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Vie de couple

"Il faut qu'on parle", les erreurs de communication à éviter en couple

la communication dans le couple

Le dialogue conjugal n’est pas fait que de grandes interactions profondes sur l’état de la relation. Il se nourrit aussi des mille petites conversations quotidiennes.

Asad photo Maldives/Pexels
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Caroline Kruse
Par Caroline Kruse
le 19 août 2021

Un couple sur deux s’en plaint, quel que soit son âge : « On ne se parle plus ! On n’arrive plus à communiquer ! » L’un se replie sur son journal, son ordinateur ou ses jeux vidéo. L’autre passe des heures au téléphone avec ses sœurs, sa mère ou ses filles. De quoi est fait ce mur qui commence à s’installer ? Que se cache-t-il derrière qui fait peur ou, au contraire, que l’on n’ose plus espérer ? Comment le faire tomber ? Et que mettre en place ensemble dans cet espace libéré ?


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Comment faire quand l’un rentre du bureau à vingt et une heures, épuisé, et n’a qu’une envie, s’écrouler devant la télé, et que l’autre, après sa propre journée de travail, a dû faire les courses, ranger la maison et préparer le dîner ?

Le dialogue amoureux qui, il n’y a pas si longtemps, nourrissait la relation, la rendait vivante, lui donnait du sens, semble avoir été oublié. On ne sait plus comment se faire entendre de l’autre. On ne sait plus l’écouter.

L’un des malentendus de la communication consiste à croire que l’autre « doit » savoir, sans qu’on le lui exprime, ce à quoi l’on aspire, ce dont on a besoin. Il doit le savoir parce que ce serait ça aimer : se comprendre à demi-mot, ne pas avoir besoin de quémander. Ou encore, parce que l’on pense qu’au bout de tant d’années, notre partenaire devrait avoir réussi tout seul à le repérer. On se tait donc et on attend. Qu’il ou elle se souvienne de la date de notre anniversaire, de la couleur que l’on préfère, du parfum que l’on adore mais que l’on n’ose jamais s’acheter. Et bien sûr, ça ne marche pas. Et ça marche d’autant moins que ce que l’on n’a pas demandé avant, on en informe l’autre après.

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Quand c’est trop tard. Que l’on n’en a plus envie du tout, non merci, franchement, il aurait fallu y penser avant.

Lorsqu’il se systématise, ce type de jeu communicationnel peut devenir très toxique. Ne pas demander ce que l’on souhaite est quand même le plus sûr moyen de ne pas l’obtenir. À moins que les enjeux se déplacent ! Le partenaire qui attend sans rien dire en vient à rechercher non la satisfaction de son désir premier, mais celle d’avoir eu raison. Raison dans sa certitude que l’autre le décevra. Il fait penser à Alceste, le Misanthrope, qui, assuré que tous les hommes sont mauvais, voudrait, « pour la beauté du fait » et de sa démonstration, avoir perdu le procès injuste qui lui est fait. Quant au conjoint, pas bien fier de lui, peut-être, la première fois, il n’apprécie pas vraiment à la longue le fait d’être mis en permanence en position de coupable potentiel. Il n’est pas non plus incité à en sortir, parce qu’il finit par sentir confusément que c’est désormais ça que l’on attend de lui : qu’il soit définitivement décevant, incapable, insuffisant.

Or, il suffit de peu de chose pour désamorcer ce jeu où tout le monde est perdant, pour faire tourner le cercle à l’envers. Celui qui a tant de mal à demander doit sans doute s’interroger sur les raisons profondes qui l’en empêchent, et notamment sur son besoin de fusionner avec l’autre, de ne faire qu’un avec lui. Mais il peut en même temps s’essayer à formuler des demandes et à les formuler autrement. On le sait, il est préférable de dire : « Ça me ferait tellement plaisir que tu... » plutôt que : « Tu as encore oublié de... » Mais, au-delà des évidences, il y a mille manières originales et drôles de solliciter l’autre. Mieux vaut être dans la séduction que dans la récrimination.

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Quant au conjoint, il avait jusque-là le sentiment d’être un enfant désobéissant, incapable de se conformer à ce que l’on attendait de lui sans le lui dire. Nul doute qu’il sera soulagé de pouvoir en n non pas obéir à son partenaire, mais le rendre heureux, le satisfaire. Et il est même possible qu’en plus de ce qui lui est demandé, il ajoute, de son propre chef, un geste : une invitation à dîner, des eurs. Faire plaisir à l’autre, et le surprendre un peu de surcroît, ne peut que lui donner envie de recommencer.

