Écriture

Bien écrire, ça s'apprend

Publié le 16 décembre 2016
Il est important d'avoir le dos droit pour bien écrire.
Il est important d'avoir le dos droit pour bien écrire.
© photl

L'écriture occupe une place centrale dans notre système scolaire et, par ricochet, dans la construction de soi. Pour certains enfants, le geste scripteur est loin d'être une évidence. Comment les aider à trouver confiance en eux ? Rencontre avec Stéphanie Couturier, psychomotricienne, sophrologue et graphomotricienne.

Auteur du livre Aider son enfant à être à l'aise avec l'écriture (éditions Marabout), Stéphanie Couturier entretient avec l'écriture une relation passionnée. C'est une histoire de famille, puisqu'elle a été émerveillée, petite, par les cahiers d'écriture de sa grand-mère, où les lettres étaient tracées avec soin à la plume. Aujourd'hui, convaincue qu'être à l'aise avec son écriture est essentiel pour construire la confiance en soi, Stéphanie Couturier accompagne les enfants qui ont des troubles d'écriture.

Pourquoi le cursif est si important en France ?
Le cursif, c'est-à-dire l'écriture liée, est enseigné dès le primaire. L'écriture scripte (détachée - NDLR), bien que plus facile car elle permet de relâcher la tension entre deux lettres, est par conséquent plutôt mal vue par les professeurs. L'écriture cursive est représentative d'un certain art de vivre : en France, on aime les choses précises, bien faites, qui prennent du temps et obligent à se poser.

Vous avez admiré les cahiers de votre grand-mère. Qu'est-ce qui vous a marquée dans ces pages noircies à la plume ?
Quand j'étais petite, mon père m'a montré avec fierté les cahiers d'écriture de sa mère. J'ai été frappée par la présentation, l'écriture : c'était des cahiers sublimes. Le geste était extrêmement travaillé, car l'utilisation de la plume et de l'encrier obligeait à maîtriser le geste, la retenue, le tracé, la régulation du tonus. Ces quatre piliers de l'écriture étaient largement enseignés. 

Telle que vous la présentez, l'écriture est donc une activité très physique…
Disons plutôt que c'est très corporel. Tout le haut du corps est impliqué dans le geste d'écriture, des doigts à l'épaule, en passant par le poignet, le bras. J'irai même plus loin puisque la posture est importante : le dos doit être droit pour ne pas bloquer le mouvement. Mobiliser tant d'énergie n'est pas contradictoire avec le fait que l'écriture soit un geste très précis, d'ailleurs il s'affine avec le développement moteur de l'enfant. 

A quel âge un enfant rentre-t-il dans l'écriture ?
Le geste d'écriture se met en place à la maternelle avec les gestes pré-scripturaux : traits, boucles, lignes brisées… En fait, dès l'âge de 2 ou 3 ans, on sait si son enfant sera droitier ou gaucher. La latéralité se pose complètement vers 6-7 ans, ce qui tombe bien puisque c'est le moment où, à l'école, on apprend l'écriture. Il est très important de prêter attention en maternelle à la bonne tenue du crayon. Après le CP, il est trop tard pour intervenir sur ce point, il faudra travailler avec. C'est délicat, mais c'est aussi un indice : si un enfant tient mal son crayon, c'est souvent pour compenser une autre difficulté.

Il faut cependant un certain temps avant que l'on acquière son écriture définitive...
Vers 11 ans, un enfant a une maturité corporelle pour avoir un geste scripteur assuré. On peut alors tracer et trouver son écriture. Sauf que cela coïncide avec l'entrée dans l'adolescence. Les enfants vont construire leur identité en copiant leurs amis, leurs parents et cela se reflète aussi dans leur écriture. J'ai remarqué que mon  fils de 11 ans a pris dans mon écriture certains tracés. Des fois, je dois réfléchir pour savoir qui a écrit. C'est perturbant dans le sens où je retrouve un peu de moi ailleurs. En même temps, je trouve super chouette qu'il veuille me copier ! Je sais qu'en bout de course, son écriture propre s'installera progressivement.

