Interview

Blues du dimanche soir: comment le dépasser?

Publié le 9 décembre 2016
Les dimanches peuvent aussi être ensoleillés
Les dimanches peuvent aussi être ensoleillés
© Pixabay

Dans son livre co-écrit avec Gautier Bouchaud, le Dr Florian Ferreri nous apprend à « Vaincre le blues du dimanche soir ». Le dernier jour de la semaine n'est pas toujours une sinécure. Rencontre avec cet auteur psychiatre pour dédramatiser le fléau de la « journée pantoufle » qui touche beaucoup d’entre nous.

Le blues du dimanche soir est un phénomène plutôt commun et qui peut sembler banal. Pourtant il gâche la vie de quelques-unes d’entre nous. Pourquoi en avoir fait le sujet de votre livre ?
Le projet de ce livre part lui même d’un constat simple. Plus précisément d’une plainte d’un ami qui me confiait que le pire jour de la semaine pour lui était le dimanche. Après cela, en posant la question de façon plus systématique et en essayant d’apprécier ce qui ressortait de mes patients, je me suis aperçu que c’était quelque chose d’extrêmement fréquent.

Le but de ce livre n’était pas uniquement de décrire ce phénomène mais aussi de l’expliquer de manière légère et surtout d’apporter des solutions pour éviter ce sentiment, certes qui n’est pas grave, mais qui est désagréable et qui peut revenir toutes les semaines… 

Pouvez-vous estimer le nombre de personnes qui sont touchées par ce blues du dimanche ? 
Aucune étude épidémiologique n’a encore été réalisée sur le sujet mais on peut estimer que environ 50% de la population française est touchée par ce phénomène. Cela veut dire que dans toutes les familles, au moins un membre est directement concerné par ce sentiment et peut citer quelqu’un dans ce cas. Il suffit parfois qu’une personne à la maison ressente ce blues pour que cela compromette un petit peu l’ambiance générale de cette journée, qui devrait être un moment agréable et de détente. 

Comment ce sentiment s’est-il immiscé dans notre société ? Est-il particulièrement français ? 
Ce n’est pas forcément un mal français. Même s’il est encore peu décrit, on sait que c’est un mal multifactoriel qui prend ses origines dans les rythmes de la société qui se sont imposés à chacun d’entre nous au fil des siècles. Il faut aussi creuser du côté de l’origine du stress : certaines personnes vont se replonger trop tôt dans leurs soucis professionnels et y penser de façon envahissante dès le dimanche. Elles ne vont alors plus être capables de profiter de leur entourage et de leur journée car elles sont déjà en train de réfléchir à leur réunion du lundi matin.

Il y a probablement d’autres raisons notamment des raisons d’organisations. Si l’on prévoit un certain nombre de choses à faire le weekend en réservant pour le dimanche toutes les corvées à faire, que ce soit le ménage, les factures ou les devoirs des enfants, on fini forcément par détester cette journée… à cause d’une organisation catastrophique.

Pour d’autres personnes, ce problème peut être lié à la chronobiologie, aux changements de rythme. Par exemple, dormir beaucoup plus le dimanche matin peut entrainer un sentiment désagréable au réveil et l’impression que la journée ne commence jamais vraiment, nous cantonnant à une espèce de « spleen ». Sans l’énergie de faire quoi que soit, c’est finalement une journée perdue et on se retrouve comme désynchronisé. C’est là que c’est douloureux car il y a encore beaucoup de temps pour s’ennuyer mais pas suffisamment pour faire des choses agréables.

Enfin, l’une des raisons de ce spleen est le fait de ne pas accepter l’ennui et de comparer sur les réseaux sociaux, sa vie à celle des autres qui semble beaucoup moins banale. Cela peut être une impression douloureuse pour certaines personnes. 

Certaines personnes sont-elles plus sensibles à ce sentiment ? 
Les enfants. Ils ont un rythme imposé difficile, avec des contraintes en semaine et peuvent être nostalgiques de leur weekend. La garde partagée, l’internat… ces changements de rythme demandent à chaque fois un temps d’adaptation. Les facteurs personnels entrent également en jeu, varient selon la personnalité de l’enfant et les facteurs extérieurs comme sa situation familiale ou même la météo. Ce sentiment peut ou non passer avec l’âge ou même surgir à l’âge adulte, à cause des contraintes professionnelles.

Ce n’est pas un problème qui touche plus les femmes que les hommes. Mais il concerne vraiment toutes les générations y compris les retraités qui, même s’ils n’ont pas un rythme de travail imposé, doivent se rendre disponibles pour leur entourage. Et ils ont des rythmes extérieurs comme tout le monde : l’ambiance sur le marché le dimanche matin contraste avec le calme de l’après midi, provoquant une baisse de moral. Tout ça joue !

5 conseils simples mais efficaces pour ne plus subir le dimanche ? 
- Un peu d’organisation, pour les enfants notamment. Passer 15-20 minutes le vendredi soir à regarder les devoirs à faire pour mieux anticiper et ne pas stresser le dimanche. On peut même commencer doucement les devoirs le vendredi, en lisant sa poésie… 

- Pour les adultes, éviter de cantonner les choses agréables au vendredi et samedi soir, ne pas hésiter à programmer des choses agréables le dimanche, pas forcément trop tard car le réveil du lundi pourrait être difficile.

- Pour les personnes qui ont du mal à démarrer leur journée, mettre éventuellement un réveil de sécurité, même si ça paraît être une torture le weekend. Et surtout se réveiller franchement ! On peut garder les mêmes habitudes matinales que dans la semaine ou bien s’exposer à la lumière extérieure notamment en programmant une activité physique.

- Trouver un rituel agréable du dimanche. Prévoir des choses réservées au dimanche que l’on n’a jamais le temps de faire la semaine : organiser un gouter ou un apéritif, ou même la contraction des deux, le « slunch », ou bien un jeu avec les enfants. 

- Pour les personnes trop prises par leur travail, s’imposer de ne pas vérifier les mails dès le dimanche après midi, couper un peu son activité professionnelle. Si cela vous semble impossible, ne procrastinez pas « parce que c’est dimanche » et faites le vraiment. Mieux vaut le faire et commencer plus tôt sa semaine, quitte à partir plus tôt le vendredi si cela est possible.

Pourquoi ce titre « Vaincre le blues du dimanche » ?
Vaincre c’est l’idée que l’on peut y arriver. C’est vrai que l'on survit de toute façon à son dimanche. Beaucoup de personnes nous disent « je n’avais jamais vraiment identifié ce problème mais maintenant que je le sais, j’ai l’impression que ça va mieux. » Savoir que ça peut exister et s’activer pour, peut faire changer les choses.

Il faut voir ça comme quelque chose qui peut être utile à son développement et qui n’est pas grave, contrairement à la dépression. Le livre est plein de conseils, toutes les générations peuvent y trouver une recommandation adéquate pour vivre mieux ce jour qui est à la base agréable. 

Un mantra positif pour nos lectrices ?
Si on s’organise pour que les choses se passent bien, elles se passeront bien car finalement, on s’en sort toujours. 

Vaincre le blues du dimanche soir
Florian Ferreri et Gautier Bouchaud
Editions Hachette Bien-être
17,90 €. 

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