« Il faut qu’on parle ! »

Le dialogue est ce qui maintient le couple vivant, nourrit le présent et projette l’avenir. Il y a cependant quelques écueils à éviter. Attention par exemple à l’injonction : « Il faut qu’on parle ! » Le partenaire à qui elle s’adresse risque de la prendre à la fois pour un ordre et pour un reproche. « Il faut qu’on parle » équivaut souvent, au moins pour celui qui l’entend, à : « Il faut qu’on parle de ce qui ne va pas et ce qui ne va pas, bien sûr, c’est à cause de toi. » Pour certains, « parler » peut signifier aussi remettre en cause ce qui n’a, à leurs yeux, pas lieu de l’être. Pourquoi, pensent-ils, faudrait-il se mettre à tout décortiquer, tout analyser, tout bouleverser, pour modifier une relation qui ne va pas si mal que ça, au risque même de la voir empirer ? Ou encore : pourquoi faudrait-il remuer ce qui se cache tout au fond au lieu de l’y laisser ? On préfère souvent ne pas voir ou ne pas entendre ce que l’on redoute d’envisager.

Alors, si ce dont on a « à parler » ne menace pas sérieusement la relation, l’essentiel est d’attendre le moment propice, et surtout d’éviter le registre de l’autorité culpabilisatrice ou moralisatrice. Si, en revanche, la discussion qu’il « faut » avoir porte sur des sujets graves, et notamment sur un avenir commun dont l’un des deux partenaires se met à douter, les choses sont un peu plus compliquées. Là, l’important est de faire comprendre à l’autre que lui faire part de ses doutes, sans attendre qu’ils s’enkystent, n’est pas un signe de défiance, mais au contraire de confiance en lui et dans le couple. Ce qui ne va pas, on ne veut ni le garder pour soi, ni en attribuer la responsabilité à son partenaire. Mais y réfléchir ensemble pour trouver les moyens de le surmonter.

Les écueils de la transparence

Second écueil : la totale transparence. De tous les « contrats » passés dans l’euphorie du début de la relation, c’est peut-être le plus dangereux. D’abord parce qu’il ne reconnaît pas l’autre dans son altérité. Ensuite parce qu’implicitement il suppose que l’on aurait des choses graves à cacher. Ce n’est pas la peine de raconter dans les détails, le soir en rentrant, qu’un ou une collègue de bureau nous a fait des avances et que cela nous a, une seconde, amusés. Il peut même y avoir une sorte de perversion à inquiéter ou à faire souffrir l’autre en semant sans raison le doute dans son esprit. De même, dire à son conjoint que l’on est attiré par quelqu’un d’autre relève souvent plus d’une forme de lâcheté que d’un désir louable de transparence. On se confie à l’autre que l’on croit plus fort, plus solide, pour qu’il nous aide à surmonter la tentation. Il y a dans cette démarche quelque chose d’un peu infantile qui doit nous amener à nous interroger sur la nature de la relation.

Quant à l’infidélité passagère, celui qui la commet l’oublie en général très vite. Mais si son partenaire est mis au courant, il risque, lui, de s’y accrocher douloureusement pendant des années. En revanche, si l’infidélité dure, révélant de ce fait un vrai dysfonctionnement du couple, mieux vaut en parler, même si c’est difficile, pour essayer de comprendre ensemble ce qui s’est passé et voir s’il est possible de s’en dégager. Mais ce qu’il faut surtout éviter, c’est d’en dire trop, de donner trop de détails, surtout sexuels. Même si l’autre les demande. C’est un poison qui fixe les images et dont il sera extrêmement difficile de se désintoxiquer.

Le trésor des petits riens

Il faut se dire enfin que le dialogue conjugal n’est pas fait que de grandes interactions profondes sur l’état de la relation. Il se nourrit aussi des mille petites conversations quotidiennes : ce qu’on a fait, ce qu’on a vu, ce qu’on a lu, ce qu’on pense sur tel ou tel sujet, tous ces petits apports de la vie ordinaire de chacun qui contribuent à enrichir le monde commun.

L'autrice

Le savoir-vivre amoureux, Caroline Kruse

Caroline Kruse est conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couple. Elle collabore avec de nombreux médias et tient une chronique sur le Huffington Post. Elle a déjà publié Il faut qu'on parle aux éditions du Rocher.

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