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Vélo

"L'idée est de montrer qu'il y a une place pour toutes, que tout est possible", entrevue avec la cycliste Louise Roussel

"Pour moi le vélo se révèle un outil incroyable pour créer des ponts, réunir les gens, créer du lien."

Sophie Gateau
Echapper au quotidien S'évader
Audrey Etner
Interview et rédaction par Audrey Etner
le 29 juillet 2021

Dans l'univers encore résolument masculin du cyclisme, une femme s'est lancé le défi d'y changer les mentalités et de dépasser les stéréotypes. Pour Louise Roussel, le vélo est une philosophie de vie. C'est ainsi qu'elle a entrepris un tour de France en vélo cargo pour partager sa passion et ses expériences à deux roues auprès de toutes les femmes.


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Magazine FemininBio #35

Cet article a été publié dans le magazine #35 juillet-août 2021
>> Pour retrouver la liste des points de vente c'est ici

Elle s'y est mis comme ça, sur un coup de tête, et elle est devenue mordue. Des voyages en solo à travers l'Europe aux événements et initiations dédiées aux femmes qu'elle organise, Louise Roussel passe désormais toutes ses journées en selle. Elle signe aujourd'hui un ouvrage riche et décomplexant dédié au vélo au féminin. C'est au début de son périple de 3 000 km qui sert de décor à son futur documentaire que nous l'avons rencontrée.

FemininBio : Quand et comment est née votre passion pour le vélo ?

Louise Roussel : En 2014, nous avions envie d'un week-end prolongé avec mon frère. Je n'avais pas d’argent, il aimait le sport, alors on s’est lancé le défi de rallier Amsterdam à Lille en vélo. Jamais nous n'avions dépassé les 20 km d'affilée en selle, et nous avons commis toutes les erreurs du débutant : porter un sac à dos, miser sur Google Maps pour s’orienter, etc. Contre toute attente, l'aventure m’a plu ! L’année suivante je suis partie seule à vélo jusqu'à Budapest.

Que faites-vous à vélo ?

Tout ! Le vélo occupe désormais une part importante de ma vie. Je me déplace à vélo jusque dans les mariages ou les crémaillères, je voyage à vélo, je m’engage avec le vélo via mon association, Vai ma poule, qui organise des activités autour du vélo pour des réfugiés. Je viens de quitter mon poste aussi, de responsable communication pour une marque de vélo. Et maintenant je vis sur mon vélo !

Que ne faites-vous pas à vélo ?

Mmmh... pipi ?

Quelles sensations, états d’être, émotions, vous procure le vélo ?

Le vélo me permet de me vider la tête et de me recentrer sur moi, surtout quand je voyage seule ou que je m'élance sur une sortie longue, par exemple. C’est comme une méditation. En vélo, tu es toi avec toi, et tu ne peux pas tricher. Tu es soumise aux éléments, au vent, à la pluie, au soleil. Tu dois te laisser porter, le vélo c’est comme de la voile.
Pour moi le vélo se révèle un outil incroyable pour créer des ponts, réunir les gens, créer du lien. C’est un outil de liberté aussi, il me permet d’aller où je veux, quand je veux, gratuitement. Et ça, c’est dingue !

Comment vous êtes-vous fait une place dans ce monde masculin ?

Discrètement ! J’ai commencé par rouler seule, beaucoup, à avaler des kilomètres par tous les temps. Petit à petit, j’ai fait des sorties avec d’autres qui ont pu constater que je suivais, alors ça s'est bien passé.

Dans mon activité professionnelle, c’est vraiment par le vélo que j’ai gagné en crédibilité. J’étais un peu stressée par la première sortie d’équipe. C’était à la fin de l’hiver et j’avais continué à rouler. J’étais en forme, j’ai entendu des “ Eh bé, elle appuie ! ” plutôt admiratifs.
Et après ça, j’étais légitime. Incroyable, non ?

Vous parlez de "cycloféminisme". Qu'est-ce pour vous ?

Une forme d’émancipation par le vélo, peut-être ? Un moyen de prendre confiance, d’occuper l’espace, d’être visible et de prendre le pouvoir grâce au vélo. Par le biais de l’autonomisation mécanique, de la réappropriation de sa mobilité, notamment la nuit et le soir, par le biais du voyage, de l’achèvement de défis.

