d’autres de ses histoires, en savoir plus sur ce qui l’a conduit à être une personne si ouverte.

Si vous pouviez faire enseigner quelque chose dans toutes les écoles du monde, qu’est-ce que ce serait ?

Tout le monde devrait apprendre à être serveur. Je l’ai été pendant 15 ans. Je juge les gens en fonction de la manière dont ils traitent les gens qui leur servent à manger. Cela demande aussi beaucoup de travail pour réussir à tout gérer à la fois, à garder son calme quand les gens ne sont pas agréables avec vous ou quand les choses ne vont pas. Il faut aussi réussir à communiquer, sans paraître fatigué quoi qu’il arrive. Je pense que si toutes les personnes de ce monde faisaient ça pendant, disons, 6 mois, les gens se traiteraient beaucoup mieux entre eux. 

Quelle est pour vous la principale caractéristique commune à l’être humain ?

Je pense qu’il s’agit du besoin de se sentir appartenir à une communauté, le sentiment d’appartenance. Je pense que tout ceux qui disent qu’ils ne l’ont pas, ont construit un mur trop épais, et que ce sentiment est sûrement là, caché en eux.

Selon vous, quelle est la personne la plus heureuse du monde ?

Dur à dire. Tout le monde vit de quelque chose ou pour quelque chose. Ce que l’on peut voir de l’extérieur ne reflète pas forcément la vérité. Je suis plutôt heureuse. Je ne connais pas la réponse à cette question.

Si vous étiez président des Etats-Unis, quelle serait votre première réforme ?

Arrêter de dépenser de l’argent pour les guerres, commencer à dépenser de l’argent pour les gens ici, qui en ont besoin. Il y a tellement de gens sans domicile fixe et d’anciens combattants qui ne reçoivent pas ce qu’ils méritent pour avoir servi notre pays et qui en souffrent. Nous devons prendre soin de ces gens. Trop de gens sont laissés pour compte. Leur santé mentale est un vaste problème, beaucoup d’entre eux sont à la dérive. J’essayerais de développer plus de programmes qui rendent les gens invisibles à nouveaux visibles.

De quoi avez-vous besoin ?

Rien. [Rires] Je suis tout à fait satisfaite en ce moment. J’ai un petit business, ce dont j’ai rêvé pendant des années. J’ai un mari formidable qui prend pleinement soin de moi et me fait passer en première. Je lui suis tellement reconnaissante, il est extraordinaire. J’ai une nouvelle famille depuis que je me suis mariée. J’ai aussi ma famille « d’amis », que j’ai choisi au cours de ces 20 dernières années. Ils sont incroyables. J’ai un associé formidable, un toit au-dessus de ma tête, des chiens et des chats très mignons ... je n’ai vraiment besoin de rien.

Que feriez-vous si l’on vous donnait maintenant 1 million de dollars ?

J’en utiliserais une partie pour mon entreprise. J’achèterais une maison, afin de m’enraciner. Mais j’aimerais surtout développer un programme qui enseigne la cuisine aux enfants. C’est un travail manuel et ça peut mener à une belle carrière. J’aimerais faire quelque chose qui redonne un peu d’espoir et quelque chose qui rende ma ville meilleure.

Quelle innovation, réaliste ou non, faciliterait grandement votre quotidien ?

Un four à convection. [Rires] Ma vie tourne autour de la cuisine principalement. La cuisine et la danse que je pratique plusieurs soirs par semaine. Donc si je pouvais avoir un beau four à convection, un grand, ça rendrait ma vie plus simple.

Quelles sont les informations qui vous touchent le plus dans votre pays et pourquoi ?

Plus ou moins tout ce qui implique Trump. Je suis en colère et frustrée en le regardant tout détruire. Il est en train de changer le tissu de la société américaine, à tel point que les gens pensent qu’il est normal d’être méchant les uns envers les autres. Je pense que la seule manière dont nous allons pouvoir nous en sortir est, au contraire, d’être bons les uns envers les autres. On n’arrive pas à être bon entre nous alors, comment pourrons nous l’être avec le reste du monde ? Nous sommes sensés être une super nation mais aujourd’hui nous agissons comme des enfants. C’est ridicule.