Vous dites que l'écriture est aussi une activité émotionnelle. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Tout ce qui peut freiner l'expression d'une personne se reflète dans l'écriture. Par exemple, un enfant qui manque de confiance en soi aura peu d'appui dans le tracé. A l'inverse, un enfant qui manque de maîtrise du geste appuiera très fort mais, se rendant compte que ce n'est pas joli, manquera de confiance à cause du résultat. Sans analyser l'écriture, juste en regardant un texte, on a une idée des tensions que vit la personne. Si je vous montre trois textes de trois personnes différentes, vous pourrez déjà imaginer le caractère, la personnalité des trois personnes. 

Lorsque la maîtrise du geste fait défaut, comment accompagner son enfant ?
Lorsqu'un enfant est en difficulté avec l'écriture, il n'y a rien de pire que de lui acheter un cahier et lui dire de faire des lignes ! Selon les besoins, on peut travailler sur des activités qui demandent de la minutie, par exemple réaliser un animal en perles de rocailles. Cela prend du temps, mais à la fin, l'enfant est fier d'y être arrivé et a la preuve qu'il peut le faire. S'il s'agit de travailler le mouvement, il faut passer par des activités ludiques et corporelles. Je pense par exemple à la peinture au doigt, aux tracés dans le sable*, et même au ruban de gymnastique : pour faire de jolies figures avec, il faut travailler la souplesse du poignet et la dextérité des doigts. Travailler de façon ludique avec le corps fait déjà travailler le graphisme. Il est important que dans ces activités, les enfants se rendent compte qu'ils font des gestes de tracé et s'aperçoivent qu'ils y prennent du plaisir. 

Vous avez rappelé que l'écriture est un geste fin. Comment accompagner un enfant qui a besoin de bouger ?
Il est important de privilégier les activités ludiques, ça passe mieux. J'aime bien l'exercice des lignes folles (écrire entre deux lignes dont l'intervalle varie - NDLR). Il y a un vrai challenge, car il faut penser au tracé tout le temps. C'est rigolo, on peut le faire en même temps que l'enfant, et ce n'est pas si facile ! En refaisant l'exercice à divers moment, l'enfant prend conscience que l'écriture n'est pas toujours la même, son état de fatigue ou d'enthousiasme peut l'influencer.

Vous êtes en faveur des ordinateurs en classe pour les enfants ayant des difficultés d'écriture. C'est surprenant…
L'écriture est omniprésente à l'école, au collège et au lycée. Si l'on n'est pas à l'aise avec l'écriture, on vit avec un sentiment de mal être toute la journée, pendant des années ! Ça joue beaucoup sur la confiance en soi. C'est pourquoi je pense que certains enfants gagneraient en confiance en eux en ayant la possibilité d'utiliser un ordinateur en classe. Il ne s'agit pas de les faire lâcher totalement l'écriture, mais de leur donner une solution pour qu'ils soient à l'aise dans leur scolarité.

Les adultes connaissent-ils suffisamment leur écriture ?
Il est vrai que l'on se pose  peu de questions sur son écriture. Ce n'est pas grave, mais si on a l'occasion de s'y intéresser, on apprend toujours des choses. Un adulte va vouloir travailler son écriture si par exemple il ne l'aime pas ou trouve qu'elle ne reflète pas sa personnalité. Dans ce cas, une psychomotricienne, une graphomotricienne ou une graphothérapeute peuvent l'accompagner dans sa démarche. Il faudra travailler sur l'histoire du rapport à l'écriture, voir s'il y a un blocage, parler du tracé. C'est un projet personnel qui a beaucoup de sens.

* Stéphanie Couturier fait également référence à de nombreuses activités Montessori, comme les lettres rugueuses : « les activités Montessori partent du développement de l'enfant et soutiennent son développement psychomoteur. On gagnerait à utiliser plus largement ce genre d'activité. Et c'est facile à faire à la maison », assure-t-elle. 

Stéphanie Couturier est l'auteur du livre Aider son enfant à être à l'aise avec l'écriture (éditions Marabout). 

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