Pourquoi l'écriture d'un livre, et pourquoi maintenant ?

Plus je roulais, plus je me rendais compte que nous étions minoritaires en tant que femmes. Sur le Tuscany trail (550 km de bikepacking en VTT ou gravel bike en Toscane, ndlr), nous étions seulement 20 femmes sur 850 participants. Dans le même temps je me suis aperçu que lorsque j’emmenais des amies, que je leur montrais que c’était simple, joyeux, libérateur, elles étaient souvent conquises.

Ce livre a pour objectif de dédramatiser le vélo pour les femmes. De montrer à travers des exemples variés qu’il est possible de prendre du plaisir avec le vélo. Que chacune peut trouver la pratique qui lui convient, pour se déplacer ou voyager. De partager à travers mon récit, celui d’une nana normale sans bagage sportif ou financier particulier, que c’est accessible, et que la naïveté est un excellent allié. Les fiches-conseils du livre sont là pour faire gagner en autonomie.
Je le publie maintenant parce que le confinement m’a fait tourner en rond ! (rires) De plus, je pense que nous sommes à un moment où de nombreuses femmes veulent se lancer, découvrir... Je vois des femmes parfois de plus de 65 ans qui veulent faire leur premier voyage à vélo. J’adore ! J’espère que le livre leur donnera l’envie et les réponses pour se lancer.

>> A lire aussi : Extrait de "Réenchantons le vélo" de Priscilla Parard

Qui sont les femmes dont vous dressez le portrait dans ce livre ? Qu’ont-elles en commun ?

Ce qui les rassemble, je pense, c’est leur humilité. Qu’elles aient battu un record, gagné une course, traversé un lac gelé, ou continué à faire du vélo à 85 ans, ces femmes gardent une pudeur que je trouve fascinante. Ce sont des femmes de 20 à 85 ans, d'origines variées, de corps, de tailles, de poids différents, et avec des pratiques du vélo tout aussi diverses.
Je souhaite vraiment montrer qu’il y a une place pour toutes, et que tout est possible.

L’aventure Un autre cycle a démarré le 8 mai 2021, un tour de France de 3 000 km. Comment ce projet est-il né ?

L'objectif de départ était de partir avec des livres dans le cargo pour créer des espaces de discussion, d'aller rencontrer celles et ceux qui tentent de rendre le monde du cycle plus accueillant et accessible.

Petit à petit, on s’est dit, avec ma partenaire Océane, qu’on allait en faire des images, puis le projet de documentaire est devenue réelle grâce au soutien de Komoot et de Decathlon.
Nous travaillons toutes deux avec Ahstudio à la vidéo, et Sophie Gateau à la photo.

Qu’attendez-vous de cette aventure en vélo cargo ?

Rien ! Tout s’est enchaîné très vite, et c’est tant mieux ! Cela permet de garder une dose de spontanéité nécessaire à tout voyage. Au moment où je vous réponds, le voyage a commencé depuis à peine quinze jours et c’est incroyable. Bien plus que tout ce qu’on aurait pu espérer ou imaginer. Les rencontres et l’accueil des gens sur notre parcours sont inimaginables !

Comment voyez-vous la suite de cette aventure ? D’autres projets à venir ?

Nous rentrons fin juin, et nous aurons encore un peu de travail sur le documentaire. L’idée est de le faire tourner en festival pendant six mois, puis de le diffuser gratuitement au printemps prochain. Ensuite, on se laisse jusqu'à la fin de l’année pour voyager encore à vélo, rencontrer des projets et associations autour du vélo pour peut-être un jour créer notre lieu, un lieu d’accueil, de lien, pour rendre tout ce que l'on nous aura donné.

Le livre :

À vos cycles, le Guide du vélo au Féminin, de Louise Roussel (Tana éditions)

À vos cycles, le Guide du vélo au Féminin, de Louise Roussel (Tana éditions). Suivez Louise Roussel à travers la France, sur Instagram @lourssl et @unautrecycle.

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