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Réinventer son couple ou se choisir ? Comment l'infidélité nous questionne

Comment surmonter l'infidélité

Tous les couples qui ont surmonté l'infidélité le disent : jamais, paradoxalement, ils ne s’étaient sentis aussi proches l’un de l’autre.

Anastasia Shuraeva/Pexels
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Caroline Kruse
Par Caroline Kruse
le 01 octobre 2021

Quelle que soit la manière dont on en prend connaissance, quel que soit le sens que l’on finit par lui donner, ce qu’il est convenu d’appeler « l’infidélité de l’autre » génère toujours une grande souffrance. Comment interpréter cette trahison et s'en servir pour réinventer notre schéma du couple ?


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Blessure d’amour et d’amour-propre, l'infidélité suscite chez celui qui s’en sent la victime des sentiments contradictoires de colère, mais également de honte. « Comment a-t-il/elle pu me faire ça, à moi ? » Mais aussi : « Comment ai-je pu être si crédule, ne m’apercevoir de rien ? » De son côté, sous le poids des reproches et de sa propre culpabilité, l’infidèle peine souvent à expliquer ce qui s’est passé.

La fidélité contre la peur de l’abandon

La fidélité n’a rien alors d’une contrainte. Elle est, croit-on, l’image de l’amour même. Celui des mythes et des chansons, celui des contes et des légendes. À la limite, nul besoin de serments. Comment ne pas être fidèle à celui que l’on perçoit comme son double? Le tromper serait se tromper. Porter ailleurs ses regards et son désir serait se perdre soi-même. Or, on le sait, à cette phase d’idéalisation heureuse de la relation succède assez rapidement, et c’est tant mieux, une vision plus réaliste du couple. Le monde extérieur, qui auparavant lui servait tout au plus de décor, reprend des couleurs et des droits. Non seulement l’autre n’est pas moi mais il existe d’autres « autres ». La fidélité, qui jusque-là faisait figure d’évidence, qui ne faisait pas question, change de registre.

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On entend souvent dire qu’elle entre alors en conflit avec une autre valeur, la liberté, plus moderne celle-là et qui lui ferait ombrage. Il serait peut-être plus juste de dire que la fidélité, cessant d’être une évidence, acquiert à partir de là la liberté possible de se vivre ou non, comme un choix. Mais parler de choix, c’est parler de risque, et certains n’en veulent rien savoir. Ils se sont engagés pour se protéger justement contre tout danger de perte ou d’abandon. Aucune défaillance de l’autre n’est imaginable, aucune trahison. Cela ne peut pas plus leur arriver que de tromper, eux, la personne qu’ils aiment et à qui, peut-être aussi pour se protéger contre eux-mêmes, ils ont juré fidélité. Lorsque ce pacte, explicite ou non, est rompu, ce sont les images des pires catastrophes qui surviennent : séisme, tornade, tsunami. Un monde s’écroule, rien ne sera plus comme avant. Cette croyance en une fidélité absolue, loin de constituer la défense magique qu’ils en attendaient, se révèle souvent extrêmement toxique. Face à l’exigence de son conjoint, si, par exemple, son estime de soi est faible, le partenaire peut se sentir démuni, faillible, incapable de satisfaire à l’idéal que l’autre a forgé pour lui et, en le trompant, se conformer à l’image négative qu’il a de lui-même.

L’infidélité, un signal d’alarme

Si l’infidélité survient dans un couple qui ne s’est construit ni sur la contrainte ni sur l’aveuglement volontaire, elle est alors le signe d’un vrai dysfonctionnement dans une relation jusque-là satisfaisante. Elle sert donc soit à masquer ce dysfonctionnement, soit à le mettre en évidence. À le masquer quand, pour ne pas voir ce qui ne va pas dans son couple, on cherche ailleurs ce que l’on n’y trouve plus. À le mettre en évidence lorsque l’infidélité peut se lire comme un appel au secours ou comme l’anticipation d’un échec que l’on redoute. L’infidélité est alors une manière de mettre en scène la menace, pour le partenaire et pour soi-même, d’une séparation. Il peut en résulter une rupture, si cet appel est lancé trop tard ou n’est pas entendu, ou encore si le désir qui vous a porté vers un autre signe à la fois la fin d’une histoire et la vérité d’une nouvelle rencontre. Mais il arrive aussi qu’elle ait des conséquences heureuses lorsque, bouleversant la routine du couple, elle redistribue les cartes et modifie les enjeux. C’est pourquoi il est si important de comprendre le sens à donner à ce qui s’est passé. De quel éloignement, de quel sentiment d’abandon, d’exclusion, de désamour s’est nourri ce mouvement qui a poussé celui dont on se croyait aimé « comme avant », celui que l’on croyait aimer « comme avant », vers un autre ou vers une autre.

Il y a souvent dans l’infidélité un enchaînement de blessures narcissiques. Celle que ressent celui qui ne se pense plus suffisamment aimé et cherche ailleurs une réassurance. Celle que ressent celui qui est trompé, à qui on a menti et que son estime de soi abandonne. Celle que ressent l’infidèle quand il peut mesurer le mal qu’il se sent coupable d’avoir créé. Celle que ressent son partenaire quand il s’en veut d’avoir été trop crédule, trop naïf, de n’avoir rien vu ou rien voulu voir. Donner du sens, c’est regarder ensemble s’il est possible de surmonter ce qui constitue, pour l’un comme pour l’autre, une épreuve. De fait, l’infidélité constitue un signal d’alarme assez efficace. Coûteux certes – il aurait mieux valu parler de ce qui n’allait pas bien avant plutôt que de le signifier par un passage à l’acte –, mais finalement profitable. Pour cela, il faut que celui ou celle qui a trompé supporte d’entendre la plainte de l’autre, sa colère, son humiliation, qu’il mesure la profondeur de son chagrin, fasse preuve de patience, d’écoute, mais sache aussi aider l’autre à ne pas se laisser déborder par son ressentiment.

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De son côté, celui qui a été trompé devra accepter peu à peu de reconnaître la part qu’il a prise dans l’histoire, dans ce qui a éloigné et finalement rendu malheureux son partenaire. Ce sera pour lui une manière de sortir du rôle humiliant de la victime passive. S’il renonce au poison de la jalousie, aux délices mauvais de l’enquête, aux pièges du contrôle et à la tentation de maintenir définitivement l’autre dans la position du mauvais objet, alors le couple peut se reconstruire. Cela passe d’abord par le dialogue retrouvé. Tous les couples qui ont surmonté cette épreuve le disent : jamais depuis longtemps, depuis leur rencontre parfois, ils ne s’étaient autant parlé, avec autant d’intimité ; jamais, paradoxalement, ils ne s’étaient sentis aussi proches l’un de l’autre. Il n’est pas rare que l’infidèle, soulagé au fond d’être découvert, fasse tout pour reconquérir son partenaire, pas rare non plus que le conjoint, de son côté, se laisse prendre au jeu renouvelé de la séduction et que, à l’image de la parole, circule de nouveau entre eux le désir.

Se rechoisir

Cette parole et ce désir retrouvés, ils pourront alors s’en saisir comme une chance, non de recommencer comme avant, mais de se rechoisir. Cela vaut sans doute mieux que de se laisser emprisonner et d’emprisonner l’autre dans le mirage d’une promesse donnée à tout jamais et qui protégerait magiquement de tout danger.

L'autrice

Le savoir-vivre amoureux, Caroline Kruse

Caroline Kruse est conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couple. Elle collabore avec de nombreux médias et tient une chronique sur le Huffington Post. Elle a déjà publié Il faut qu'on parle aux éditions du Rocher.

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