Si vous deviez créer une entreprise, ce serait quoi ?

Moka. M.O.K.A c’est l’acronyme de Monica mon prénom et celui de mon associé, Kacy. Nous sommes encore petits aujourd’hui, mais l’année prochaine, j’espère que nous aurons notre propre boutique.

De quoi avez-vous peur ?

Les insectes… [Rires] Beaucoup de choses qui m’effrayaient ont fini par arriver mais je suis toujours là. Je vois les choses avec optimisme et je reste pleine d’espoir pour le futur. Si quelque chose d’encore pire doit arriver, je le surmonterai. Il suffit d’y aller jour après jour.

Fermez les yeux, vous êtes en 2100, que voyez-vous ?

Beaucoup moins de gens et une société moins consumériste avec le développement de système de trocs qui dépendant des gens. J’imagine et j’espère un plus grand esprit de communauté. 

Pourquoi dites-vous moins de gens ? 

Nous sommes trop nombreux. Il y a trop de gens qui utilisent trop de ressources sans bonne raison. C’est une course sans fin. 

Quelle est la plus belle chose que vous ayez vu dans votre vie ?

Vivre à Miami pendant 5 ans. Nous étions tellement occupés. Nous cuisinions, donc nous travaillions 50-60 heures par semaine. Nous ressemblions à des vampires. Nous ne parvenions jamais à admirer les plages magnifiques, le soleil, l’eau… sauf la nuit. Je pense que c’est ce qu’il y a de plus beau. La plage avec les reflets de la lune sur l’eau.

Si vous deviez écrire un livre sur le monde d’aujourd’hui, quel titre lui donneriez-vous ?

« N’oubliez pas le passé»

Quelle est la spécificité culturelle américaine qui vous rend la plus fière ?

La musique. Vraiment. Spécialement venant de Detroit. Notre culture musicale a fait naître plein de genres différents au cours du temps. La musique a le pouvoir de transformer et de rendre le jour le plus triste le plus heureux. Donc oui, la musique.

Si vous pouviez faire n’importe quel métier, sans rapport à l’argent, que feriez-vous ?

Je le fais. Ma vie était en train de partir en éclat, donc je me suis dit « quittes Détroit » Quand je suis arrivée à Miami je ne savais pas ce que j’allais y faire, je savais juste que je devais partir. Mon école de rêve s’avérait être à 7 rues de là où j’ai déménagé. Cela fait 5 ans que je me concentre sur mes rêves, parce que c’est ce que je veux faire pour le reste de ma vie.

Avez-vous la sensation que votre vie est plus simple ou plus difficile que celle de vos parents ?

Plus simple ou plus difficile est tellement négatif. Je ne pense pas qu’il y avait quelque chose de mauvais dans la manière dont ma mère vivait. Je vis différemment. Je pense que je fais de meilleurs choix, je pense que je vis avec plus de moyens que ma mère. Mon père ne fait pas partie de la photo, nous n’allons même pas le mentionner. A la fin de la journée, ce qui compte le plus, c’est comment tu te comportes avec les autres. Ma mère rendait les gens heureux, tous les jours. Moi je donne simplement du sucre aux gens, elle, elle aidait vraiment les gens. Donc peut-être qu’elle vivait mieux que moi. Qui sait ?

Si vous deviez décrire notre planète à un extraterrestre, que lui diriez-vous ?

Notre planète ou les choses qui se passent sur notre planète ?
C’est principalement de l’eau, donc c’est bleu et joli. Différents degrés de température. Beaucoup de vies différentes à observer. Il y a des créatures à deux pates qui pensent être en charge de tout, mais je ne pense pas qu’elles le soient vraiment. C’est comme ça que je la décrirais.

Et vous, quelle question aimeriez-vous poser au monde entier ?

« Quelle est selon vous la plus belle qualité de l’Homme ? »

En savoir plus sur le projet : 20 Questions to the World.

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